La marine nigériane a intercepté, le 25 avril au large de Lagos, un navire avec à son bord 406 présumés déportés par le Gabon. Une déportation «non formelle» selon les autorités nigérianes.

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Gros coup de filet de la marine nigériane qui a intercepté au large de Lagos, dans la nuit du 25 avril, 406 personnes présumées déportées par le Gabon. Le navire intercepté transportait également des véhicules et d’autres cargaisons dont la nature n’a pas été révélée. Selon la marine, le navire a transité par le Togo, le Mali et le Niger, avant de mettre le cap sur Calabar, capitale de l’État de Cross River au sud-est du Nigeria.

«Le navire a quitté le Gabon chargé de fret, de passagers réguliers et déportés de nationalité togolaise, béninoise, nigérienne, nigériane et malienne», a déclaré le commandant du navire Beecroft, de la marine nigériane. «Le nombre total de Nigérians à bord sera bientôt déterminé. Parmi les Nigérians, l’on dénombre 18 déportés», a ajouté Okon Eyo. Ce dernier a par ailleurs souligné que l’affréteur du navire, identifié comme étant Mubashiu Lawal de la République du Bénin, a affirmé avoir pris contact avec le contrôle du port nigérian pour obtenir la permission d’entrer.

Or, il aurait été établi qu’il n’y avait pas de contact formel au niveau gouvernemental pour la livraison des déportés au Nigeria. Cependant, selon un rapport non confirmé, l’ambassade du Nigeria à Libreville était au courant de la déportation. Le commandant Okon Eyo a déclaré que des hommes armés avaient été déployés à bord du navire pour assurer la sécurité des passagers, même s’il a ajouté que les agences compétentes travailleraient ensemble pour démêler les motifs qui sous-tendent l’ensemble des affaires ainsi que pour traiter d’autres questions connexes.

Par ailleurs, la plupart des rapatriés se sont plaints des mauvais traitements qu’ils leur ont été infligés au Gabon et à bord du navire. En effet, le navire comptait également des personnes souhaitant simplement rentrer chez eux pour rendre visite à leur famille et à leurs amis. Alors qu’elles avaient régulièrement acheté leur billet à Libreville, ces dernières, à leur grande surprise, ont été mises dans le même lot que les criminels déportés par le Gabon pour des infractions allant de la falsification présumée de documents au vol et au trafic de drogue.

Agée de 37 ans et de nationalité nigériane, Esther Ike qui rentrait dans son pays, a dit avoir été durement traitée avec ses enfants. «J’ai voyagé au Gabon en 2008 pour rejoindre mon mari avec ma fille aînée. Nous habitons à Libreville et mon mari est un homme d’affaires. Il possède une boutique à Libreville et s’occupe de chaussures. J’ai eu mes trois autres enfants au Gabon. La raison pour laquelle mon mari a décidé que nous devrions rentrer à la maison était qu’il n’y a pas de bonne école d’anglais au Gabon. (…) De plus, l’immigration gabonaise n’est pas amicale avec les étrangers, surtout lorsqu’il s’agit d’un Nigérian. J’ai vu des cas où ils coinçaient un ressortissant étranger, le battaient et le jetaient dans leur cellule, ce qui peut être décrit comme un trou à rats avant de les renvoyer dans leur pays dans la nature la plus déshumanisante. C’est pour cette raison et pour d’autres raisons que nous avons décidé de retourner au Nigeria», a-t-elle raconté.

Selon la ressortissante nigériane, son mari a acheté trois billets à raison de 180 000 francs CFA l’unité. «On nous a dit que le bateau nous emmènera à Calabar d’où nous prendrons le bus jusqu’à ma ville natale dans l’état d’Imo. Malheureusement, une fois à bord, nous avons été traités comme des déportés, sans eau ni nourriture», a déploré Esther Ike.