Document visant à contrer la multiplication de projets sans programmation et sans études préalables et à accélérer la mise en œuvre du Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) sur la période 2017-2019, le Plan de relance économique (PRE) peine à avancer vers ses objectifs, selon l’analyse de l’économiste bien connu Mays Mouissi et de John Nzenze, jeune gabonais diplômé de l’Université Paris Dauphine et auteur de plusieurs articles. «Il est peu probable que le plan remplisse la majorité des objectifs qu’il s’est fixé pendant la période triennale 2017-2019», estiment-ils.

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RÉSUMÉ EXÉCUTIF

Le Plan de relance de l’économie (PRE) regroupe un ensemble de programmes décidés par le gouvernement gabonais lesquels doivent être mis en œuvre entre 2017 et 2019 pour relancer la croissance et diversifier l’économie nationale trop dépendante du secteur primaire. Un an après le lancement du PRE, les premiers résultats obtenus ne convergent pas vers l’atteinte des 11 objectifs principaux fixés par le plan.

La dette publique censée être contenue en dessous de 40% du PIB n’a cessé de croitre et représente 62% du PIB. L’objectif d’un déficit budgétaire inférieur à 3% du PIB ne sera probablement pas atteint sans une remontée des cours mondiaux du pétrole. Par ailleurs, l’objectif d’une croissance de 5% en 2019 demeure hypothétique. En effet, le taux de croissance qui était de 2,3% en 2016 a baissé à 0,8% en 2017 malgré le lancement du PRE.

Au plan commercial, le solde de la balance des paiements devrait être déficitaire de 200 à 400 milliards FCFA en 2017 quand le PRE s’est fixé comme objectif de parvenir à un solde positif d’ici à 2019.

Au plan social l’objectif de création de 30 000 emplois sur 3 ans dans le secteur privé est inatteignable en l’absence de croissance et sans réforme en profondeur de la structure de l’économie nationale. En effet, comment parvenir à créer 10 000 emplois par an avec un taux de croissance inférieur à 1% alors qu’entre 2014 et 2015 seuls 653 emplois nets ont été créés avec une croissance proche de 5% ?

L’objectif de réduire de 100 000 le nombre de Gabonais économiquement faibles (GEF) évalués à 800 000 d’ici à 2019 parait tout aussi inatteignable puisqu’aucune action d’envergure n’a été mise en œuvre au plan national pour parvenir à réaliser cette ambition dans les délais fixés par le PRE.

Seuls points positifs, la conjoncture favorable dans le secteur minier avec l’augmentation des prix du manganèse dont l’unité de tonne métrique s’est échangée à 5,69 USD au 1er semestre 2017 contre 2,91 USD au 1er semestre 2016.

En conclusion, sans réajustement dans la mise en œuvre du PRE et en l’absence de recadrage, il est peu probable que le plan remplisse la majorité des objectifs qu’il s’est fixé pendant la période triennale 2017-2019.

Mays Mouissi et John Nzenze. © D.R.

Confronté à une sévère crise économique accentuée par la baisse de ses revenus pétroliers, le Gabon a initié un plan de relance de l’économie (PRE) fin 2016. L’objectif affiché de ce plan est d’accélérer la diversification économique et l’impact social des politiques publiques menées, en inscrivant les finances publiques dans une trajectoire de soutenabilité. Il s’agit d’un plan triennal qui couvre la période 2017 – 2019. Alors que le PRE va bientôt rentrer dans sa 2e année de mise en œuvre, un bilan d’étape s’avère nécessaire pour mesurer son efficacité, évaluer ses premiers résultats et poser un regard sur ses perspectives.

Le PRE s’articule autour de 4 grands axes dont la réalisation devrait permettre une relance de l’économie gabonaise. Il s’agit de :

  • Rétablir durablement l’équilibre des finances publiques ;
  • Maîtriser le niveau d’endettement public, en le maintenant sur la période 2017 – 2019 à 40% du PIB ;
  • Redynamiser la création de richesses et d’emplois ;
  • Réduire la pauvreté et améliorer le bien-être des populations.

Pour réaliser cette ambition, le PRE s’est fixé 11 objectifs principaux. Ces objectifs, chiffrés pour la plupart, permettent de mesurer dans le temps si les politiques nationales mises en œuvre convergent dans le sens de leurs réalisations, ou si au contraire, les résultats attendus à ce stade ne sont pas au rendez-vous.

