Par l’addition d’une absence de preuves relatives à l’illégalité du meeting de l’opposition et de la participation effective des prévenus, le procès des événements de Rio est en passe de se retourner contre les pouvoirs exécutif et judiciaire.

Quelques présumés manifestants dont le journaliste Francis Edou Eyene (2è après maître Ruphin Nkoulou, avocat de la défense). © JPRougou

Quelques présumés manifestants dont le journaliste Francis Edou Eyene (2è après maître Ruphin Nkoulou, avocat de la défense). © JPRougou


 
Au Gabon, chacune des décisions du tribunal ou réquisitions du ministère public entrant dans le cadre d’affaires ayant trait à la politique suscite des doutes. Systématiquement, l’opinion regarde vers la présidence de la République. En renvoyant le procès des prévenus de l’affaire des événements de Rio, le tribunal de première instance de Libreville a-t-il agi en toute indépendance ? S’est-il laissé, comme l’affirment de nombreux observateurs, le temps de prendre la mesure des enjeux et de se rapprocher des sphères du pouvoir exécutif ? Réagissant à la mort de Bruno Mboulou Beka dès le 22 décembre dernier, Ali Bongo avait dénoncé un «lâche assassinat», affirmant que le jeune homme avait rencontré «la haine» ce 20 décembre de triste mémoire. Le meeting avorté de l’opposition visait-il à donner cours à un déferlement calculé, froid et systématique d’une profonde hostilité et d’une extrême aversion à l’endroit de certains compatriotes ? Etait-il destiné à laisser éclater le sentiment de profonde antipathie à leur égard ? Avait-il pour objectif de conduire à l’abaissement ou la mort d’une partie de la population ? Le procès du 5 janvier dernier a-t-il été influencé par cette observation ? Sauf à incriminer les forces de défense et de sécurité ou à considérer l’hypothèse d’une bavure policière, ce sont là des questions générées par le propos du président de la République.
Bien entendu, proclamant l’indépendance de leur action, les magistrats affirmeront toujours agir en toute autonomie, en âme et conscience. Bien sûr, ils clameront systématiquement avoir pour seule motivation le maintien de l’ordre public. Malgré les critiques, ils voudront assumer leur décision. Mais les circonvolutions rhétoriques du procureur de la République près le tribunal de première instance de Libreville et la définition de la notion de «troubles à l’ordre public» livrée au cours de l’audience semblent faire écho à la dénonciation de «la haine» par le président du Conseil supérieur de la magistrature. En faisant observer une minute de silence à la mémoire de Bruno Mboulou Beka, en livrant sa lecture des événements, Ali Bongo a semblé baliser le chemin ou indiquer la voie à suivre. Bien avant lui, le porte-parole de la présidence de la République n’avait manqué aucune occasion pour dénoncer la même «haine», au point d’assimiler les organisateurs du meeting du 20 décembre dernier à des «putschistes».
Négation de la citoyenneté
Cette lecture alarmiste des choses, cette fébrilité manifeste, cette panique théâtralisée, ont été relayées par l’ensemble des médias nationaux et internationaux. Naturellement, tout ceci a eu une influence sur le comportement de l’autorité judiciaire. D’une part, les magistrats ont été conduits à faire leur la thèse de l’illégalité de la manifestation. D’autre part, ils ont inconsciemment intégré l’idée d’une tentative de putsch, faisant ainsi de toute personne aperçue sur et aux abords du lieu du meeting un potentiel «putschiste». A certains égards, l’accusation de «troubles à l’ordre public» peut apparaître comme un pis-aller pour une justice prise en tenaille entre les apparents désidératas du pouvoir exécutif et le regard de l’opinion publique voire les exigences de la communauté internationale. A l’arrivée, la justice perdra toujours quelque chose dans ce procès.
Le jugement concernant les 101 prévenus suite aux émeutes de Rio ne satisfera sans doute jamais personne. S’il est dur, comme semble le vouloir l’exécutif, on criera à l’instrumentalisation, on mettra à l’index une «justice aux ordres». S’il se réfère aux plaidoiries de la défense et se fait plus indulgent, on dénoncera une «tentative d’intimidation de l’opposition», un «procès pour l’exemple». Dans tous les cas, on s’interrogera. Déjà, l’illégalité du meeting n’a pas été prouvée. Or, des erreurs de procédures imputables au ministre de l’Intérieur ont été mises en exergue. Peut-on et doit-on faire reproche à des citoyens d’avoir participé à une réunion sans apporter la preuve de son illégalité ? N’est-on pas aux confins de l’atteinte à la liberté de réunion ? Bien qu’elle puisse faire l’objet de restrictions imposées conformément à la loi, la liberté de réunion est un droit civil essentiel, un élément constitutif de la citoyenneté. Elle favorise la participation pleine et active du citoyen à la vie publique.
Derrière ce procès aux fondements légaux pas toujours évidents, apparaît un risque : la négation de la citoyenneté. Les magistrats s’en défendront. Ils rappelleront leur rôle de garant de l’ordre public. Mais cela ne fera jamais oublier les oukases et verdicts lancés depuis la présidence de la République. Cela ne fera jamais de la maxime «force doit rester à la loi» l’équivalent de «la loi m’autorise à user de la force» ou «la loi est ma force». Cela ne fera jamais passer par pertes et profits les principes de proportionnalité et de réversibilité inhérents au maintien de l’ordre. Cela ne donnera jamais au gouvernement ou au pouvoir exécutif la prérogative du maintien de l’ordre, domaine réservée de l’autorité administrative. Or, le procès des événements de Rio relève des suites judiciaires d’une opération de maintien de l’ordre. Ce procès sera-t-il celui de la contestation politique ? Visiblement tel était le vœu de l’exécutif, toujours prompt à appeler la justice en renfort. Au regard du déroulement des événements et l’évidente vacuité des dossiers d’accusation, l’exemplarité tant recherchée pourrait donc ne pas être pour ce coup-ci. Mais, le sentiment de connivence institutionnelle, lui, devrait en sortir renforcé.
 

