Interrompue durant les deux précédentes année, l’interdiction aux opposants de «s’évader du Gabon» est remise au goût du jour, à la suite réunion stratégique politico-sécuritaire. Le Professeur Albert Ondo Ossa en a fait la dure expérience, le dimanche 27 août à l’Aéroport de Libreville.

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Pendant six ans, dès le 10 septembre 2009, et ce jusqu’au milieu de l’année 2015, longue avait été la traque des adversaires d’Ali Bongo. Leaders de l’opposition ou responsables de la société civile, ils y étaient tous passés. De Paul-Marie Gondjout et Chantal Myboto-Gondjout à Jean Eyéghé Ndong, Luc Bengone Nsi, Casimir Oyé Mba et Jean Ping, en passant par Marcel Libama et Annie-Léa Méyé notamment, tous se sont vus interdits de quitter le pays. Après une «accalmie» de deux ans sur ce «front», une réunion stratégique politico-sécuritaire tenue le 24 août dernier aurait, selon le tri-hebdomadaire Echos du Nord qui en fait état, décidé de renouveler l’exercice…

La parenthèse s’est refermée après deux années

Depuis le 25 août, les tensions politiques sont remontées d’un cran ! Une présence policière particulièrement forte est visible dans la plupart des rues, places et carrefours de Libreville, et, semble-t-il, de certaines villes de provinces. Et comme si cela ne suffisait pas, le dimanche 27 août, le Professeur Albert Ondo Ossa a été empêché de quitter le Gabon. Il devait prendre un vol Rwandair à destination de Douala au Cameroun, où l’universitaire de renom devait participer à une conférence économique. Sans que cela lui soit notifié auparavant, c’est au moment où il envisageait de s’embarquer dans l’avion qu’il a été informé par des agents de la Police de l’air et des Frontières (PAF) de ce qu’il ne pouvait sortir du territoire «selon les instructions venues de la hiérarchie». Deux années après l’arrêt des mesures d’interdiction, cet acte marque donc la reprise de ce «procédé» destiné à limiter la liberté de mouvement de certaines personnalités connues comme opposantes ou critiques du pouvoir actuel ! La parenthèse vient donc de se refermer !

Ainsi qu’indiqué plus haut en effet, ce procédé a été inauguré dès le 10 septembre 2009, soit onze jours après l’élection présidentielle du 30 août 2009. Ce 10 septembre là, deux opposants avaient été contraints de demeurer dans le pays, alors qu’ils envisageaient de se rendre à Paris (France). Justifiant cette mesure d’interdiction, le ministre de l’Intérieur d’alors, Jean-François Ndongou, avait déclaré : «Comme il s’agit d’un acte politique, il est normal que les responsables politiques de tout bord restent sur le territoire national pour les besoins de l’enquête». Une enquête venait d’être ouverte suite aux exactions violentes ayant alors suivi, à Libreville et Port-Gentil notamment, l’annonce des résultats le 2 septembre 2009. Pour Jean-François Ndongou, «tant que l’enquête n’aura pas établi clairement les responsabilités des émeutes, cette mesure se justifie».

Les tensions politiques en hausse d’un cran

La mesure avait vivement été dénoncée par l’opposition. Le Père Paul Mba Abessole, président du Rassemblerment pour le Gabon (RPG), soutien d’André Mba Obame à la présidentielle, avait alors lancé : «Ce monsieur, il a fait ce qu’il veut des Gabonais et de leurs votes, et il continuera de les réduire en servitude», tandis que Pierre-André Kombila condamnait «la prise en otage du Gabon et de son peuple par un groupuscule qui s’est arrogé tous les droits». Par la suite, tout au long de l’intervalle 2009-2015, une quarantaine d’autres interdictions de sortie furent «infligées» à des personnalités ayant contesté les résultats de l’élection ou fortement critiqué l’action des gouvernements d’Ali Bongo. L’interdiction de sortie prise à l’encontre d’Albert Ondo Ossa dimanche dernier sonne, aux yeux de certains observateurs, comme la reprise de ce procédé qui se révèle pernicieux, car cette fois, il n’est pas pris suite à l’ouverture…  d’une enquête sur quelque exaction que ce soit.

Ce qui ne manque pas de redonner à l’opinion le sentiment que les tensions politiques sont remontées d’un cran depuis la mi-août. Les prochains jours et semaines vont édifier sur l’ensemble des mesures prises par la «réunion stratégique» du 24 août. Membre éminent de la société civile, Albert Ondo Ossa a reçu, depuis dimanche, de nombreux messages de soutien sur les réseaux sociaux de la part de certains responsables d’ONG et d’organisations syndicales. C’est dans ce climat que le Gouvernement veut négocier une trêve sociale avec les syndicats.