Participation ou boycott des prochaines élections, tradition PDG de fraude électorale, priorités à l’Assemblée nationale si élu, Bertrand Zibi, Pascal Oyougou et Frédéric Massavala, bilan d’Ali Bongo, discours à la Nation du 17 août dernier, mesures d’austérité… autant de sujets ayant été abordés avec Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, commissaire national en charge du Budget à l’Union nationale (UN), candidat à la députation à Akanda et premier de cordée de cette nouvelle rubrique : «l’invité de la rédaction».

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, le 27 août 2018, à la rédaction de Gabonreview. © Gabonreview

 

Gabonreview : Quelle est la motivation profonde de votre candidature aux toutes prochaines législatives ?

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi : Je suis militant de l’Union Nationale, une formation membre de la Coalition pour la nouvelle République formée autour de Jean Ping. Nous avons choisi d’aller aux législatives avec une ambition toute simple : obtenir la majorité à l’Assemblée nationale. Unique candidat de la Coalition au 2è siège de la commune d’Akanda, j’espère remporter ce siège.

Engagé en politique en 2009, j’avais alors pleinement participé à la campagne d’André Mba Obame. Entre-temps, il y a eu les élections législatives de 2011 auxquelles nous n’avons pas participé. En 2013, j’ai accompagné et soutenu les listes « Pour tous », qui émanaient de l’Union Nationale, alors dissoute. Les législatives du 06 octobre prochain sont donc les premières élections auxquelles je suis candidat.

En démocratie, le pouvoir arrête le pouvoir. Je pense que dans notre pays, la démission de l’Assemblée Nationale est l’une des causes profondes de la déviance du pouvoir PDG. Pour une démocratie forte et vivante, nous avons besoin d’une Assemblée Nationale qui agit en instrument de contrôle. Or vous l’avez tous vus, les députés PDG n’étaient que des pantins. Je suis convaincu que si les députés font leur boulot, la démocratie avancera dans notre pays. J’espère pouvoir apporter du mien à ce combat pour un Gabon libre et démocratique.

On note pourtant, dans votre camp politique, des voix appelant au boycott…

Je respecte les positions des uns et des autres. C’est un principe élémentaire en démocratie. Il y a en qui ont fait le choix libre de ne pas aller aux élections. Je ne puis que respecter leur position. Par contre, je continue de croire que l’élection est le moyen le plus démocratique de désignation des dirigeants d’un pays. Je me suis engagé en politique avec pour principal objectif d’instaurer, installer et mettre en œuvre la démocratie au Gabon. Pour cela, je ne puis qu’aller aux élections, présenter un projet à mes compatriotes et accepter la sanction des urnes. Je demande aux Gabonais d’aller voter, de ne pas renoncer à ce droit politique essentiel pour lequel beaucoup de gens sont morts, au Gabon comme ailleurs, tout au long de l’histoire. Disons les choses clairement : quand vous ne votez pas, vous laissez à d’autres le soin de décider pour vous, de choisir l’orientation de votre vie à votre place.

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, le 27 août 2018, à la rédaction de Gabonreview. © Gabonreview

Seul candidat de la Coalition pour la nouvelle République investi à Akanda, vous aurez parmi vos adversaires l’un de vos amis de longue date en la personne de Franck Nguema. Va-t-on assister à l’étripage des héritiers spirituels d’André Mba Obame ?

J’anime des causeries depuis plus de deux mois à Akanda, cette question n’a jamais été évoquée par personne. Quand on se bat pour la démocratie, la première chose qu’on doit accepter c’est le pluralisme. Et les élections politiques sont souvent le lieu d’expressions diverses, et même de motivations diverses. Donc, que chaque Gabonais ait envie de s’exprimer, d’exprimer une vision ou ses ambitions est une bonne chose. Pour ce qui me concerne, je me présente à ces élections pour que mon camp politique, que je suis seul à représenter dans ma circonscription du 2ème arrondissement de la commune d’Akanda, ait la majorité à l’Assemblée nationale pour que le gouvernement de la République soit confié à la coalition. C’est mon objectif, c’est l’objectif de la coalition c’est le seul que je connaisse.

Où en sont vos relations avec Franck Nguema ?

Nos relations personnelles sont nos relations personnelles. Si on veut élever le débat politique dans notre pays, et le hisser au niveau de nos prétentions, prenons tous la précaution de dissocier vie publique et vie privée.

C’est parce que cette confusion a trop longtemps été entretenue que nous sommes tombés dans une gestion patrimoniale du pays, avant d’arriver à une transmission héréditaire du pouvoir, marque de fabrique des monarchies. Or, je le redis : je suis démocrate et républicain.