Rétablir durablement l’équilibre des finances publiques

Objectif 1 : ramener le déficit budgétaire à un niveau inférieur à 3% du PIB dans les trois ans

Dans cet objectif du PRE, il est question d’assainir les finances publiques. Cela passe par la maîtrise des dépenses publiques afin de ramener à un seuil acceptable le déficit budgétaire1. Ce dernier a atteint des niveaux inquiétants ces dernières années, n’étant que rarement fidèle aux prévisions budgétaires.

Entre 2011 et 2015, selon les chiffres contenus dans le PRE, le Gabon est passé d’un déficit budgétaire de 5,4% à 7,4% du PIB. Or, la loi des finances rectificative de l’année 2015 tablait sur un déficit d’environ 2,5% du PIB (2,3% selon le FMI), soit environ 5 points de différence entre les prévisions et le déficit budgétaire réellement constaté.

En 2016, la loi des finances initiale tablait sur un besoin de financement de 108 milliards FCFA ce qui correspond à un déficit budgétaire d’environ 1,2% de PIB. Pour élaborer ce budget, les autorités gabonaises anticipaient un cours moyen du baril à 42 USD (hors décote du brut gabonais). Cependant, la chute des cours du pétrole qui a prolongé la conjoncture économique difficile actuelle aurait dû conduire à l’élaboration d’une loi des finances rectificative. Seulement, aucune loi des finances rectificative n’a été présentée devant le parlement et le déficit budgétaire a atteint 4,6% du PIB selon les chiffres de la COFACE, la compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur. Le Service économique de l’Ambassade France au Gabon quant à lui parle même d’un déficit de 6,6% pour 2016. On note une différence de 3,8 à 5,6 points entre les prévisions et le déficit constaté. Néanmoins, le déficit budgétaire a baissé entre 2015 et 2016.

Évolution du solde budgétaire du Gabon entre 2014 et 2017

Les prévisions pour 2017 et 2018 calculées à partir des projections de la loi de finances rectificative 2017 et du projet de loi des finances initiale 2018 tablent sur des déficits respectifs de 1,8% et 1,9% du PIB. Si ces prévisions étaient traduites dans les faits, l’objectif de contenir le déficit budgétaire en dessous de 3% serait atteint. Cependant, les différences observées entre les prévisions de la loi de finances et les résultats enregistrés lors des années précédentes montrent que le déficit budgétaire se réduit progressivement, mais que l’objectif des 3% reste difficile à atteindre d’ici à 2019.

Objectif 2 : sortir progressivement d’une dépendance trop importante des finances publiques aux recettes pétrolières, en faisant passer les recettes non pétrolières de 12,5% à 16,3% d’ici à 2019

Pour parvenir à une réduction progressive de la dépendance de l’État aux revenus pétroliers, une stratégie efficace consisterait à accroitre les recettes non pétrolières en valeur.  Or, le PRE insiste sur un accroissement des recettes non pétrolières en pourcentage (passer de 12,5% à 16,3% dans les recettes budgétaires). Cette approche n’est pas toujours pertinente.

En effet, à recettes non pétrolières constantes, il suffirait que les recettes pétrolières baissent fortement en raison des prix pratiqués à l’international pour que l’objectif des recettes non pétrolières à 16,3% soit atteint. Dans cette hypothèse, le Gabon aura-t-il pour autant réduit sa dépendance aux revenus pétroliers ? Assurément non.

L’hypothèse décrite ci-dessus correspond à la situation actuelle de l’économie gabonaise. Dans un contexte de prix bas, le poids des revenus pétroliers dans le budget de l’État baisse mathématiquement et donne l’illusion d’une meilleure diversification des revenus qui perdurera jusqu’à la prochaine remontée des cours du brut.

Maîtriser le niveau d’endettement public du pays, en le maintenant sur la période 2017 – 2019 à 40% du PIB

Objectif 3 : ramener la dette publique en dessous de 40% du PIB

Conscients de l’impact négatif d’un endettement trop élevé sur les finances publiques et les politiques de développement, les concepteurs du PRE se sont fixés comme objectif de faire baisser le taux d’endettement national en dessous de 40% du PIB d’ici à 2019, un niveau déjà au-dessus du plafond national d’endettement fixé à 35%.

