Présent en Côte d’Ivoire pour les 8es Jeux de la Francophonie où il prenait part à une rencontre des ministres de la Culture, Alain-Claude Bilie-By-Nze, le ministre d’Etat, ministre de l’Économie numérique, de la Communication, de la Culture et des Arts, a été intercepté, le 24 juillet 2017, entre deux prestations du Gabon. L’occasion pour l’interviewer sur la présence culturelle du Gabon à la manifestation d’Abidjan

Alain-Claude Bilie-By-Nze en commerce, le 24 juillet 2017, avec la photographe gabonaise Emmanuelle Natacha Laté. © Gabonreview

 

Gabonreview : Vous êtes là devant les photographies de mademoiselle Emmanuelle Natacha Laté. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Emmanuelle Natacha Laté, deux de ses photographies pour les 8es Jeux de la Francophonie et un moment d’échange avec le ministre de la Culture, le 24 juillet 2017, à Abidjan (Côte d’Ivoire). © Gabonreview

Alain-Claude Bilie-By-Nze : Je tiens d’abord à féliciter mademoiselle Laté. Comme de nombreux participants, elle a travaillé dans des conditions difficiles, où l’accompagnement du gouvernement est arrivé tardivement. Je voulais la remercier d’avoir fait cette exposition. Je voulais également la remercier d’avoir immortalisé quelque chose qui nous touche tous en tant que Gabonais et qui a déchainé les passions : l’incendie de l’Assemblée nationale. Ce sont des symboles importants et je crois qu’elle a véritablement choisi de fixer la mémoire et le temps. Il est aussi important que l’œuvre cherche ces éléments et qui, demain, nous diront qui nous avons été. C’est une responsabilité collective, car il y en a qui ont posé des actes, tandis que d’autres ont conduit à cela. Il y en a également qui n’ont pas su faire en sorte que cela n’arrive pas. Nous devons tous nous interroger et je tenais à dire cela.

Ensuite, nous devons mettre en place de vraies politiques.Car, nous ne pouvons pas toujours systématiquement compter sur des organisations comme la Francophonie, la CEEAC et autres. Nous avons besoin, dans notre pays, d’avoir de vraies politiques culturelles incluant tous les acteurs. Et que tous ensemble, nous réfléchissions sur comment faire pour que les artistes trouvent une place. Et je suis heureux d’annoncer que nous avons réussi à faire adopter par le Conseil d’État, la première mouture de la Loi sur le statut de l’artiste. Et, dans quelques mois, les artistes auront désormais un statut leur permettant de trouver une place dans la société. Après, il faudra structurer les filières, avoir des lieux d’exposition où les artistes pourront s’exprimer. C’est une responsabilité gouvernementale et nous entendons l’assumer pleinement.

Vous avez également assisté à la lecture publique de l’œuvre de Jean Noël Ngadi. Qu’en avez-vous retenu d’essentiel ?

C’est une nouvelle faisant froid dans le dos mais décrivant tellement de réalités autour de cet homme allant à la recherche d’un accomplissement. Mais c’est la structure de tous les Gabonais : partir de son village pour la ville, à la recherche d’un emploi. Mais ce n’est pas aussi simple. Parce que l’on rencontre de vraies difficultés face à un emploi se faisant rare, face à des conditions très difficiles. Et, finalement, une famille se retrouvant déséquilibrée par le fait que Ngadi, le héros, n’arrive pas à gérer ses émotions, ses contradictions et ses sentiments. Mais cela traduit les réalités gabonaises et africaines d’aujourd’hui, où les familles sont de plus en plus éclatées et les conditions de vie en ville de moins en moins reluisantes. Il faut donc s’interroger sur comment faire pour que des Ngadi ne sortent pas de la fiction : ils ne doivent pas être rattrapés par la réalité. Mais que le gouvernement, l’État et les populations travaillent à faire en sorte qu’effectivement, l’on arrive à régler les problèmes et qu’on interroge ensemble notre société. Je pense que c’est une belle œuvre et il faut encourager ce qui se produit actuellement.

Pouvez-vous dresser avec nous, le tableau de la présence du Gabon ici à Abidjan ?

Le Gabon a été présent à la cérémonie d’ouverture, où le vice-Premier ministre en charge de l’Habitat social représenté le chef de l’État. Je suis, moi-même, arrivé pour représenter l’aspect culture. Il y avait une rencontre des ministres de la Francophonie. Ma collègue Nicole Assélé conduit la délégation sportive. Nous sommes présents dans la plupart des secteurs. Nous avons assisté à une belle rencontre des ministres. Ces derniers se sont notamment engagés à faire en sorte que tous les ministres de la Culture se retrouvent tous les trois ou quatre ans. En ce qui concerne le Gabon, nous avons pris l’initiative de réunir les ministres de l’espace CEEAC tous les deux ans. Ce, pour définir ensemble des politiques culturelles à la fois dans nos États avec l’accompagnement de l’Unesco et de la Francophonie, entre autres. Mais aussi au niveau de la sous-région où, au contraire de ce qui se passe en Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale demeure encore fermée. L’Afrique de l’Ouest a beaucoup d’activités à Ouagadougou, à Bamako ou encore Abidjan. On sent une effervescence culturelle. Et il faut aussi que l’Afrique centrale ayant de grosses capitales, à l’instar de Kinshasa, Yaoundé ou Libreville, se retrouve. Et cela va être mis en place.

S’agissant des politiques culturelles, nous avons regardé la question des industries culturelles, la question du numérique qui, aujourd’hui, est un accélérateur important. Comment le numérique va-t-il aider les créateurs à mieux produire et diffuser, mais, aussi à protéger les œuvres ? Car, la question du piratage reste un vrai problème. Tous ces problèmes ont été abordés et ma collègue des Sports, elle aussi, a assisté une rencontre sur les évolutions à apporter dans le domaine du sport. Ce qu’il faut retenir, en gros, c’est que notre pays a besoin d’assoir de vraies politiques culturelles sur la durée. Mais surtout en impliquant les acteurs culturels eux-mêmes.

En dehors de la photo et de la littérature, la caravane culturelle du Gabon ici à Abidjan comporte-t-elle autre chose ?

Absolument. Nous allons notamment assister , aujourd’hui, à un concours de danse de création. Et je pense qu’il y a de fortes chances que nous ayons une médaille. Tout comme il y a de bonnes chances pour ce qui est de la photographie. Nous avons été éliminés en quarts de finale par équipes, s’agissant notamment du tennis de table, où un jeune compatriote de 15 ans a fait sensation. Et je pense que si on continue à le suivre, il sera un vrai champion dans quelques années.