 
GR
 

0 Commentaires

  1. AL-INCH dit :

    C’est vraiment triste pour le Gabon de compter sur des ministres aussi nuls dans la gestion de la chose publique. A force de defendre le maitre a tout prix, les « illuminatis » gabonais montrent leur vrai niveau. Comme c’est triste! Meme un etudiant de 1ere annee de droit aurait fait mieux…Pitie et dire que vous vous croyez meilleurs que nous.

  2. mouthou dit :

    Merci à toi Roxane de nous éclairer de ta plume lisse.
    A ma sœur Sidonie Flore Ouwé, nièce de Feu Mamboundou PR de l’UPG, où iras-tu t’installer une fois Bongo parti du pouvoir? Car, un jour ou l’autre, il s’en ira, de gré ou force.

  3. Bonito dit :

    Quelqu’un pourrait-il me dire si l’interdiction verbale prononcee par le Ministre de l’Interieur a la TV, la veille de la manifestation, a la meme valeur qu’une interdiction ecrite produite aux leaders demandeurs, avant la manifestation? Si le vice de procedure etait avere, quelles peuvent en etre les consequences (politiques et judiciaires)? Merci d’avance.

    • j'y crois dit :

      Le refus de manifester aurait du être opposé aux initiateurs du meeting au plus tard 48h avant la tenue de ce meeting par l’envoi d’une lettre auxdits initiateurs. Autrement dit, comment le ministre peut-il opposer aux manifestants une loi que lui-même ne respecte ou ne connait même pas?

  4. Bassomba dit :

    On s’en tape, que les fauteurs de trouble en prennent pour leur matricule!

  5. MOKOUKOUET dit :

    ECLESIASTE CHAPITRE 3: il y a un temps pour tout

  6. Pierre Mouloumba dit :

    La justice fait son boulot c’est tout cette marche était belle et bien interdite que les détenus et les fauteurs de trouble répondent de leurs actes

  7. doukdouk dit :

    Bassomba, en langue bantou, veut dire l’achat- tu es de ceux qui vendent leur ame au diable, tu as déja été acheté- sois en sur, l’oeil de Caïm te voit- ce jour,tu seras ratrappé et tu comprendras la valeur de ces mots- collabo-

    • Bassomba dit :

      Acheté ou pas, je m’en tape, ce n’est pas moi qui ai choisi mon nom, encore moins toi pour le tien; mes convictions n’ont rien à avoir avec mes origines.