Pour parvenir à cet objectif structurant du PRE, il aurait fallu que la dette publique du Gabon baisse de façon continue entre 2016 et 2019. C’est dans cette optique que la stratégie d’endettement de l’État sur la période 2017-20192 annexée au projet de loi de finances 2017 prévoyait, elle aussi, une baisse tendancielle de la dette pendant cette période. Selon les projections de la Direction générale de la dette (DGD) du ministère gabonais de l’Économie, le taux d’endettement public devait passer d’environ 40% en 2016 à 34,5% en 2019 (scénario ‘‘normal’’).

Cependant, l’objectif d’un taux d’endettement national en dessous de 40% du PIB en 2019 fixé dans le cadre du PRE ne sera très probablement pas atteint.

En effet, le gouvernement gabonais n’a pas respecté sa stratégie d’endettement d’une part et a accru son endettement à un rythme soutenu d’autre part. Selon le ministère gabonais de l’Économie, la dette publique du Gabon à fin novembre 2017 représentait 62% du PIB, 19 points au-dessus des 43% prévus en 2019 dans le cadre du « scenario choc » de la stratégie nationale d’endettement.

Évolution de la dette publique au Gabon entre 2008 et 20183

Bien que le gouvernement gabonais continue d’affirmer qu’il conserve la maitrise de la dette et que « le Gabon est un bon risque pour les investisseurs », la progression de l’endettement entre 2008 et 2017 (estimation), tend à montrer le contraire. Au cours de cette période, l’encours de la dette a progressé de plus de 250% pour s’établir à 4 110 milliards FCFA selon les chiffres du ministère gabonais de l’Économie.

Ainsi, au lieu de baisser, la dette s’accroit et s’éloigne fortement de l’objectif d’un endettement inférieur à 40% du PIB en 2019. Ce constat a conduit l’agence de notation américaine Moody’s à dégrader la note souveraine du Gabon en juillet 2017. Le Rating du pays est passé de B1 à B3 avec une perspective négative. Dans sa note d’analyse, Moody’s indiquait que le profil de la dette s’était dégradé et que celle-ci devrait continuer d’augmenter. En outre, l’agence de notation s’était inquiétée de la maturité de deux importants emprunts (eurobonds) souscrits par le Gabon dont le remboursement du principal doit intervenir en 2021 et en 2023. En d’autres termes, Moody’s craint que le Gabon ne soit pas en capacité d’honorer ces deux échéances et fasse défaut. Pour l’heure, pour éviter la survenance d’un défaut, le gouvernement a opté pour une restructuration de la dette en procédant au remboursement de certains emprunts par de nouveaux emprunts.

Comme Moody’s, l’agence de notation Fitch Ratings, a elle aussi dégradé la note de crédit du Gabon en octobre 2017 en raison de l’augmentation rapide de sa dette. Désormais classée B chez Fitch Ratings, la note de crédit du Gabon se positionne dans la catégorie des dettes spéculatives.

Redynamiser la création de richesses et d’emplois

Objectif 4 : ramener le taux de croissance du PIB au niveau cible de 5% d’ici à 2019

5% de croissance4 du PIB d’ici à 2019, tel est l’objectif de création de richesse que le PRE doit permettre de réaliser.

Un an après le lancement du PRE, l’évolution de la croissance du PIB du Gabon permet de constater que le plan n’a pas permis de booster et de relancer la croissance. Au contraire, la baisse du rythme de croissance observée depuis 2013 (où elle était à 5,6%) s’est poursuivie pour atteindre son plus bas niveau en 2017. En effet, en 2017 le taux de croissance du PIB du Gabon devrait osciller entre 0,8% et 1%5.

Évolution de la croissance entre 2010 et 2018

La baisse continue du taux de croissance du PIB depuis 2013 et qui s’est poursuivie en 2017 apparait à ce jour comme le principal indicateur des difficultés rencontrées dans l’atteinte des objectifs du PRE. En effet, il ne saurait avoir une relance de l’économie sans une relance de la croissance. Sur sa première année de mise en œuvre, le PRE n’a pas permis booster la croissance, ni même de la maintenir à son niveau de 2016 (2,3%).

Pour une économie en développement comme le Gabon, un si faible niveau de croissance (environ 1% en 2017) correspond à une stagnation. Cette croissance ne permet ni la création nette d’emplois ni la réduction des inégalités.

