Désormais appelées «infox» dans la sphère francophone, les fake news prennent le pas sur la presse professionnelle, avec un effet viral époustouflant sur la zone gabonaise de la toile mondiale. Cette semaine, le directeur de cabinet du chef de l’Etat a été transformé en apprenti commando, des bâtiments étaient en vente dans l’enceinte du Lycée Léon Mba tandis que la chanteuse Créol s’est livrée à une confession aussi lascive qu’obscène.  

Objet d’un buzz et d’un fake news époustouflants : le directeur de cabinet du président de la République, en compagnie du fils du chef de l’Etat portant un lanceur de paintball présenté comme une mitraillette de la GR. © D.R.

 

Brice Laccruche Alihanga, en compagnie du second fils du chef de l’Etat, tous deux vêtus de treillis militaires. Il n’en fallait pas plus pour que la province gabonaise de la toile mondiale s’affole.

Laccruche Alihanga en commando tueur

«Quand l’un des fils d’Ali Bongo s’entraîne au maniement des armes pour tuer prochainement les Gabonais comme son père», «C’est avec ce genre d’arme de dernière technologie que la GR avait fait une descente au QG de Ping», «c’est un Fusil d’assaut de type M16 de l’armée Américaine», «Ces deux bourricots méritent la riposte avec un fusil à pompe ou alors une kalachnikov», «On forme déjà le petit à l’utilisation d’armes de guerres ! C’est bien ! Le peuple Gabonais est là pour servir de cible comme en 2016, on va aller où Tire petit !»… et cætera, et cætera, tout a été dit sur cette image et ces deux protagonistes arborant ce qui n’est, en réalité, qu’un attirail pour une partie de paintball. Le paintball n’étant en effet qu’un jeu d’extérieur, généralement joué en forêt, où des adversaires s’affrontent à l’aide de pistolets ou fusils projetant des billes de peinture.

Le fameux bâtiment en vente «dans l’enceinte» du Lycée Léon Mba. © Gabonreview

Bâtiments en vente dans l’enceinte du Lycée Léon Mba

L’autre fait divers mal rendu ayant remué la toile gabonaise, durant la semaine en cours, se rapporte à un message publié dans le Zoom, l’hebdomadaire librevillois de petites annonces : «deux bâtiments dans l’enceinte du lycée Léon Mba»… mis en vente. Si l’annonce, sortie de son cadre, avait en effet de quoi donner lieu à toutes les spéculations, il n’en est rien à la vérification. Les constructions à vendre ne sont nullement au sein de l’établissement public d’enseignement secondaire. Sur les lieux, les logements proposés ont tout simplement un mur mitoyen avec ledit lycée, sans plus. Mais la blogosphère gabonaise avait déjà tout dit à ce sujet, glosant sur la vente de logements et terrains publics du célèbre lycée. Il reste que si le lot venait à être vendu, il faudrait sans doute procéder à une ouverture dans la clôture du lycée pour y favoriser l’accès des véhicules. Le rédacteur de l’annonce avait donc extrapolé.

La pseudo WhatsApp confession obscène de Créol. © D.R.

Confessions obscènes de Créol

Ces dernières 24 heures, le tour est revenu à un message WhatsApp attribué à la musicienne Créol. Partagé abondamment sur les réseaux sociaux, le texte prétend mettre à nu «les dessous des contrats passés entre les artistes et les responsables du Label Direct Prod». Le producteur Edgard Yonkeu y est présenté comme «un proxénète» abusant et usant du placement des artistes féminins qu’il produit.

Or, une enquête sommaire amène à une conclusion : on ne saurait attribuer ledit texto à Créol. «Écrire n’est pas son fort. Elle préfèrera plutôt faire des vidéos, gueuler dans un live plutôt que d’écrire un si long message ; à la limite elle fera un message vocal», explique un journaliste ayant longtemps suivi l’auteur de «Bonobo». Prompte sur Facebook, l’artiste n’a pas encore réagi, sans doute fatiguée d’être la cible de «photoshoppeurs» et autres monteurs mal intentionnés qui avaient déjà diffusé une vidéo pornographique dont elle était accusée d’être l’actrice, du fait d’une simple ressemblance avec sa coiffure blonde. L’entourage de la chanteuse est formel : elle n’est en rien responsable du lascif et obscène message. C’est juste «un fake news», indique, hilare, notre source.

On pourrait étaler, à n’en plus finir, les faits mensongers relayés par les réseaux sociaux. Plusieurs sites internet, peu scrupuleux, avaient par exemple présenté un certain Doris Obame Nkoro comme l’auteur du coup de feu ayant défrayé la chronique, sur un agent de la Garde républicaine (GR). Affiché «Wanted», le prétendu pistolero n’a été rétabli dans son honneur que par la Gendarmerie. Interrogée, celle-ci avait en effet rétablit la vérité alors que la province gabonaise de la toile mondiale l’avait déjà établi «coupable !».

Ainsi, de nombreuses rumeurs partent parfois de bribes d’informations parfaitement réelles en soi. Mais des personnes ayant certainement des visées ou des intérêts particuliers, les déforment pour en changer le sens, souvent en vue de créer le buzz. Ces sources d’informations peu scrupuleuses trouvent les titres et les commentaires les plus accrocheurs possible, quitte à déformer la réalité. Seul objectif : attirer le plus de lecteurs possible et parfois jeter l’opprobre sur autrui.

Avec la prolifération des réseaux sociaux, la démocratisation de la vente des téléphones portables et l’accès aux réseaux par la téléphonie mobile, les «fake news» ont pignon sur rue et prennent parfois le pas sur la presse professionnelle. Cette expression anglo-saxonne – remplacée en francophonie par le terme «infox» (contraction de “information” et “intox“) – désigne différents types de fausses informations qui circulent, du simple canular à la désinformation malsaine. Attention !