Invité par l’ambassade des Etats-Unis au Gabon, Georges S. Kazolias a séjourné dans le pays où il a dispensé des formations dans trois villes. A l’issue de celles-ci, le journaliste, conférencier et consultant est revenu avec Gabonreview, le 2 décembre à Libreville, sur la nécessité d’associer les réseaux sociaux à la pratique du journalisme, à l’ère du numérique.

Le journaliste, conférencier et consultant Georges S. Kazolias. © Gabonreview

 

Gabonreview : Vous sortez d’une tournée de formation dans plusieurs villes du pays. De quoi s’agissait-il exactement ?

Georges S. Kazolias : Il s’agissait de montrer aux journalistes gabonais qu’ils ont tout intérêt à être présents sur les réseaux sociaux parce que c’est l’avenir. D’autant que le public, en général, y est déjà. Aujourd’hui, les médias traditionnels sont un peu limités. Si on veut toucher tout le monde, il faut être sur les réseaux sociaux pour les attirer. Il faut participer aux groupes de discussion, avec le public, dans la vérification des informations.

De nos jours, le journaliste n’est plus le gardien de l’information. Le public a la capacité de s’informer, d’aller chercher lui-même les compléments d’enquêtes. Le problème est que souvent, on peut le mener en bateau. Car il y a beaucoup de fake news, des rumeurs sur les réseaux sociaux et le public n’est pas toujours formé pour vérifier tout ce qu’il reçoit.

Grâce aux réseaux sociaux, il n’y a plus de capitale. Grâce aux réseaux sociaux, tout le monde est connecté à tout le monde. Vous pouvez être à Franceville et être connecté avec New-York. Avec les réseaux sociaux, cette idée de centre du monde n’existe plus.

Georges S. Kazolias. © Gabonreview

En quoi les réseaux sociaux révolutionnent-ils la pratique du journalisme ?

La révolution de la pratique du journalisme par les réseaux sociaux s’opère d’abord dans son sens virtuel et immédiat. Nous ne sommes plus obligés de rester collés à télévision, à la radio ou d’acheter un journal papier pour s’informer.

Ensuite, pour s’exprimer, on a plus besoin d’aller vers le rédacteur en chef qui va choisir ce qu’il publiera ou pas. Tout le monde a le droit de s’exprimer. Les réseaux sociaux, sont un peu la démocratie en direct. Ils ont révolutionné l’échange d’informations, d’opinions et de commentaires.

Quand un politicien, un décideur ou un industriel dit quelque chose de faux, il y a plein de personnes qui peuvent rectifier l’information sur le champ. C’est une révolution qui dématérialise la rédaction. Il y a même les journaux papiers et magazines qui ont migré sur Internet. C’est l’avenir et on ne peut pas revenir en arrière.

L’utilisation des réseaux sociaux dans le milieu journalistique permet-elle de faire des investigations ?

Je pense que si on sait maîtriser les moteurs de recherche, nous pouvons aller très loin dans les vérifications sur l’identité des personnes, sur l’origine des informations : on peut mieux recouper. Il y a des malins qui, en plus de fabriquer des fausses informations, fabriquent de faux sites Internet pour mener des personnes en bateau.

Il faut un vrai apprentissage pour aller loin dans la vérification de l’information. Et les différents moteurs de recherche avancés nous permettent d’aller très loin dans la vérification. Vous avez des plateformes comme LinkedIn pour faire des recherches sur des personnes et voir ce qu’ils ont écrit, il y a Google, Yahoo, Firefox…

Nous, en tant que journalistes, avec ces outils, nous pouvons aller très loin, très vite dans la vérification de l’information pour trouver la vérité. Et pour informer le public sur le vrai du faux.

Georges S. Kazolias. © Gabonreview

Il y a beaucoup de fake news. Est-il possible pour la presse de lutter contre ce phénomène ?

Je pense que c’est le rôle de la presse. Dans le nouveau média, il existe des possibilités de suivre toutes les discussions, de faire des vérifications et rétablir des vérités.

Il ne faut pas tenir le public responsable d’avoir avalé des fake news. Ce n’est pas sa faute. Si cela lui arrive, c’est que nous les journalistes, nous n’avons pas fait correctement notre boulot. Il y a la règle de 80/20 dans les réseaux sociaux. Nous les journalistes sommes invités à contribuer à 80% dans les réseaux et le reste des 20% sont utilisés pour la promotion de notre travail. Notre rôle est d’être engagés, présent et d’échanger avec le public. Je pense qu’on peut systématiquement dévoiler quand il y a un fake news, mais ça veut dire que le journaliste doit être formé sur le comment les dénicher.

Le plus grand atout de tout journaliste est sa crédibilité donc, il doit établir sa crédibilité envers le public. Une fois le public sait qu’il peut lui faire confiance, quand il a des questions il viendra vers lui pour obtenir des confirmations ou des compléments d’informations. Grâce au lien hypertexte, donner la possibilité au citoyen d’aller vérifier par lui-même, ce que vous avancez, pour qu’il sache que ce qu’il a vu sur Twitter, Facebook est faux ou pas.

Quelles sont les plateformes que vous pouvez recommander aux journalistes pour se positionner dans l’ère du numérique ?

Tout journaliste doit être au moins sur Facebook et Twitter. Ce sont les réseaux sociaux les plus utilisés, les plus immédiats, les plus démocratiques dans leurs formules. Si vous êtes photographe, utilisez Instagram pour trouver des photos. Tout journaliste doit avoir un blog qui peut être relié à sa rédaction.

Il y a aussi des plateformes où des journalistes peuvent aller discuter et échanger des informations avec d’autres journalistes. Parce qu’on peut beaucoup apprendre de nos expériences mutuelles. On ne peut pas apprendre toutes les applications et tous les programmes, mais il y en a qui servent beaucoup.

Il y a quelque chose de très important sur le réseau, c’est le visuel. Il faut que l’image parle et ça veut dire qu’il faut créer des applications interactives (cartes, camembert, des barres, les tableaux…) où les populations peuvent intervenir.