En outre, l’objectif d’un taux de croissance du PIB de 5% en 2019 parait bien trop ambitieux. L’État gabonais est toujours fortement dépendant du secteur primaire et principalement du secteur pétrolier. Dans les conditions actuelles et en l’absence d’une envolée des prix du pétrole sur les marchés internationaux, il est peu probable qu’un taux de croissance de 5% soit atteint. En effet, les réformes engagées par l’État pour transformer son modèle économique sont encore trop timides. Peu de réformes ont été mises en œuvre pour réduire la taille de l’Etat et son train de vie, réduire le nombre d’institutions, le nombre d’élus et optimiser la dépense publique.

Pour diversifier ses sources de revenus, le Gabon a besoin d’accroitre ses ressources internes stables afin de relancer l’économie par l’investissement public. Cependant, aucune réforme d’ampleur n’a été mise en place pour moderniser la fiscalité et élargir l’assiette fiscale. En conséquence, les ressources propres de l’État stagnent quand elles ne baissent pas. Il en résulte que l’État ne peut investir dans la transformation de son modèle économique sans avoir recours massivement à l’emprunt dont les charges indues absorbent, année après année, une part de plus en plus importante des ressources publiques.

Objectif 5 : créer au moins 30 000 emplois dans le secteur privé en trois ans

La création nette d’emplois dans un pays est corrélée à la productivité de l’économie, à la croissance de son PIB et à son inclusivité. Plus sa croissance est élevée, plus un pays est susceptible de créer des emplois. Ainsi, en France, pour faire baisser le chômage (créations d’emplois supérieures aux destructions d’emplois), il faut une croissance annuelle du PIB de 1,5% minimum. Moins un pays est développé, plus le niveau de croissance nécessaire pour réduire le chômage est élevé. Le Gabon ne fait pas exception.

Le PRE s’est fixé comme objectif de créer au moins 30 000 emplois en 3 ans soit une moyenne de 10 000 créations nettes d’emplois chaque année. Cet objectif, autant ambitieux qu’irréaliste ne sera pas atteint.

Fondamentalement, la croissance du PIB enregistrée par le Gabon actuellement ne permet pas la création de 10 000 emplois chaque année dans le secteur privé formel. À titre d’exemple, alors que le taux de croissance approchait 5% entre 2014 et 2015, le Gabon n’est parvenu à créer que 653 emplois nets tous secteurs confondus.

Selon les statistiques du ministère gabonais de l’Économie, entre 2014 et 2015, le nombre d’emplois formels est passé de 199 238 à 199 8916 . Comment l’État gabonais parviendrait-il à créer 10 000 par an avec une croissance comprise entre 0,8 et 1% là où il n’est parvenu à créer que 653 emplois avec un taux de croissance de près de 5% quelques années plus tôt ?

Évolution de l’emploi dans le secteur formel

En outre, entre 2015 et 2016, les créations d’emplois ont baissé de 0,3%, le nombre d’emplois formels passant de 199 891 à 199 374 en raison de la dégradation de la situation économique et du gel des embauches dans l’administration publique, premier employeur du pays. Bien qu’aucune statistique fiable ne soit disponible actuellement concernant la situation générale de l’emploi en 2017, plusieurs indicateurs avancés annoncent un prolongement des destructions d’emplois.

En mai 2017, l’Organisation nationale des employés du pétrole (ONEP), l’une des principales organisations syndicales du pays annonçait 16 000 destructions d’emplois dans la ville pétrolière de Port-Gentil depuis le début de la crise. Plusieurs sociétés des secteurs pétroliers ou des travaux publics ont massivement licencié quand elles n’ont pas déposé le bilan à l’instar de Bouygues Energie & Services, le groupement Santullo, etc.

Objectif 6 : renouer avec un solde positif de la balance des paiements, avec une valeur des exportations gabonaises supérieure à la valeur des importations

Depuis 2014, le solde de la balance des paiements7 du Gabon est négatif, traduisant une valeur des importations supérieures à celle des exportations. En valeur, les exportations de pétrole ont toujours eu un impact significatif sur le solde de la balance des paiements. Ainsi, quand les prix du brut sont soutenus, le solde de la balance des paiements est bien souvent positif (cf. période 2011 – 2013) et quand ils sont en repli, le solde de balance des paiements se creuse (cf. période 2014 – 2016).