      • Cheguevara dit :

        Dans cette foutue république que vous défendez, les origines ont malheureusement un sens. A preuve, le TSF, la république du haut-ogooué-lolo, la géopolitique,…autant de thématiques défendues par les thuriféraires du régime ( Onanga y’Obegue, Ogandaga Michel, Nzouba Ndama,…)

  8. mengoumamvie dit :

    Il est indéniable que les auteurs de violences doivent rendre compte de leurs actes à travers un procès just et équitable. Et c’est là que le bas blesse. Ce procès est-il juste et équitable ? Ou bien les accusés sont-ils condamnés d’avance?

  9. le gabonais d'en bas dit :

    Mais les agents armés jusqu’au dents face à des personnes aux mains nues n’était elle pas de la provocation? je voudrais savoir s’il plait.

    • Lepositif dit :

      Ca depend de ce que vous appelez « armez jusqu’aux dents », il fallait que les agents du maintien de l’ordre viennent bras ballants. Meme aux Etats-Unis, les anti-emeutes ne viennent pas les mains vides. Etiez-vous sur le terrain, je ne pense pas.

  10. Observateur dit :

    S’il est avéré que la manifestation n’était pas interdite, que les citoyens interpellés soient tout simplement relaxés.Par contre, que la mifestation ait été interdite ou pas, ceux qui se sont rendus coupables de vandalisme doivent être sanctionnés avec la plus grande rigueur.

  11. Marcel gomez dit :

    Les initiateurs de cette manifestation savais ce qui devais arrivée à ses pauvres jeunes Gabonais dupé par ses hommes politiques pendant ke leurs enfants sont au chaud dans leurs château dans beau quartier pendant ke les pauvres enfants sont en prison à cause d’eux . Quand c initiateur on répondu à la convocation des autorités ils avaient tous le même speech ke leurs grand avocat à rédiger pour eux et ils sont sorti mais c pauvre jeunes Gabonais ki sont aujourd’hui en prison et ki sont passer devant la barre à cause d’eux ont ils eux un speech de la part des grand avocat? Non je pense pas . En droit on dit force reste à la loi et nul n’est sensée ignorer la loi et le ministère public par le billet du procure ne fait ke appliquer la loi #OtambiA

    • Iboundji dit :

      Toujours le raccourçis de la façilité c’est sur les non-nantis que l’on tombe à bras raccourcis pour dire que forçe reste à la loi et nul ne doit ignorer la loi .La belle affaire !!!!quand un voleur notoire et multi récidiviste fait à tout un pays un bras d’honneur royal en s’asseyant copieusement sur la constitution de toute son obésité tout en continuant de voler l’argent des enfants du Gabon donc le leur aussi on oublie que FORCE DOIT RESTER LA LOI.Tu parles !!!!!
      Le fanatisme est la seule forme de volonté qui puisse être insufflée aux faibles et aux timides. Friedrich Wilhelm Nietzsch

  12. BEKALE BITEGUE dit :

    Le procès des Gabonais qui voulaient se rendre au meeting du samedi 20 décembre se tient déjà. Nous voulons aussi voir se tenir celui de ceux qui ont assassiné notre compatriote MBOULOU BEKA.

  13. larepublique dit :

    le gabonais n’aime pas la l’ecture iwangou il faut un dessin pour que certaines personne comprennent la manifestation n’etait pas interdite. ils ont commence a juger ils ont deja autoriser a la femme du sisparu d’amener un medecin de leur choix pour examin?avant de commencer a juger les ces soit disant coupable commencer par attrapper ping et sa bande pour parler de ce meeting si il par loi c’est prouver que le meeting etait interdit alors on commence a juger les enfants c’est aussi clair que sa

  14. Cheguevara dit :

    Quel crédit donner à une justice aux ordres incapable de se prononcer sur la fiabilité d’un document administratif, en l’occurrence le fameux acte de naissance délivré en république du Congo au temps de l’AEF…
    Ces injustement inculpés sont des héros torturés pour la libération de la Nation. Mon frère Mboulou Beka est un martyr dont le sang crie justice.

  15. manondzo dit :

    Au fait où es Vouette? c’était parmi ceux qui ne voulaient plus que je m’exprimas par ici!, on monte, on descend celui qui peut intelligiblement, le fait!

  16. Raphael Paco Reteno dit :

    c’est de justice dont on parle mais vous êtes toujours là à incriminer le président. on attend tous le verdict final de ce procès

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