Après plusieurs jours de détention, des ressortissants Turcs soupçonnés d’appartenir au mouvement FETÖ de l’opposant Fethullah Gülen ont été rapatriés à Ankara. Libreville aurait-il cédé à la demande d’Erdogan en contrepartie de la construction de son nouvel aéroport et l’aboutissement d’autres projets ?

Les trois ressortissants turcs peu après leur arrivée à Ankara. © D.R.

 

Les relations entre le Gabon et la Turquie ne souffrent d’aucune tension. «Tout va bien», serait-on tenté de dire, bien que les grand-messes officielles entre les deux pays se soient faites rares ces dernières années. Pourtant, depuis quelques jours, endormies plusieurs mois durant, les relations d’affaires entre Libreville et Ankara se réchauffent peu à peu. Mardi 10 avril, le président du conseil d’administration (PCA) du Groupe Gurbag a été reçu au plus haut niveau de l’Etat gabonais par Pierre-Claver Maganga Moussavou, le vice-président de la République. L’homme d’affaires turc est intéressé par le projet de construction du nouvel aéroport de Libreville. Au sortir de son audience avec le VPR, il s’est d’ailleurs dit «extrêmement confiant» quant à l’aboutissement de la discussion en sa faveur.

Or, c’est le même mardi 10 avril que les autorités gabonaises ont choisi de rapatrier trois des ressortissants turcs détenus depuis le 15 mars sur le territoire national. Hasard ou coïncidence ? En tout cas, depuis la tentative de coup d’Etat de juillet 2016 en Turquie, que Recep Tayyip Erdogan attribue à Fethullah Gülen, son principal opposant exilé aux Etats-Unis, le président turc n’a pas cessé de demander à ses homologues à travers le monde de lui livrer les «traitres». Pourquoi le Gabon n’a-t-il réagi que près de deux ans après ? Libreville aurait-elle été convaincue par les retombées d’un arrangement avec le pouvoir d’Ankara ? La construction du nouvel aéroport de Libreville sera-t-elle confiée au Groupe Gurbag à la suite du rapatriement des trois présumés partisans de Gülen ? Des accords «fructueux» entre le Gabon et la Turquie sont-ils à attendre dans les jours et les mois qui viennent ?

Si l’affaire ne fait pas grand bruit au Gabon, les autorités ne s’étant jamais exprimées sur la question, une partie de l’opinion s’interroge et pense qu’Ali Bongo aurait cédé à l’exigence de son homologue turc, qui a certainement fait de même pour l’aboutissement de certains projets au Gabon. Les affaires sont les affaires !

Le dernier déplacement d’un représentant de l’Etat gabonais au pays de Recep Tayyip Erdogan date de novembre 2016, avec le voyage de la ministre Madeleine Berre à Istanbul. A la faveur de ce déplacement, l’accord de création d’un Conseil d’affaires Gabon-Turquie ainsi qu’un mémorandum d’entente entre l’Agence nationale de promotion des investissements du Gabon (ANPI) et l’ISPAT (Investment support and promotion agency) ont été signés. Depuis, les relations d’affaires entre les deux pays baignaient dans la torpeur. Mais l’arrestation puis le rapatriement d’Osman Özpınar, İbrahim Akbaş et Adnan Demironal semblent les avoir réchauffées.