Évolution du solde de la balance des paiements entre 2011 et 2014

Dans le cadre du PRE, le gouvernement gabonais s’est fixé comme objectif de rendre le solde de la balance des paiements excédentaire d’ici à 2019. Cependant, pour le compte de l’année 2017, le solde de la balance des paiements devrait rester négatif. Les performances du secteur minier (de la COMILOG notamment) et du secteur agricole devraient permettre de contenir le solde de la balance des paiements entre -200 et -400 milliards FCFA en 2017 contre -648 milliards FCFA en 2016.

Pour les années 2018 et 2019, la structure de l’économie gabonaise n’ayant connu aucun changement majeur, le solde de la balance des paiements dépendra des prix des matières premières, principalement du pétrole du manganèse.

Objectif 7 : renforcer durablement la compétitivité des filières moteur de croissance, dans le cadre d’une relation partenariale inédite entre le secteur privé et le secteur public

Huit filières ont été identifiées par le PRE comme moteur de croissance. Il s’agit des filières :

Bois ;

Agricoles ;

Pêche ;

Minières ;

Hydrocarbures ;

Bâtiment ;

Numérique ;

Tourisme.

Selon les filières, les résultats obtenus à ce stade sont contrastés. Certaines filières comme l’agriculture, le numérique, l’activité minière et le secteur bois ont connu un regain d’activité tandis que d’autres comme les hydrocarbures, le bâtiment ou le tourisme demeurent durement affectés par la crise.

Dans le secteur agricole, les investissements du groupe OLAM dans le palmier à huile et l’hévéa ont permis de faire progresser la contribution du secteur dans le PIB. En fonction des statistiques, l’agriculture représenterait désormais entre 3,8% et 5% du PIB. Les investissements du groupe singapourien dans le secteur ont également permis la création de près de 10 000 emplois supplémentaires depuis 2010. Le groupe OLAM est ainsi devenu, le principal employeur privé du pays. Dans le cadre du PRE, le maintien par le groupe OLAM de ses investissements dans ses usines et plantations industrielles a permis d’atténuer l’impact des destructions massives d’emplois observées dans d’autres secteurs de l’économie nationale. A l’inverse de l’agriculture industrielle, les volumes de production de l’agriculture vivrière continuent de stagner. Le programme GRAINE, principal programme de l’État pour relancer l’agriculture vivrière est rentré en léthargie. Trois ans après son lancement en 2014, le programme GRAINE n’est pas parvenu à réduire la dépendance alimentaire du Gabon vis-à-vis de l’étranger. Aucune statistique sur les volumes de production effectifs n’est disponible. Plusieurs coopératives qui s’étaient engagées dans le programme ont fini par le quitter.

Dans le numérique, les investissements réalisés par le Gabon ont permis d’améliorer la connectivité. L’Union internationale des télécommunications (UIT) a classé le pays au 6e rang africain et au 114e rang mondial en 2017 pour le développement des TIC.

En 2017, le secteur minier gabonais va surperformer. La COMILOG, principale entreprise du secteur connait une année exceptionnelle. Au premier semestre 2017, son chiffre d’affaires s’est accru de 154% pour s’établir à près de 315 milliards FCFA. Si les performances de COMILOG sont très encourageantes pour ce secteur structurant de l’économie gabonaise, elles sont moins attribuables au PRE qu’à la conjoncture internationale sur le marché international du manganèse. En effet, en moyenne au premier semestre 2017, l’unité de tonne métrique du manganèse (DMTU) s’est échangée à 5,69 USD contre 2,91 USD (+195%) au cours de la même période en 2016. En outre, les performances conjoncturelles de COMILOG rappellent l’extraversion de l’économie gabonaise qui demeure peu résiliente.

Quant au secteur Bois, il se remet progressivement de la mesure d’interdiction d’exportation des grumes prise en 2010 par le gouvernement. Le poids du secteur bois dans le PIB demeure faible, cependant le potentiel du secteur est réel si les autorités parviennent à créer un véritable écosystème autour de la filière et à former la main-d’œuvre indispensable au développement de cette industrie.

Enfin, malgré la mise en place du PRE, les secteurs pêche, hydrocarbures, bâtiment et tourisme n’ont connu aucun frémissement. L’ampleur de la crise dans le secteur des hydrocarbures a conduit plusieurs majors du secteur pétrolier à céder tout ou partie de leurs actifs au Gabon en 2017. La sous-traitance pétrolière est durablement sinistrée. Il en est de même pour le secteur touristique qui ne décolle pas en dépit de l’existence d’un massif forestier parmi les mieux préservés de la planète.

