Après la mise en place de la prochaine Assemblée nationale, le leader de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) pourra-t-il continuer à peser sur la politique nationale ? En laissant le processus en cours se dérouler sans y mettre du sien, il prendrait un risque sur l’avenir.

Jean Ping gagnerait à analyser froidement la situation au sein de sa famille politique. Il a intérêt à évaluer les conséquences des différentes options. © gettyimages

 

Jean Ping est dos au mur. Il n’est pas obligé de souscrire à la thèse de ses alliés. Mais il doit faire avec. Les tractations en cours entre Les Démocrates, le Rassemblement héritage et modernité, l’Union nationale et l’Union et Solidarité se veulent un prolongement de la dernière présidentielle. Dans leur esprit, comme dans leur lettre, elles s’inspirent d’août 2016. En tout cas, Zacharie Myboto l’a clairement laissé entendre (lire «L’UN pour la participation de la CNR»). Peu importent les arrière-pensées ou calculs des uns et des autres, ils affirment œuvrer à la construction d’une dynamique unitaire. En laissant ce processus se dérouler sans y mettre du sien, le leader de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) prendrait un risque sur l’avenir. En se contentant de ménager les susceptibilités de ses soutiens (lire «Neuf partis de la CNR non partants»)  tout en évitant de froisser ses alliés, il se positionnerait en arbitre. N’empêche, dans son propre camp, il passerait du statut d’acteur principal à celui de spectateur engagé.

Nouvelles responsabilités, nouveaux devoirs

Revendiquant une victoire supposée à la présidentielle d’août 2016, Jean Ping est incontestablement le leader de l’opposition. S’il n’a cessé de réaffirmer sa détermination à ne point composer avec le pouvoir incarné par Ali Bongo, il est resté au centre du jeu politique national. Alliage d’intransigeance et de bravade, sa stratégie revêt les atours d’une bouteille à l’encre. Même s’ils feignent de la comprendre, ses soutiens n’en savent pas grand-chose (lire «Eyéghé Ndong contre la dislocation de la CNR» ). Pour ses alliés, elle est une inconnue. D’un côté comme de l’autre, elle nourrit de nombreuses interrogations. L’intervention de la communauté internationale (Lire «Divungi pour une médiation internationale») ? Plus grand monde n’y croit. Le recours à une voie endogène et extraconstitutionnelle (lire «Désormais tout peut être envisagé») ? Personne ne semble préparé à en payer le prix.

Manifestement, Jean Ping gagnerait à analyser la situation au sein de sa famille politique. Il a intérêt à évaluer les conséquences des différentes options. Certes, les négociations en cours ne visent nullement à remettre en cause l’existence de la CNR. Mais elles créeront inévitablement de nouvelles solidarités. Elles induiront de nouvelles responsabilités. Aux uns et aux autres, elles conféreront de nouveaux devoirs. Au-delà, elles déboucheront sur une concertation permanente entre les responsables des partis engagés. En clair, au terme de ces négociations, Guy Nzouba Ndama, Alexandre Barro Chambrier, Zacharie Myboto, Jean de Dieu Moukagni Iwangou voire Léon-Paul Ngoulakia et Casimir Oyé Mba seront contraints d’harmoniser régulièrement leurs positions. Sur les questions d’intérêt public, ils seront condamnés à échanger avant d’aviser. Si rien ne les empêchera d’associer d’autres leaders à leurs débats, rien ne les obligera non plus à le faire. S’ils formeront un bloc face au Parti démocratique gabonais (PDG), ils parleront d’une même voix au sein de la CNR.

Les vraies questions

Face à une telle perspective, certains se prononcent pour un boycott des législatives. Fondée sur des luttes de positionnement, cette lecture révèle l’enracinement de considérations personnelles. Sauf à nier l’impact et la portée de l’accord du 15 août 2016, on ne peut encourager Jean Ping à se mettre en dehors d’une alliance scellée par ses alliés de la présidentielle. A moins de réduire la vie publique aux relations au sein de la CNR, on ne peut le pousser à se désintéresser des législatives, échéance capitale dans toute démocratie, fut-elle inaboutie ou hérétique. Pour demeurer un acteur incontournable, il faut savoir gérer les événements. Pour ne pas se laisser emporter par le cours de l’histoire, il est souvent nécessaire de transformer les menaces en opportunités. Porté par les suffrages d’une bonne frange de la population, le leader de l’opposition fait autorité à ce jour. Après les législatives, de nouveaux défis apparaîtront, des enjeux d’un autre ordre émergeront. Sera-t-il toujours en capacité de donner le la, s’il reste en marge de la compétition ? Jouira-t-il encore du statut du commandeur, s’il ne conduit pas ses troupes durant la bataille ?

Au lieu de jouer la carte de la neutralité en se murant dans le mutisme ou de chercher un improbable compromis, le leader de l’opposition doit prendre une position ferme. La pertinence d’une participation lui importe peu. Pour lui, l’enjeu c’est son poids dans la vie publique au lendemain des législatives. Après la mise en place de la prochaine Assemblée nationale, Jean Ping pourra-t-il continuer à peser sur la politique nationale ? Sera-t-il toujours en capacité d’influencer la marche du pays ? Telles sont les vraies questions. Comment s’en assurer dès à présent ? À ses soutiens d’y réfléchir.  Ses alliés, eux, disent ne pas vouloir laisser au PDG l’opportunité de «reprendre des forces et s’imposer à (la) volonté (du plus grand nombre)». Peut-il nourrir le dessein contraire ? La réponse semble évidemment négative. S’inspirer de la présidentielle ? Demeurer fidèle à l’esprit du 15 août 2016 ?  Il y va de l’intérêt des signataires de cet accord et, partant, de… Jean Ping.