Pour un mois de vacances, la villa d’une chaine hôtelière, à 15 millions de francs CFA la nuitée, a été louée à Marbella par Emmanuel Issoze Ngondet, selon le quotidien anglais The Sun. Loin du devoir d’exemplarité par lequel devraient s’illustrer les leaders en période d’austérité, cette extravagance financière est visiblement le fait d’Ali Bongo himself.

Près du demi-milliard de francs CFA pour un mois de farniente. © Gabonreview/Shutterstock

 

Emmanuel Issoze Ngondet a été l’objet d’un article fort ironique, se terminant littéralement en pamphlet, le 8 juillet dernier, dans une livraison de The Sun, le tabloïd britannique le plus vendu au monde. Titré «Le PM du Gabon aime la grande vie», l’article indique que le chef du gouvernement gabonais passe un mois de vacances dans une «villa de sept chambres à coucher la plus luxueuse, pouvant être louée à £20,000 (environ 15 millions de francs CFA ) par nuit».

Charité bien ordonnée commence par soi-même

Le journal anglais explique que cette villa est nichée à Marbella dans un merveilleux hôtel cinq étoiles. Elle compte des majordomes, des chefs, des servantes et des femmes de ménage. Elle a également sa propre piscine privée et son accès à la plage. Selon le quotidien anglais, Issoze Ngondet y est arrivé avec un staff, certainement composé de membres de sa famille et de sa garde rapprochée aussi bien sécuritaire que politique. «C’est le même Premier ministre qui a récemment annoncé des mesures d’austérité, initiées par son gouvernement pour faire face à la crise financière actuelle du pays. Le même pays à qui le Royaume-Uni accorde à l’aide étrangère», rappelle The Sun avant d’ironiser : «On dit que la charité bien ordonnée commence par soi – ce qui n’est clairement pas le cas pour le Premier ministre gabonais».

Face à cette extravagance, The Sun hausse le ton : c’est assez ! Ne serait-il pas temps de repenser toute la structure de l’aide étrangère ? et de rappeler que, selon les chiffres du gouvernement britannique, entre 2009 et 2014, «la Grande-Bretagne a donné à l’Éthiopie, au Gabon, au Ghana, au Kenya, au Nigeria et à l’Afrique du Sud plus de 4 milliards de livres sterling d’aide».

Ali Bongo et les siens au Trocadero Playa jeudi, à Marbella © 2018 D.R./Binto Media

Les dollars de Malaga

Emmanuel Issoze Ngondet passerait donc ses vacances à Marbella, ville de la province espagnole de Malaga, une localité qui jamais n’oubliera les extravagances financières des Gabonais. Notamment celle de septembre 1999, lorsqu’Omar Bongo, flanqué d’une importante délégation, passa des vacances à Malaga, claquant les dollars comme s’il en pleuvait. Après la joie consécutive au pic du chiffre d’affaires, les commerçants de Malaga déchantèrent : une grande partie de l’argent était en faux dollars. L’affaire se termina en rodéo diplomatico-judiciaire. On sait en tout cas de qui tiennent les PDGistes d’aujourd’hui, déguisés en émergents,

D’ailleurs, le patron d’Issoze Ngondet, selon nos confères d’info241, a été aperçu en vacances sur «la plage de Santa Petronila à Marbella (sud de l’Espagne)». Il était «accompagné de sa femme Sylvia et de leur fils Nourredine tout barbu». Ceci amène à une conclusion :  le quotidien The Sun se serait trompé. De toute manière, Emmanuel Issoze Ngondet n’est pas en vacances. Au moment de la rédaction du présent article, il était en séance de travail à la Primature à Libreville.

Farniente au coût d’acquisition de 15 appareils de scanner médical

Donc, ainsi que titré par info241, «Ali Bongo et sa famille se la coulent douce au soleil en Espagne», en pleine austérité. À 15 millions de francs CFA (£20,000) la nuitée, on en est quand même à près du demi-milliard de francs CFA pour un mois de farniente. Si on y ajoute la location de berlines et bolides de luxe et yachts, le milliard est facilement claqué. Or, au Gabon, un milliard représente près de 4 fois le budget de fonctionnement du Conseil national de la communication (CNC) ces dernières années ; un milliard pourrait acheter pour le Gabon plus de 15 appareils de scanner médical à 80.000 € l’un.

Dans l’armée, on dit «l’exemplarité est la qualité qui conduit le chef à adopter le comportement qu’il attend de ses subordonnés». Tous les managers le savent, sauf visiblement Ali Bongo, le dirigeant ne doit laisser s’installer aucun soupçon sur lui, aucun soupçon de ne rouler d’abord que pour lui-même, il ne doit pas privilégier des intérêts particuliers pour lui ou ses proches aux dépens du collectif. Austérité. Vous avez dit austérité ? Exemplarité. Vous avez dit exemplarité ?