Réduire la pauvreté et améliorer le bien-être des populations

Objectif 8 : réduire de 100 000 le nombre de Gabonais économiquement faibles (adulte dont le niveau de revenu est inférieur à 150 000 FCFA par mois)

En 2016, le Gabon comptait 800 000 Gabonais économiquement faibles (GEF) selon une communication du ministère en charge de la prévoyance sociale. Le PRE s’est fixé comme objectif de réduire de 100 000 les GEF adultes, ces citoyens dont le revenu mensuel est inférieur à 150 000 FCFA.

Plusieurs mécanismes auraient pu permettre à l’État de parvenir à cet objectif :

  • La création nette de dizaines de milliers d’emplois couplée à des programmes de formation ciblés ;
  • L’autonomisation des citoyens par le financement de programmes nationaux susceptibles de favoriser la création de dizaines de milliers d’activités génératrices de revenus ;
  • La mise en place d’un système national d’allocations mensuelles à destination de cette frange de la population ;

Concernant la création d’emplois, le gouvernement est loin d’avoir atteint les objectifs qu’il s’est fixé dans le cadre du PRE (cf. objectif 5).

Concernant l’autonomisation des citoyens, 2 programmes phares portent cette ambition : le Fonds national d’action sociale (FNAS) et le projet GRAINE. Fin 2016, le FNAS était parvenu à collecter environ 1,4 milliard FCFA qui auraient servi assurer des financements au profit de 16 000 bénéficiaires. Aucune donnée n’est disponible pour l’année 2017.Quant au projet GRAINE, lancé à grand renfort de communication, il n’a jamais été étendu à l’ensemble des provinces et à bien des endroits où il a été lancé, il est rentré en léthargie.

Enfin, l’éventualité d’une allocation mensuelle versée aux GEF, bien qu’ayant été évoquée, n’est pas envisageable dans les conditions actuelles des finances publiques.

Au regard de ce qui précède, réduire de 100 000 le nombre de Gabonais économiquement faibles d’ici à 2019 se présente comme un exercice ardu.

Objectif 9 : Améliorant les conditions d’apprentissage d’au moins 8000 élèves, en construisant plus de 160 salles de classe

Construire 160 salles de classe pour améliorer le cadre d’apprentissage de 8000 élèves est l’un des objectifs majeurs du PRE pour réduire la pauvreté et améliorer le bien-être des populations.

L’atteinte de cet objectif nécessite a minima un accroissement de l’investissement public dans le secteur de l’éducation. Or, les arbitrages budgétaires du volet dépenses d’investissement dans ce secteur pour le budget 2018 sont en contradiction avec cet objectif.

En effet, le budget d’investissement affecté à l’éducation nationale est en baisse de 34% par rapport à l’année précédente. Sur un exercice budgétaire, ce secteur prioritaire a perdu 11 milliards FCFA d’investissement passant de 32 milliards FCFA en 2017 à 21 milliards FCFA en 2018.

Dépenses d’investissement dans l’éducation nationale prévues en 2018

En moyenne, construire  160 salles de classe sur 3 ans reviendrait à ériger environ 53 classes chaque année à travers le territoire national. Dans le cadre de cette analyse, 13 enseignants (dont 5 syndiqués) en activité dans 4 provinces ont été interrogés sur l’effectivité de la construction d’une cinquantaine de salles à travers le territoire, tous ont répondu n’avoir rien constaté.

Objectif 10 : Améliorer les conditions d’apprentissage de 15 000 étudiants en enseignement supérieur et formation professionnelle, à travers la réhabilitation des 3 universités et la mise en service ou réhabilitation de près d’une dizaine de centres de formation professionnelle

Comme pour les objectifs du PRE dans le secteur éducation (cf. objectif 9), la mise en œuvre de la réhabilitation des 3 universités nationales et la construction d’une dizaine de centres de formation professionnelle nécessitent un accroissement de l’investissement public.

Or, l’investissement dans ce secteur n’a pas échappé aux coupes budgétaires. En 2018, le budget d’investissement du secteur reculera de 1,3 milliard FCFA (-46% par rapport à 2017). En outre, en dehors des travaux de voiries lancés récemment à l’université Omar Bongo (UOB) de Libreville, les travaux de réhabilitation annoncés dans les universités n’ont toujours pas démarré selon des témoignages d’étudiants.

