Le Gabon n’a pas agréé la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, entrée en vigueur le 15 février dernier après avoir recueilli la ratification de 15 pays africains membres de l’Union africaine (UA).

La Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, qui vise à promouvoir l’adhésion de chaque Etat partie aux valeurs et principes universels de la démocratie et le respect des droits de l’homme, signée par les Etats africains le 30 janvier 2007, n’a pas encore enregistré la ratification du Gabon « pays de paix et de démocratie », selon le slogan clamé avec délectation par ses autorités.

«Je constate avec regrets, n’étant pas aussi surpris, que notre pays n’a nullement ratifié cette charte. Voici un Etat dont le président vante tant la «démocratie» sur tous les medias, mais qui n’arrive pas à montrer la voie aux autres pays dont la démocratie reste d’ailleurs tropicalisée,  comme la notre. On se pose donc la question de savoir : De quoi a-t-on peur alors?», regrette l’Ambassadeur Kinguelé, cyber activiste très en verve sur les réseaux sociaux de l’Internet.

«Le fait que le Gabon n’ait pas ratifié cette Charte est un acte inédit par rapport au rôle que le pays veut jouer au niveau de l’Afrique. Tout dernièrement, le Gabon s’est battu non seulement pour faire élire l’un de ses fils à la tête de la commission de l’UA. Or, cette charte est l’un des outils les plus importants de l’UA, cette organisation panafricaine ayant pour objectif de promouvoir l’adhésion de chaque Etat partie aux valeurs et principes universels de la démocratie et du respect des droits de l’Homme», a fustigé le président de l’Observatoire national de la démocratie (OND), Dieudonné Minlama.

«Aujourd’hui le Gabon continue à modifier des constitutions sans en appeler à son peuple. Notre pouvoir fait différentes mues en changeant les constitutions pour rester éternellement à la tête de l’Etat, sans avis du peuple. Si le Gabon venait à ratifier cette Charte, le pouvoir gabonais aurait eu une contrainte dans sa marche monarchie. Or en dehors de la constitution de 1994 qui avait été ratifié après un référendum, toutes les reformes constitutionnelles se font de façon anti-démocratique en violation fragrante de la Charte pour la démocratie (…)», poursuit le président de l’OND.

«Tant que notre système politique voudrait brimer le peuple et rester avec force au pouvoir. Nous ne pouvons pas ratifier des instruments qui permettent à la communauté internationale d’intervenir chez nous. Voici les problèmes du Gabon», relève Dieudonné Minlama.

«Je crois que ratifier cet instrument est important pour qu’on commence à prendre le Gabon au sérieux. Actuellement au niveau de la société civile africaine, nous sommes entrain de nous organiser pour mettre la pression sur l’Union européenne afin qu’elle impose ses conditions quand à l’aide qu’elle apporte à l’UA. Si nous avons à la tête de l’UA des dirigeants issus des pays qui n’ont pas ratifié cet accord, nous demandons à l’UE de suspendre ses aides à UA», a-t-il conclu.

Au nombre des quinze pays ayant ratifié cette Charte figurent l’Afrique du Sud, le Burkina Faso, le Cameroun, le l’Ethiopie, le Ghana, la Guinée Bissau, la Guinée Equatoriale, le Lesotho, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Rwanda, la Sierra Léone, le Tchad et la Zambie.

«Nous ne désespérons pas de voir notre pays totalement démocratisé. Car, la reconnaissance de Bongo comme président dictateur vient d’être validé par la justice française lors de la cinglante victoire de Mr Yannick Jadot porte-parole d’Eva Joly candidat à l’élection française 2012 contre Ali Bongo portant sur des accusations de « président dictateur», grommèle l’Ambassadeur Kinguelé, l’air optimisme.

Signée par les Etats africains le 30 janvier 2007, la Charte africaine de la démocratie, des élections, et de la gouvernance, consacre l’engagement des Etats parties à promouvoir la démocratie, l’État de droit, la tenue d’élections libres et équitables, les droits de l’Homme, l’interdiction, le rejet et la condamnation de tout changement anticonstitutionnel de gouvernement. Elle reconnait la participation populaire par le biais du suffrage universel comme un droit inaliénable des peuples et condamne la prise du pouvoir par des moyens anticonstitutionnels.