Les dirigeants du Parti démocratique gabonais (PDG) ont toujours prétendu œuvrer au «raffermissement de l’unité nationale» et à la «consolidation de l’Etat de droit». N’empêche, entre ricanements, interrogations et colère, la liste des personnalités retenues pour défendre ses couleurs crée la polémique.

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Le Parti démocratique gabonais (PDG) s’est toujours targué d’être la formation politique la mieux implantée, la seule à même de présenter des candidats à toutes les élections et sur tous les sièges. Se prévalant d’une structuration certaine, il a toujours soutenu devoir recourir à des arbitrages internes pour faire face au trop-plein de postulants (lire «Annonce imminente des candidats PDG»). Depuis la publication de sa liste de candidats aux législatives, ces certitudes sont désormais décrites comme des bobards. Entre les ricanements des uns, les interrogations des autres et la colère de certains, son processus d’investiture crée la polémique. De Mounana à Libreville en passant par le département des Plateaux ou celui de la Mpassa, les militants fulminent. Si à l’Union pour la démocratie et l’intégration sociale (Udis) c’est le mutisme coupable, au Centre des libéraux réformateurs (CLR), c’est la fronde. Pour ainsi dire, ses alliés regardent désormais dans des directions différentes.

Arrangements dans le dos des partis

Des personnalités notoirement encartées peuvent-elles défendre les couleurs d’un autre parti ? Sans s’encombrer de scrupules, le PDG y a répondu par l’affirmative. En choisissant Hervé-Patrick Opiangah et Eliane-Flore Mindoungani, il s’est livré à de curieux débauchages. Sa direction aura beau ergoter sur d’éventuels tickets, cela ne convaincra pas grand monde. Les titulaires désignés pourront toujours s’attacher les services de suppléants PDG, des doutes subsisteront. A elle seule, l’attitude du président du CLR atteste d’une chose : loin d’être le produit d’une négociation franche et d’un accord entre alliés, ces investitures sont le fruit d’arrangements personnels, conclus dans le dos des partis (lire Jean-Boniface Assélé dénonce un «braquage»). Si aucun militant n’aura l’outrecuidance de les dénoncer, ces manœuvres n’en traduisent pas moins un refus de se conformer aux règles. De part et d’autre, des dispositions statutaires ont été violés. L’Udis a-t-elle fondu dans le PDG ? Peut-on synchroniquement militer au CLR et au PDG ? On est curieux de connaitre la réaction du Centre gabonais des élections (CGE).

Manifestement, l’ex-parti unique a mené son processus d’investiture en marge de toute considération légale, y compris les lois nationales. Certes, les électeurs peuvent toujours changer de lieu d’inscription. Certes, comme toutes les opérations similaires, la dernière révision a donné lieu à des mouvements. Mais, de nombreuses voix signalent la présence de Thérèse Chantal Akouosso sur  les listes du 2ème siège du département des Plateaux. Or, la ministre déléguée à la Communication a été choisie pour concourir au 1er siège du même département. Les inscriptions étant closes, la recevabilité de sa candidature fait maintenant débat. Peut-on se faire élire là où l’on n’est pas inscrit ? Peut-on solliciter les suffrages des populations quand on ne peut voter soi-même ? La loi électorale subordonne l’éligibilité au statut d’électeur. Autrement dit, chaque candidat doit être inscrit là où il se présente. Même si d’aucuns imaginent déjà l’administration voler au secours du PDG, d’éventuels ajustements accentueront la défiance vis-à-vis des institutions.

À contre-courant de l’histoire

Pour des raisons internes, le PDG a cru devoir investir des non-autochtones sur certains sièges. Non seulement cette option rompt avec cette «géopolitique» si chère à ses élites, mais elle a ravivé les clivages ethniques au sein de sa base. Au 2ème siège du 1er arrondissement de Libreville, certains militants d’ethnie M’pongwè n’ont pas hésité à crier leur indignation. Particulièrement remontés, ils ont affirmé leur opposition à la candidature d’un de leurs coreligionnaires d’ethnie Nzebi. Malgré un demi-siècle passé aux commandes de l’Etat, le PDG offre ainsi l’image d’un parti évoluant au gré des humeurs et alliances de ses dirigeants. Il apparait comme gangrené par les querelles identitaires, incapable de respecter ses propres règles ou de renouveler sa pratique politique sans susciter l’émoi au sein ses troupes. Au demeurant, il se présente comme une coterie hors la loi, un terreau propice à  l’expression de tous les particularismes voire un bateau naviguant à contre-courant de l’histoire.

Le PDG dit être «démocratique». A la suite de son fondateur, ses dirigeants ont toujours prétendu œuvrer au «raffermissement de l’unité nationale» et à la «consolidation de l’Etat de droit». Au vu de toutes ces prétentions, les récents événements résonnent comme une cinglante abjuration. Certes, tous ces arrangements procèdent d’une ferme volonté de ratisser large. Ils découlent même d’une détermination à l’emporter voire d’une fureur de vaincre. Mais, gagner ne sera jamais synonyme de gagner à tout prix. Quand bien même les dirigeants du PDG font mine de ne pas le comprendre, un passé pas si lointain nous en a déjà administré l’éclatante preuve…