Dépenses d’investissement dans l’enseignement supérieur prévues en 2018

Trois centres de formation professionnelle sont actuellement en construction à Nkok, Port-Gentil et Mvengué. Ils bénéficient d’un financement chinois et d’un financement minoritaire de l’État gabonais. Les travaux de ces 3 centres de formation, qui sont la principale réalisation de l’État en cours dans ce domaine, ont été lancés en aout 2017 et sont prévus pour durer 3 ans. Si ces travaux peuvent être mis à l’actif du PRE, il demeure une absence de visibilité sur les 7 autres centres de formation annoncés pour atteindre l’objectif de 10 centres construits en 2019.

Objectif 11 : Garantir la continuité de l’approvisionnement en eau et en électricité des grands centres urbains.

Le onzième objectif du PRE fait état de l’approvisionnement des ménages en eau et en énergie dans les grands centres urbains. Pour ce faire, il suggère un plan d’urgence de l’Eau et de l’Énergie afin de répondre à la demande croissante des populations. Deux points fondamentaux posent donc problème : les capacités de production et la distribution dans toutes les zones du pays.

Pour pallier ces problèmes, le PRE propose les solutions suivantes : la construction de trois barrages hydroélectriques qui débuterait en 2018 et le renforcement du réseau de transport d’électricité. Deux barrages respectivement de 30 MW et de 80 MW, seraient construits dans la province la Ngounié. Un 3e barrage de 73 MW complèterait la liste dans la province l’Estuaire. Aussi, le barrage de Kinguélé dans l’Estuaire pourrait être renforcé et produire 30 MW supplémentaires. Ces barrages augmenteraient la capacité de production de l’énergie. Une usine de traitement d’eau dans la province de l’Estuaire et plusieurs forages à Ntoum seraient des solutions susceptibles d’améliorer à la distribution d’eau dans le pays.

Seulement, il est important de noter que ces infrastructures énumérées dans le PRE ne devraient être opérationnelles que quatre ans après le lancement des travaux au plus tôt, c’est à dire en 2022. A fin 2017, nous observons toujours de nombreux délestages qui seraient dus à « l’indisponibilité des groupes électrogènes » selon le rapport annuel de la SEEG pour l’année 2016. Environ une dizaine de localités ne sont toujours pas approvisionnées en eau ainsi que certains quartiers de grands centres urbains. De plus, la qualité de l’eau est souvent au centre de nombreuses polémiques. Le PRE propose des solutions qui, mises en place, peuvent être bénéfiques à long terme. À court terme et d’ici à 2019, le consommateur gabonais ne risque pas de voir une embellie significative dans son approvisionnement en eau et en énergie au regard des issues suggérées.

Mays Mouissi & John Nzenze

Sources principales :

  • Plan de relance de l’économie 2017 -2019 – Gabon
  • Données Banque mondiale sur la croissance
  • FMI – World Economic Outlook Database
  • Données INSEE sur l’emploi et la croissance en France
  • Tableau de bord de l’économie – Situation 2016, perspectives 2017-2018, Ministère gabonais de l’Économie
  • Stratégie d’endettement de l’État 2017-2019 accompagnant le projet de loi de finances 2017

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1 Le solde budgétaire de l’État correspond à la différence entre les recettes et les dépenses constatées dans le budget de l’État. Lorsqu’il est positif, on parle d’excédent budgétaire. Dans le cas contraire, on parle de déficit budgétaire.

2 Stratégie d’endettement de l’État 2017-2019 accompagnant le projet de loi de finances 2017

3 FMI – World Economic Outlook Database  – Dernières données disponibles.

4 Le taux de croissance mesure l’évolution de la richesse nationale mesurée par le PIB d’une année à l’autre. Lorsque le taux de croissance entre 2 années est négatif, on parle de récession.

5 Prévisions du ministère de l’Économie et du FMI

6 Tableau de bord de l’économie (TBE) – Situation 2016, perspectives 2017-2018, Ministère gabonais de l’Économie. Page 118

7 La balance des paiements est un document de la comptabilité nationale qui recense l’ensemble des transactions commerciales, financières et monétaires que les résidents d’un pays (particuliers, entreprises ou l’État) ont réalisées avec le reste du monde