L’ancien Premier ministre, ancien maire de Libreville, Jean-François Ntoutoume Emane, a annoncé, le vendredi 2 octobre 2015, sa démission du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir).

Jean-François Ntoutoume Emane, le 2 octobre 2015. © Gabonreview

Jean-François Ntoutoume Emane, le 2 octobre 2015. © Gabonreview

 

Finalement, la communication politique de l’ancien maire de Libreville qui passait pour une simple rumeur ventilée par les réseaux sociaux, a été confirmée le vendredi 2 octobre 2015. Ce jour-là, Jean-François Ntoutoume Emane, à sa résidence du quartier Tahiti, a annoncé sa démission du parti au pouvoir, mais aussi la création du Mouvement démocratique et patriotique pour la Refondation (MDPR).

Personnalités et assistance à la déclaration politique de Ntoutoume Emane. © Gabonreview

Personnalités et assistance à la déclaration politique de Ntoutoume Emane. © Gabonreview

Avant ces deux annonces devant le parterre de personnalités ayant répondu à son invitation, l’ancien Premier ministre a fait un véritable réquisitoire du régime en place au Gabon depuis 2009. Axant son propos sur trois points – le constat, sa position par rapport au PDG et ses propositions-, il s’est demandé «comment ne pas se révolter devant tant d’injustices et de privations endurées par les Gabonaises et les Gabonais depuis 5 ans ?». Et d’énumérer les maux auxquels sont confrontés, selon lui, les citoyens. Des bourses des étudiants des universités du pays comme ceux apprenant à l’extérieur payés en retard, l’Université Omar-Bongo délabrée, les écoles primaires bondées, les hôpitaux détruits et manquant de matériels jusqu’au cas des retraités sans pensions, la cherté du coût de la vie qui cause  la dislocation de la classe sociale moyenne, en passant par les PME gabonaises asphyxiées à cause des factures impayées, la corruption démesurée, l’enrichissement brusque de certaines personnalités aux affaires, la méchanceté, l’arrogance, etc. Ntoutoume Emane a voulu présenter ce qu’il considère comme le Gabon actuel. «C’est à se demander si nous avons un gouvernement digne de ce nom», a-t-il lancé.

Rappelant que son silence a été volontaire et qu’il a pris le temps de voir et de comprendre comment le pays est géré depuis cinq ans, l’ancien conseiller d’Omar Bongo a en outre dénoncé la destruction du palais des conférences de la Cité de la Cité de la démocratie, indiquant que l’investissement réel du Gabon est tombé à son plus bas niveau des dix dernières années. Il a déclaré que plus de 2400 milliards de francs CFA de budget ont été dépensés au cours de ces cinq années, sans réels résultats dans un pays où, a-t-il ajouté, plus de 30% de la population est au chômage. Jean-François Ntoutoume Emane estime que ce climat de crise a fait fuir de nombreux investisseurs qui cherchent refuge dans les pays voisins où ils ont de meilleures garanties de sécurité. Ce qui lui a fait dire que «le Gabon se trouve dans une situation ridicule».

S’exprimant à propos de son positionnement face à son parti, le PDG, l’ancien maire de Libreville a longuement critiqué la gestion de cette formation politique ainsi que son dysfonctionnement. Il a fustigé le fait que la voix de la base ne soit pas prise en compte lors de la prise de décision. Le père de l’actuel ministre du Travail a marqué son mécontentement face aux déclarations de certaines jeunes cadres de ce parti qui, selon lui, n’ont pas permis de maintenir la sérénité au sein du groupe. Il a rappelé, prenant l’exemple de la Chine qui a porté à sa tête un président de la République âgé de plus de 70 ans, qu’on «pouvait faire du neuf avec du vieux». Là aussi, il a dénoncé l’arrogance, la méchanceté, le cynisme, l’autisme des jeunes cadres du PDG, les coups bas et autres magouilles à leur actif. Il a même dénoncé le fait que l’on ait enlevé, sans l’en informer, son nom comme tête de liste dans le 5e arrondissement lors des dernières élections municipales.

L’ancien sage du PDG a rappelé qu’en 2009 il avait soulevé le bras d’Ali Bongo Ondimba, alors candidat à la présidence de la République, pour le compte du PDG, en signe d’adoubement. Au regard de la situation du pays, de ce qui se passe et surtout de la crise que vit le pays, il a déclaré : «je supplie le peuple gabonais tout entier de me pardonner de m’être lourdement trompé sur la capacité de l’homme à diriger le pays». «Je l’ai fait par solidarité à mon parti, par fidélité à Omar Bongo», a-t-il précisé. «Rien ne justifie l’injustice et la tyrannie dans notre pays aujourd’hui», a-t-il lancé avant de déclarer  : «à compter de ce jour, je ne suis plus membre du PDG».

A plus de 75 ans, Jean-François Ntoutoume Emane a donc quitté le PDG, mais n’a rejoint aucune formation politique de l’opposition. Il a cependant lancé sa propre structure politique : le Mouvement démocratique et patriotique pour la refondation (MDPR). Et, troisième axe de son propos, il a exprimé son souhait d’une refondation des institutions et l’instauration d’une transition qui devra intervenir dans un esprit républicain et non revanchard.

Jean-François Ntoutoume Emane s’est ainsi exprimé, pendant près de trois heures, devant de nombreux sympathisants, les membres de l’Union nationale, du Front de l’opposition pour l’alternance, ainsi que des responsables des partis politiques de l’opposition. On notera la présence, entre autres, de Didjob Divungi Ndinge, Raymond Ndong Sima, Jean Eyéghé Ndong, Zacharie Myboto, Louis Gaston Mayila, Jules Aristide Ogouliguendé,  Casimir Oyé Mba, Eloi Rahandi Chambrier, Jacques Adiahenot, Philibert Andzembé, Richard Moulomba, David Badinga, Robert Tchoréré, Marc Ona, Marcel Libama…

La fausse note de cette déclaration du septuagénaire est qu’il s’est écroulé avant la fin de son discours, victime d’un malaise qualifié par ses proches d’hypoglycémie. Après quelques instants de panique et de réanimation, il s’est remis sur pied pour terminer son propos.