Affirmant, dans cette interview à Gabonreview, que ses propos au sujet du prétendu rapprochement entre André Mba Obame et Ali Bongo «ont été délibérément sortis de leur contexte», l’ancien candidat de l’opposition à la présidentielle d’août 2016 fait le bilan de sa récente tournée européenne. Il y assure que le résultat de sa lutte est à portée de mains.

Jean Ping. © Gabonreview

 

Gabonreview : Vous revenez d’une tournée en Europe, au cours de laquelle vous avez échangé avec plusieurs responsables politiques et élus sur la crise née de la présidentielle d’août 2016 au Gabon. Que peut-on retenir de ces échanges ? A quoi ont-ils servi votre cause ?

Jean Ping : La tournée nous a permis de mieux expliquer la situation du Gabon et le sens de notre combat politique : faire respecter la vérité des urnes.

Le sens de notre combat est désormais mieux compris par nos différents partenaires.

A votre retour à Libreville, le 25 juillet dernier, vous avez annoncé que la terre promise était proche. Or, un grand nombre de vos sympathisants assuraient qu’au terme de cette tournée, vous reviendriez au Gabon pour accéder directement au poste que vous réclamez depuis le 31 août 2016. Qu’en est-il exactement ? La terre promise est-elle si proche que ça ?

Chaque acte que nous posons dans le cadre de notre combat nous rapproche davantage de l’objectif que nous poursuivons. La résistance est le type de lutte que nous avons choisie, cela exige de la patience, de l’opiniâtreté et de la persévérance. Le peuple gabonais l’a parfaitement compris et le résultat est à portée de mains. Je vous assure que le résultat est à portée de mains.

Depuis des mois vous exhortez les Gabonais à se battre pour leur propre «libération» sans rien attendre de la communauté internationale. Seulement, c’est vers cette même communauté internationale que vous n’avez cessé de compter pour espérer accéder au pouvoir. Ne trouvez-vous pas ambiguë votre démarche ?

Non, notre démarche n’est pas ambiguë. Nous vivons dans un village planétaire et ne sommes donc pas isolés du monde ; autant nous devons être les premiers artisans de notre liberté, autant nous avons besoin de la compréhension et de l’appui des autres. C’est dans ce sens que dans mon discours du 02 Juin, j’avais appelé la Communauté Internationale à initier une médiation pour une passation pacifique des charges au sommet de l’Etat.

Peu avant votre retour au Gabon, vous avez accordé une interview au magazine Jeune Afrique au cours de laquelle vous affirmez : «Mba Obame a essayé de se rabibocher avec Ali, mais ce dernier a refusé.» Vous comprenez que ces propos aient pu choquer dans votre entourage, y compris au sein de l’Union nationale, votre principale alliée ? Que vouliez-vous dire exactement ?

Dès 2014, j’ai placé mon engagement pour le Gabon dans le prolongement de ce qu’avait initié André Mba Obame à partir de 2009, à savoir imposer avec détermination et par des moyens non violents, la démocratie et l’État de droit dans notre pays. Avec constance et détermination, André Mba Obame a refusé de céder à ce régime et, au péril de sa vie, s’est battu pour le Gabon et les Gabonais. Il a été tué parce qu’il voulait sortir notre pays de la dictature d’un clan et offrir à chaque enfant de ce pays l’avenir qu’il est en droit d’attendre. L’hommage, sans égal dans l’histoire de notre pays, que lui a rendu le peuple gabonais lors de ses funérailles permet de mesurer ce que représente André Mba Obame pour chacun de nous.

Du peu que j’en sais, Mba Obame croyait profondément en la force du peuple et du suffrage universel. Lui aussi avait à cœur de rendre au peuple gabonais sa souveraineté. Pour cela, il agissait sans préjugé aucun. Si dans ma carrière professionnelle, j’ai œuvré à réconcilier des peuples en conflit à travers le monde, lui entendait réconcilier les Gabonais. Je dirais même qu’il entendait faire en sorte que les Gabonais se rabibochent. Le mot est lâché ! «Rabibocher» Qui a oublié que cela signifie aussi se réconcilier ? Qui est opposé à la réconciliation des Gabonais ? Nous aussi avons l’ambition de réconcilier ce peuple meurtri par tant d’années de gouvernance solitaire, hasardeuse et anti-démocratique. Seulement, il est de bonne culture, lorsqu’une incompréhension tente de s’installer avec un ami au point de l’affecter à la suite de propos, qui je vous le rappelle ont été délibérément sortis de leur contexte, de ne pas se perdre dans de savantes explications ou des justifications.