À chacune de vos causeries, vous exhortez les militants à rééditer l’exploit de la présidentielle de 2016. Êtes-vous convaincu que le camp d’en face ne rééditera pas, lui aussi, le scenario de 2016 : le qui perd gagne ?  

Contrairement à ce que l’on pense, la situation en 2016 était moins complexe qu’en 2018. Pourquoi ? Parce qu’en 2016 nous étions en présence de quatre hommes d’État. Des personnes matures, sages et d’expérience qui se présentaient sur une circonscription unique. En 2018, cette situation se retrouve potentiellement sur 143 circonscriptions. Imaginez qu’il y ait quatre candidats de la coalition sur chacun des 143 sièges, il sera alors difficile de retrouver à chaque fois la capacité de renoncement de Nzouba Ndama, Oyé Mba, Ngoulakia et Ping.

La victoire de Jean Ping en août de 2016 est le fait de responsables politiques de l’opposition, qui se sont entendus pour désigner un candidat unique. Grâce à cette stratégie d’unité et de rassemblement, Jean Ping a pu être élu à près de 70%. Nul ne peut le contester comme nul ne peut nier qu’en 2016, les Gabonais ont pu empêcher le PDG, qui est structurellement tricheur, de tricher. Vous avez dans vos archives les résultats proclamés par huit des neuf gouverneurs. Si vous prenez ces résultats, il était impossible à Ali Bongo de remporter cette élection. Il a été nommé président de la République par la Cour constitutionnelle et le ministère de l’Intérieur, qui ont pris la province du Haut-Ogooué en otage. Croyez-vous que le CGE sera capable d’offrir au PDG, un “Haut-Ogooué et ses 99,97%” dans chacune des 143 circonscriptions du pays ? Est-ce que la Cour constitutionnelle se trouvera en situation de pouvoir nommer 143 députés du PDG ? Je demande à voir. C’est tout de même un peu plus compliqué que cela.

Dans ma circonscription à Akanda, il y a 19 bureaux de vote. J’ai une équipe de 60 personnes, soit 3 par bureau de vote, pour surveiller l’élection. Je puis vous garantir que le 6 octobre à 20 heures, on aura les résultats d’Akanda. C’est le président du CGE à Akanda qui proclamera ces résultats. Ce n’est pas la Cour constitutionnelle. Et il en sera ainsi dans les 143 circonscriptions du Gabon.

Dans les urnes, le PDG ne peut pas gagner. Il nous revient à nous, à chacun des 143 candidats qui représentent la Coalition, de faire en sorte que le vote des Gabonais se retrouve à la centralisation au CGE. C’est la responsabilité des politiques. Nous savons qu’en face nous avons un tricheur-né. Nous devons nous organiser pour que le tricheur ne prospère pas. Nous en avons aujourd’hui les moyens. Le QG de Jean Ping n’a pas été attaqué par hasard. Le monde entier sait ce qu’il s’est passé en 2016. L’Imposteur n’a pas pu tricher, il a fait un putsch. Nous ne devons plus avoir peur aujourd’hui de la triche aux élections, parce nous savons désormais surveiller un scrutin.

Quelles seront les priorités de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi une fois élu à l’Assemblée nationale ?

La crise gabonaise est d’abord une crise politique. Les questions économiques et sociales, pour importantes qu’elles sont, n’en sont que les conséquences. Au lendemain des élections, nous devons commencer par traiter les grandes questions politiques. Il est impensable de rester à l’Assemblée nationale une semaine sans que la question de la détention arbitraire de Bertrand Zibi, Pascal Oyougou et Frédéric Massavala ne soit mise sur la table. La prison est faite pour des hommes et des femmes qui ont violé la loi. Il va falloir que les juges de ce pays nous disent ce que nos compatriotes font en prison depuis près de deux ans. On ne met pas quelqu’un en prison parce qu’on n’aime pas son visage. En démocratie, dans un État de droit, il ne peut exister des prisonniers politiques. Donc, la question des libertés sera notre priorité.

Nous devons mettre un terme au délit d’opinion, rétablir dans les faits les libertés publiques et les libertés individuelles au Gabon. Parce que c’est ce qui tisse le lien de confiance entre une population et son État, et qui permet que la suite soit possible. Essentielles pour notre vivre ensemble, ces questions doivent être traitées en urgence.

Cela fait penser à ce que vous disiez un jour sur Rfi. Selon vous rien ne s’est passé au Gabon depuis 2009. Le pensez-vous toujours ? Ou pensez-vous que quelque chose a changé entre temps ?

