Avec l’éviction de Ben Moubamba, le camp des «dialogueurs» de l’opposition vient d’être réduit d’un fauteuil ministériel. Alors qu’elle aurait dû disposer de 13 membres, l’opposition participative n’a plus que 6 ministres sur une équipe de 37 et elle ne comptabilise ni ministre d’Etat, ni portefeuille lié à la mise en œuvre des actes d’Angondjé. L’opposition «du Dialogue» en sort résolument perdante.

La représentativité de l’opposition dite responsable s’est résolument amaigrie depuis la fin du Dialogue politique et surtout avec la sortie de Ben Moubamba du gouvernement. © Gabonreview/Shutterstock

 

Après onze mois de présence au gouvernement, le leader de l’Alliance pour le changement et le renouveau (ACR) a donc quitté l’équipe gouvernementale. Les opposants y figurant ne sont donc plus que 6 sur les 37 membres de l’équipe ! Avec le limogeage de Bruno Ben Moubamba, on aurait pu penser qu’un autre cadre de l’ACR ou d’un autre parti de la «mouvance oppositionnelle» intégrerait le gouvernement. Mais, c’est le Parti démocratique gabonais (PDG) qui se renforce avec l’arrivée de Josué Mbadinga, passant de 27 à 28 membres dans l’équipe d’Emmanuel Issoze Ngondet. L’opposition n’a d’ailleurs plus de ministre d’Etat.

«Un tiers – deux tiers»

Invité de l’émission L’Arène Politique sur Gabon Télévision, vendredi dernier, Gérard Ella Nguéma a confirmé qu’au sortir de la phase politique du Dialogue d’Angondjé, les deux parties – majorité et opposition – s’étaient entendus sur le principe de «un tiers – deux tiers». Ainsi, la composition du gouvernement devait compter un tiers des membres en provenance de l’opposition, et deux-tiers de la majorité). Ce qui signifie que sur les 38 membres de l’équipe formée le 21 août, l’opposition devait disposer de treize ministres. «Mais lors de l’annonce de cette équipe, l’opposition s’est plutôt retrouvée avec seulement sept ministres, dont un ministre d’Etat», déplorait Gérard Ella Nguéma. Surprise désagréable pour les «opposants participatifs». Mieux encore, «on nous retire le seul ministre d’Etat que nous avions. Pourquoi, finalement, nous a-t-on appelé au Dialogue ? Le pouvoir aurait pu organiser son dialogue tout seul, et appliquer ses résolutions tout seul», regrette un militant de l’opposition.

Il n’y a donc plus que six «opposants participatifs» dans l’équipe Issoze Ngondet II, dont quatre ministres (à savoir, les deux dissidents de l’Union nationale, Patrick Eyogo Edzang à l’Eau et à l’Energie, et Estelle Ondo aux Transports ; le représentant du Parti social-démocrate, Biendi Maganga Moussavou aux PME ; le porte-flambeau du Parti pour le développement et la solidarité sociale, Carmen Ndaot au Travail et à la Formation professionnelle), et deux ministres délégués (Raymond-Placide Ndong Meyo du RPG et Jonathan Ndoutoume Ngome de Démocratie Nouvelle) confinés en plus à des «tâches éloignées de la mise en œuvre des actes du Dialogue d’Angondjé», «principale raison de leur présence, disaient les leaders de ce camp, sur la table du Conseil des ministres».

 «Partis à deux pour chasser le gibier», l’un a pris les plus gros morceaux, l’autre si peu…

En dépit du poste de vice-président de la République et de celui de président du Conseil économique et social (CES), «coquille vide à l’évidence», confiés respectivement à Pierre-Claver Maganga Moussavou et à René Ndemezo’o Obiang, cette sous-représentativité de l’autre camp politique ayant pris part au Dialogue politique d’Angondjé tend à démontrer la volonté hégémonique du PDG. «Partis à deux pour chasser le gibier, l’un a préféré gruger l’autre en s’octroyant l’essentiel du gibier», analyse un diplomate occidental en poste à Libreville, non sans humour. Celui que nous appellerons Hermann von Rühr estime que «si l’opposition était unie, elle dénoncerait ce marché de dupes en démissionnant en bloc du gouvernement, mais cela est peu probable chez vous malgré la roublardise de vos dirigeants et leur manque de respect des engagements pris ; vos mœurs politiques sont différentes de celles de bien d’autres responsables politiques d’ailleurs».

Un peu d’histoire : en octobre 1996, lors de la démission (forcée) de Pierre-Claver Maganga Moussavou du poste de ministre d’Etat, ministre de la Planification, de la Programmation du Développement et de l’Aménagement du Territoire qu’il occupait dans le gouvernement conduit par le Dr. Paulin Obame Nguema, c’est un cadre de son parti, Senturel Ngoma Madoungou, qui lui avait succédé. Il y eut, bien sûr, plus tard, une rupture entre le cadre et le leader du PSD. Mis dans les mêmes conditions, le Premier ministre Emmanuel Issozé Ngondet a préféré, pour remplacer le leader de l’ACR, choisir un Sénateur membre du Bureau politique du PDG. «Le Dialogue politique d’Angondjé, qui s’est tenu dans les conditions que l’on sait, n’a visiblement pas permis au PDG de taire un peu sa suprématie politique, sa toute-puissance et sa volonté hégémonique», s’indigne un responsable de la coalition des partis menée par Gérard Ella Nguéma.

Le consensus d’Angondjé est mort, «cadavéré» et «derrière nous»

Si personne ne peut imaginer Patrick Eyogo Edzang, Carmen Ndaot ou Estelle Ondo claquer la porte du gouvernement en forme de soutien à Bruno Ben Moubamba, il reste que dans l’opinion par contre, on a beaucoup de mal à comprendre cette faible représentativité d’un camp ayant soutenu, envers et contre tout, «les vainqueurs déclarés du 23 septembre 2016» (à la Cour Constitutionnelle). 6 ministres sur 37 , ni ministre d’Etat, ni portefeuille lié à la mise en œuvre des actes d’Angondjé, l’opposition «participative» sort perdante de ce face-à-face politique. Est-ce la fin du consensus obtenu au Dialogue du Stade de l’amitié sino-gabonaise d’Angondjé ? Comme ils le disaient de l’élection présidentielle du 27 août 2016, ce consensus est-il dorénavant «derrière nous» ?  Est-il définitivement aux oubliettes ? Face à ce qui ressemble à une entourloupe, dans l’esprit de bien d’observateurs de la vie politique gabonaise, «le PDG montre qu’il a bien roulé ses interlocuteurs d’Angondjé, y compris les partis membres de la majorité». Ce qui n’est pas si surprenant dans un pays aimant prétendument le consensus…