Je voudrais profiter de cette tribune que vous m’offrez pour dire à tous ceux qui ont pu être choqués par la mauvaise traduction de ma pensée la peine que j’éprouve et exprimer mes profonds regrets. Ces regrets s’adressent particulièrement à la famille d’André Mba Obame qui a toujours su apprécier à sa juste valeur la qualité des rapports que j’entretenais avec lui ainsi que mon attachement à la mémoire de l’illustre disparu. Ces regrets s’adressent également à sa famille politique qui a du être heurtée par cette mauvaise traduction.

Tout mon souhait aujourd’hui est que cette mauvaise polémique prenne fin.

Bientôt un an que vous vous présentez comme «le président élu du Gabon». Or, c’est toujours Ali Bongo qui est au pouvoir. N’avez-vous pas peur que ce discours devienne lassant pour vos sympathisants qui attendent du concret ?

Je ne me présente pas comme étant le Président élu du Gabon, je le suis ; les Gabonais le savent et le monde entier le sait, même Ali Bongo le sait ; c’est la vérité sortie des urnes, le 27 Aout 2016 où j’ai obtenu plus de 60% des suffrages du peuple gabonais, sur l’ensemble des 9 provinces du Gabon et de la diaspora. Ali Bongo est installé au palais du Bord de mer, à la suite d’un coup d’Etat militaro-électoral. Dès lors, le peuple gabonais, que représente la Coalition pour la nouvelle République, s’attèle à faire respecter l’expression de sa Souveraineté.

Autour de vous, des partis alliés, à l’instar des Démocrates et de l’Union nationale, annoncent qu’ils ne boycotteront pas les législatives d’avril 2018. Doit-on s’attendre à un éclatement de la Coalition pour la nouvelle République ? La confiance serait-elle en train de fuir le camp de Jean Ping ?

À la veille de l’élection présidentielle du 27 août 2016, Léon Paul Ngoulakia, Guy Nzouba Ndama, Casimir Oye Mba et moi étions candidats. Chacun de nous soutenu par des formations politiques, des associations et des milliers de compatriotes. Pour répondre à la forte et juste demande de nos compatriotes et offrir à notre pays les meilleures chances d’alternance, nous nous sommes regroupés autour d’une candidature unique. J’ai eu l’honneur et la responsabilité d’être désigné pour porter cette candidature unique de l’opposition. Ma victoire à l’élection présidentielle doit tout, je dis bien tout, à cette démarche unitaire qui est une première dans notre pays.

Depuis le coup d’État militaro-électoral, nous avons maintenu cette unité et combattons ensemble pour que le vote du peuple gabonais soit respecté et que la vérité des urnes s’impose.

La coalition que nous avons formée au lendemain de l’élection présidentielle n’est pas un parti politique. Elle regroupe l’ensemble des partis politiques, des associations et des personnalités politiques qui ont soutenu la candidature unique dont j’étais le porteur et continuent de soutenir le Président élu que je suis. Je comprends que nos adversaires, qui sont en réalité les adversaires de la démocratie, œuvrent pour la dislocation de cette coalition. Mais je puis vous l’assurer, contrairement à ce qui se dit, c’est peine perdue. Nous sommes unis et nous le resterons. Et notre objectif commun demeure la souveraineté du peuple gabonais clairement exprimée dans les urnes le 27 août 2016.

Concernant la participation aux élections législatives. Il convient d’abord de noter qu’en démocratie, la participation aux élections est la fonction régulière de toute formation politique. Au sein de la coalition, lorsque cette question a été soulevée, nous nous sommes mis d’accord pour laisser le débat se dérouler dans un premier temps au sein de chaque parti politique. C’est ce qui se fait actuellement, et la presse se fait régulièrement le relais des positions des uns et des autres. Le moment venu, nous nous retrouverons afin d’arrêter une position commune. Et croyez moi, nous y arriverons, parce que ce qui importe au-delà de nos personnes et de nos partis, c’est le Gabon et son peuple.

En tout état de cause, ces élections législatives seront organisées par nous.

Sans vous citer nommément, David Mbadinga, votre ancien conseiller juridique, vous accuse de semer la discorde au sein de son parti l’UPG-L ? Qu’y répondez-vous ?

Ah bon ? No coment !