Le Gabon a décidé, le 20 octobre dernier, d’ouvrir ses frontières, sans visa, aux ressortissants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Cemac). Si certains applaudissent cette marche vers l’intégration régionale, notamment en matière d’affaires et de tourisme, d’autres estiment, concernant la sécurisation de la population,  que les frontières gabonaises ne sont pas si sécurisées que l’on pourrait l’imaginer. Sommaire état des lieux.

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L’ouverture des frontières aux ressortissants des pays membres de la Cemac, annoncée le 20 octobre par le gouvernement gabonais, est diversement appréciée. Si elle est considérée par certains comme un pas positif vers l’intégration du marché sous régional, cette mesure suscite néanmoins la méfiance d’une bonne partie de l’opinion. Celle-ci craint la possibilité d’une altération de la sécurité des populations. Une crainte certes légitime mais qui ne date pas du 20 octobre dernier. Car, les frontières gabonaises n’ont pas toujours été aussi sécurisées que l’on pourrait l’imaginer. Une ritournelle populaire dit d’ailleurs que celles-ci sont comme «les trous d’une passoire».

Une vue de la frontière Gabon-Cameroun vers Kye-Ossi. © D.R.

Porosité des frontières

Si les dos-mouillés, ces immigrés clandestins arrivant au Gabon dans des grandes pirogues de pêche, bien que n’étant pas souvent des ressortissants de la Cemac, ont répandu l’idée d’une porosité des frontières du Gabon, l’analyse de certaines données de la Commission nationale des frontières de juin 2017 vient la conforter. Celle-ci révèle en effet que la protection des frontières se fait avec des moyens dérisoires.

Quelques faits en font foi : des localités essentiellement rurales, véritables portes d’entrée et de sortie du pays, sont pour la plupart dépourvues de postes de sécurité. Seuls 43 hameaux répertoriés comptent pour des postes de sécurité. Les difficultés financières étant l’alibi à la non-multiplication de ces lieux stratégiques. Pour les mêmes raisons, aucune mission n’a été effectuée en 2016 sur le terrain par l’administration en charge des frontières. Comment donc espérer des frontières sécurisées, des frontières permettant le contrôle de la biométrique des documents de voyage présentés ?

Le linéaire frontalier du Gabon et les postes de sécurité

Sur un linéaire frontalier terrestre de 2566 kilomètres dont 1918 km avec le Congo, 295 km avec le Cameroun et 353 km avec la Guinée-Equatoriale et le littoral, l’on ne dénombrait, en juin 2016, que trois postes de sécurité, tous de la Documentation (la Direction générale de la documentation et de l’immigration – DGDI) : l’un dans le Haut-Ogooué, les deux autres à la frontière Gabon-Guinée-Equatoriale, notamment dans les provinces de l’Estuaire et du Woleu-Ntem. La gendarmerie, elle, ne dispose que de 21 postes disséminés sur ce linéaire frontalier. Comment donc, au regard de ces données, le Gabon va-t-il maitriser la ruée de migrants qui pourrait, du fait de la libre circulation, importer les maux dont souffrent déjà les pays limitrophes ?

Au-delà de la libre circulation qui relance l’idée de «frontières mal protégées» et l’insuffisance des moyens, de nombreux Gabonais n’approuvent que très mal l’acceptation de cette sorte de libéralisation des frontières.

Ruée vers le Gabon ?

Si une ruée vers leur pays est attendue par de nombreux Gabonais, il convient de rappeler qu’au-delà de la faiblesse du nombre de postes de contrôle devant vérifier l’effectivité du caractère biométrique des documents de voyage, une invasion par l’implantation n’est nullement à craindre. Car, seuls les détenteurs d’un passeport d’une validité d’au moins trois mois ne seront plus soumis à l’obligation d’un visa d’entrée pour des «séjours ne dépassant pas trois mois». Il faudra donc ressortir du pays dans ce délai. Si les contrôles réguliers d’identités, à Libreville notamment permettent de veiller au respect de cette disposition, qu’en est-il de l’arrière-pays ? Vous avez dit sécurisation de la population ?