Non ! Rien n’a changé depuis. Bien au contraire. Je mets au défi quiconque pour me dire ce qu’Ali Bongo a réalisé depuis qu’il s’est imposé à la tête de notre pays. Je veux qu’on me cite un seul projet initié par lui, qui est parvenu à maturité. Je l’affirme : Ali Bongo a échoué sur toute la ligne.

D’aucuns parlent  de la construction de 4 CHU…

Lesquels ?

Ceux d’Akanda, Owendo, Libreville et Jeanne Ebori.

Un CHU est un Centre hospitalo-universitaire. C’est-à-dire que c’est un Centre hospitalier où les professeurs de médecine dispensent des enseignements à des étudiants en médecine et parallèlement, il y a les soins de santé. Vous allez à Akanda, est-ce-que c’est un CHU ? Des bâtiments ont été construits. Mais par qui ? Par Vamed. Pourquoi ? Comment cette entreprise a obtenu les marchés de construction des hôpitaux tels que Jeanne Ebori ? Si ce n’est du blanchiment, c’est du recyclage d’argent. C’est cela l’origine de la dette du Gabon

Par contre, comme beaucoup de compatriotes, je vois la route PK5-Pk12. Depuis neuf ans, ces sept kilomètres sont toujours en chantier. Ça c’est du Ali Bongo. Le tas de sable sur le front de mer c’est aussi tout-lui. C’est-à-dire que si vous voulez voir ses projets, c’est à cela qu’ils ressemblent. Le golf de la cité de la démocratie, c’est tout lui. Des projets initiés depuis 2009, il en existe. Vous pouvez juger par vous-mêmes les résultats.

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Deux projets sont allés à leur terme : l’organisation de deux coupes d’Afrique des nations de football…   

Non ! Je ne dirais pas que ce sont des projets. Par contre, est-ce qu’il sait réaliser ses caprices ? Oui ! Quand il veut un feu d’artifices pour le 17 août, vous pouvez être certain de l’avoir. Il a réalisé des prouesses en effet : on a vu la neige à Noël au Gabon. Vous avez eu les courses de bateaux au Gabon, un carnaval aussi. Mais je ne sais pas si c’est cela que les Gabonais attendent de leurs dirigeants.

Dans notre pays la pyramide des âges est large à la base. C’est-à-dire que les enfants sont bien plus nombreux que les adultes. Les statistiques disent qu’au Gabon tous les six ans, on doit construire au moins 1 000 salles de classe pour maintenir la capacité d’accueil des établissements scolaires. De 2009 à 2018, pas une salle de classe n’a été construite. Comment peut-on prétendre être chef d’Etat dans un pays en développement pendant 9 ans sans construire une seule salle de classe ?

On peut tout de même dire que, d’une certaine manière, le gouvernement a fait son mea-culpa, reconnaissant avoir fait des erreurs. Des mesures d’austérité ont été lancées dont les travaux de la Task force chargée d’examiner les problèmes du système éducatif, devraient démarrer incessamment. Toujours pas de grâce à vos yeux ?

En 2010, le monde de l’éducation s’était retrouvé pour des états généraux. Les actes de ces assises existent. Où en est la mise en œuvre ? Qu’on nous en fasse d’abord le bilan.

Task force est un anglicisme à la mode, qui doit certainement faire intellectuel, mais ce n’est pas une solution miracle. Mieux que tout, le plan d’austérité et la situation du pays traduisent l’incompétence, la cupidité et l’amateurisme de ce pouvoir.

Pourtant, le FMI s’en montre satisfait. L’institution a validé le décaissement de la deuxième tranche de l’appui budgétaire accordé au Gabon…

Il fallait que le conseil d’administration du FMI autorise le décaissement. On le leur a promis parce que, lors de la 2ème revue, le compte n’y était pas. Il n’y avait rien. Le pouvoir s’est engagé auprès du FMI à prendre  des mesures drastiques. Tout cela a débouché sur le cirque des bons de caisse dont on savait bien qu’il ne donnerait aucun résultat. En 20 ans de travail à la Fonction publique, c’est le 5ème  recensement auquel j’assiste. Le dernier, réalisé en 2009, n’a jamais rendu ses conclusions.

Un recensement est toujours coûteux. Il se traduit toujours par une augmentation de la masse salariale parce qu’il s’accompagne de la mise à jour des carrières. Depuis 3 ans, les carrières des agents sont arbitrairement gelées. Ali Bongo et les siens ont menti au FMI. Ils ont annoncé des mesures irréalistes. Ils ont annoncé la baisse de salaires à partir de 650 mille. Rien de tout cela ne sera effectif. J’en prends le pari.

