L’affaire ne date d’aujourd’hui. Pourtant, comme en 2009, l’ex-épouse d’Ali Bongo pourrait à nouveau être tentée de dévoiler quelques «secrets».

Ali Bongo et Inge Lynn Collins, en 1994. © losako.afrikblog.com

Ali Bongo et Inge Lynn Collins, en 1994. © losako.afrikblog.com

 

Au début du mois de septembre 2009, juste après l’arrivée au pouvoir d’Ali Bongo, une interview choc était donnée à la chaîne de télévision américaine ABC, avec en vedette Inge Lynn Collins. L’ex-épouse du nouveau président de la République y manifestait sa volonté d’en découdre alors qu’une frange de la population s’inquiétait déjà du fait qu’un système basé sur la dilapidation des deniers publics au seul profit d’une famille allait se poursuivre avec la désignation controversée du fils d’Omar Bongo Ondimba comme vainqueur de la présidentielle. «Le Gabon est un pays de nantis et de démunis, et les nantis étaient tous des Bongo», avait-elle alors lancé, avant de poursuivre : «Quand je me plaignais, ils se moquaient littéralement de moi. Ils pensaient que les Américains étaient, en quelque sorte, naïfs. Ils disaient ne pas avoir le temps de se soucier des droits de l’homme. […] Ils se réveillent le matin et décident de ce qu’ils vont acheter : ils font des achats et des achats et des achats. Ils affrètent un 747 et le remplissent. Tout le monde recevrait une enveloppe et vous pouviez acheter votre voiture et tout ce que vous vouliez. Il y avait des cortèges de Porsche.»

«Inge Collins a épousé M. Bongo en 1994, mais s’en est séparé une décennie plus tard», a indiqué The Wall Street Journal. © a.abcnews.com

«Inge Collins a épousé M. Bongo en 1994, mais s’en est séparé une décennie plus tard», a indiqué The Wall Street Journal. © a.abcnews.com

Si jusque-là Inge Lynn Collins s’était montrée soucieuse du «système Bongo», qui, selon elle, nie le droit au bonheur des Gabonais, son intention semblait bien plus profonde : elle souhaitait plus que tout dévoiler «le vrai visage» d’Ali Bongo, qu’elle présente comme un homme violent, «radin, insensible, un mari défaillant à son devoir alimentaire et de soutien à sa première femme abandonnée», se souvient Afrik.com. Plus de cinq ans après, elle pourrait à nouveau faire parler d’elle, et sur le même sujet. C’est du moins ce que croit savoir La Lettre du Continent, qui a récemment annoncé l’arrivée dans les kiosques d’un ouvrage écrit par Inge Lynn Collins. Info, intox ? Il demeure qu’une telle nouvelle est loin de faire les affaires du président de la République, dont la réputation est plus que jamais entachée. Si ses défenseurs avaient vite fait de classer dans le registre du «kongossa» (rumeurs infondées) les «révélations» contenues dans le livre «Nouvelles affaires africaines – Mensonges et pillages au Gabon» du journaliste-écrivain français Pierre Péan, l’ouvrage de son ex-épouse pourrait écorner davantage son image.

Alors que rien n’est encore sûr, les révélations d’Inge Lynn Collins pourraient nourrir les arguments d’une partie de l’opinion, qui n’a cessé de multiplier les attaques et demandes en destitution du président de la République, accusé de parjure. De même, l’ouvrage pourrait intéresser les élus américains, d’autant qu’en février 2014, le sous-comité permanent des investigations du comité sur les affaires intérieures et de la sécurité du Sénat américain avait rendu public un rapport intitulé «Tenir la corruption étrangère hors des Etats-Unis : Quatre études de cas». A l’instar des cas Teodoro Nguema Obiang de Guinée équatoriale, Abubakar du Nigéria ou de l’Angola, «le cas Bongo» du Gabon y avait une place importante. L’interception de 75 millions de francs CFA (seulement) destinés à cette dame présentée comme l’ex-épouse du président gabonais avait poussé à l’ouverture d’une enquête révélée, cette année-là, par The Wall Street Journal, un quotidien américain tiré à 2,4 millions exemplaires. Le journal affirmait alors que, depuis l’année 2000, la fameuse Inge Collins a reçu «des virements de M. Bongo» ainsi des millions de dollars en espèces, transportés par MM Ashby (un esthéticien de métier qui avait coiffé la dame pendant le mariage avant d’être invité à rejoindre le cercle des collaborateurs d’Ali Bongo) et par un lobbyiste du nom de Joseph Szlavik. Les liens de celui-ci avec le Gabon «remontent aux années 90, à l’époque où il faisait du lobbying pour le compte du père d’Ali Bongo, selon des indiscrétions faites au département de la Justice», notait, le 25 février 2014, la bible des milieux d’affaires américains. C’est dire l’attention à porter à cette éventuelle parution, que d’aucuns annoncent pour courant 2016. Ça reste à voir.

Selon The Wall Street Journal «Inge Collins a épousé M. Bongo en 1994, mais s’en est séparé une décennie plus tard.»