Cri d’alarme à faire pleurer : dans une déclaration sur Afrik.com, Henri Michel Auguste, le président de l’ONG H2O, soulève la question de la dangerosité de la Zone franche de l’île Mandji face au projet de la Zone d’intérêt économique (ZIEC) de Port-Gentil initié par le président Ali Bongo Ondimba et la multinationale Singapourienne Olam.

Port-Gentil Gabon

C’est une manière pour le président de l’ONG H2O d’attirer l’attention des populations locales, des Gabonais et des États de la sous-région sur les impacts de ce projet d’industrialisation dans la capitale économique du pays, Port-Gentil, déjà exposée à tous les risques environnementaux et industriels face à la montée des eaux.

Selon le président d’H2O, Henri Michel Auguste, «depuis l’annonce de la création de la zone franche de l’île Mandji, qui s’est transformée par la suite en Zone d’intérêt économique de l’île Mandji, nous constatons que, malheureusement, le «Gabon Industriel» prime largement sur le «Gabon Vert», car la définition de la politique du «Gabon Vert» reste floue. Ce qui permet aux industries de différents pays, peu scrupuleuses de l’environnement, de s’engouffrer dans cette brèche laissée béante».

«En ce qui concerne la ville de Port-Gentil, la politique environnementale de la ville dénommée «Pilier Vert» n’existe pas, pas de réflexion concertée à ce sujet, pas de cahier des charges. Et plus simplement pas le moindre embryon d’idées à ce sujet… Comment, dans cet état de fait, nos élus peuvent-ils réagir face à ces marchands du temple si bien rodés à ces manœuvres et pratiques fallacieuses, pour arriver à nous vendre n’importe quoi, au grand mépris de notre santé, de notre environnement et de notre futur ?», s’interroge Henri Michel Auguste

«La création de la ZES s’est traduite par la destruction de plusieurs centaines d’hectares de mangrove qui protégeaient la ville de Port-Gentil des inondations, de la houle océanique et des cycles de tornades, phénomènes qui ne feront que s’amplifier au fil des ans à venir, ayant comme facteur aggravant le changement climatique. Dans ce domaine, nous n’avons fait qu’effleurer les risques écologiques (cf. article parut en ligne « Haro sur Port-Gentil ou La ville de Port-Gentil exposée à des risques environnementaux », Novembre 2011). Qui payera les conséquences dévastatrices de cette atteinte majeure à la mangrove qui protégeait Port-Gentil gratuitement ? Nous, malheureusement», fustige-t-il.

D’une importance capitale, l’inquiétude majeure de l’ONG trouve tout son sens dans les difficultés que vit la population de la ville pétrolière et qui émanent des caprices de la nature et des actes irresponsables de l’homme sur l’environnement. Notamment, l’érosion de la côte de l’île Mandji depuis la façade océanique à l’Ouest, en passant par la pointe du Cap Lopez au Nord, jusqu’à l’intérieur de la baie à l’Est.

«Les causes sont connues de tous : la déforestation du littoral océanique d’Ozouri jusqu’à celle «classée» du Cap Lopez, la destruction de la mangrove à l’intérieur de la baie pour des constructions industrielles ou autres, qui sont installées depuis la zone du nouveau port jusqu’à la marina de l’ancien hôtel «Neng Abembé». D’autres effets indésirables sont constatés, dont la création d’un microclimat sur l’île Mandji accentuée par le changement climatique (mêmes causes pour les mêmes résultats mais à l’échelle planétaire). De violents et durables épisodes pluvieux inondent régulièrement les nombreux points les plus bas de notre ville, intensifiés par une montée remarquée de la mer. Ces inondations récurrentes lors des épisodes pluvieux surviennent même lors de marées à coefficient moyen et d’autres sans influence de la pluie. L’occupation des sols est une autre cause d’inondation, le sol de la ville étant recouvert par du bitume et du béton, les écoulements d’eau lors des pluies se dirigent de préférence une fois de plus vers les points les plus bas de celle-ci», rappelle le président de l’ONG H2O.

«Pourquoi s’entêter à vouloir installer une telle industrie à proximité immédiate de la ville, à savoir une usine d’engrais type AZF et une usine d’ammoniac ? A-t-on pris en compte le voisinage trop proche de deux autres industries à tendance explosive, le terminal pétrolier du Cap Lopez et la raffinerie de la SOGARA? Ne risque-t-on pas « un effet boule de neige» ? Sans être un oiseau de mauvais augure, en cas de pollution de l’eau ou de l’air serait-on capable de circonscrire et d’endiguer ces dernières? Dans le cas d’une explosion du type AZF, avons-nous assez de lits pour prendre en charge un nombre très important de patients dans notre hôpital où déjà les places sont limitées? Avons-nous un corps médical en nombre et capable de traiter ce genre de pathologies liées aux accidents majeurs industriels? En cas de pollution de la mer, qui va restaurer et payer les dégâts causés à l’environnement, donc à notre bien commun? En cas de pollution de l’air, qui va prendre en charge et indemniser les personnes ou les ayants droits? En cas de catastrophe majeure, au final, qui va payer?», interroge Henri Michel Auguste à l’endroit des gouvernants qui devront répondre en leurs âmes et consciences, puis longuement méditer sur l’avenir de cette ville.

«L’humanité ne se définit pas parce qu’elle crée, mais par ce qu’elle choisit de ne pas détruire», a conclu le président d’H2O Gabon en paraphrasant l’inventeur du terme scientifique «biodiversité», le professeur entomologiste et biologiste américain, Edward Osborne Wilson.