La rentrée scolaire arrive. Des problèmes se poseront encore. Comme toujours, le gouvernement dira qu’il n’y a pas d’argent.  Comment en serait-il autrement quand l’argent est dilapidé pour les caprices de quelqu’un, pour ses vacances en Espagne ou ces escapades en Russie pour suivre la Coupe du monde ? Entre les locations de villa à Marbella et les allers-retours pour Moscou, plus d’un milliard de francs ont été dépensés.

Comme il se trompe de priorité, ce pouvoir commet une erreur de diagnostic : la dépense publique n’a pas explosé, ce sont les ressources publiques qui ont anormalement baissé. Au-delà de la crise, les revenus du pétrole sont anormalement bas. Les ressources fiscales aussi. Le rendement du baril du pétrole, pas le coût du baril, a diminué parce que, quelque part, quelqu’un est en train de jouer avec l’argent.

Par ailleurs, Comilog (la Compagnie minière de l’Ogooué) a réalisé des bénéfices historiques. Allez regarder dans le budget de l’Etat quelles ressources proviennent du secteur minier ! Pourtant, l’Etat est actionnaire à Comilog. Combien devait-il toucher en termes de dividendes ? Comilog paie ses impôts. Où vont-ils ?

Quand nous seront à l’Assemblée Nationale, nous nous battrons pour que toutes les ressources de l’État aillent dans les caisses de l’Etat. Aujourd’hui, il n’en n’est rien. Ceux qui ont passé un mois de villégiature au Cap Estérias le savent. Ils savent qu’ils n’ont réfléchi sur rien là-bas. Autrement, ils nous auraient déjà rendu le rapport final de leurs assises. Mais vu que rien ne s’y est passé, ils persistent dans le mensonge, la forfanterie et l’enfumage.

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, le 27 août 2018, à la rédaction de Gabonreview. © Gabonreview

Le discours à la Nation du président Ali Bongo, le 17 août dernier, a été fort controversé. Est-ce justifié ?

A l’écoute d’un tel discours, on ne peut ne pas être en colère. Trop de choses graves y ont été dites. Dans ce discours, le Gabon a été comparé à l’Allemagne Nazi et au Rwanda de 1994. Je n’ai jamais entendu des propos aussi graves, à un moment aussi solennel. Je voudrais qu’on me dise qui sont les Nazis et qui sont les Juifs? Qui sont les Hutus et qui sont les Tutsis au Gabon ?

Par contre, je peux affirmer que le 31 août 2016, ce sont des armes acquises pour protéger le pays que l’on a retourné contre les Gabonais. Qui a donné cet ordre ? Il faudra bien qu’on le sache un jour. Au Gabon, on n’a jamais entendu que les Mboumba sont allés massacrer les Ondo, que les Lendoye sont allés tuer les Anguilet. J’ai même envie de dire qu’il n’y aucun risque, à ma connaissance, que cela puisse arriver un jour. Parler de génocide au Gabon est extrêmement grave.

Dire aux étudiants qu’ils coûtent cher au pays est tout simplement scandaleux. On ne compte pas lorsqu’on dépense pour ses enfants. Quand on en arrive à pointer les enfants du doigt, c’est qu’on a renoncé à préparer leur avenir, à les encadrer, c’est qu’on a choisi de mettre le pays en danger, de le retarder. Je suis un enfant de la République, un enfant de la bourse. Orphelin depuis ma tendre enfance, j’ai été élevé par ma mère, une commerçante. C’est grâce à la bourse, à la République, que j’ai pu faire mes études. Je n’accepterai jamais qu’on remette en cause cet élément fondateur de notre pacte social. C’est aussi, pour offrir aux jeunes générations, ce dont j’ai bénéficié que je me suis engagé.

Y a-t-il des points qui nous ont échappé et que vous auriez aimé aborder dans cet échange?

La Coalition m’a confié la responsabilité de constituer et conduire notre liste pour les prochaines élections municipales à Akanda. Avec les autres responsables, nous sommes parvenus à mobiliser de nombreux compatriotes, dont la plupart n’étaient pas connus jusque-là pour leur engagement politique.

Nos listes, dans le 1er comme le 2ème arrondissement de la Commune d’Akanda, seront composées de compatriotes talentueux. Le 15 septembre prochain, nous présenterons aux Akandaises et aux Akandais, un projet audacieux qui dessine notre vision d’Akanda pour les vingt (20) prochaines années. Afin de tourner Akanda vers l’avenir, nous souhaitons confier notre commune à une équipe jeune et dynamique.