Soixante-douze heures après le lancement officiel du mouvement «Héritage et Modernité» au sein du Parti démocratique gabonais (PDG), le membre du bureau politique de ce parti, par ailleurs directeur de cabinet adjoint du président de la République, invite à taire les querelles.

Mathias Otounga Ossibadjouo. © news.alibreville.com

Mathias Otounga Ossibadjouo. © news.alibreville.com

 

A la suite de la sortie, le week-end dernier, des frondeurs du PDG, les réactions se multiplient. La circonstance semble tellement préoccupante que même le directeur de cabinet adjoint 1 du président de la République a eu du mal à observer le mutisme. Mathias Otounga Ossibadjouo a jugé utile d’appeler «les extrémistes» des deux bords à mettre de l’eau dans leur vin et enterrer au plus vite la hache de guerre. Les enjeux semblent être aussi importants que les dégâts que pourrait engendrer cette dissension, au point que ce membre du bureau politique du PDG se sente irrité.

Refusant d’adopter la posture du juge et de condamner ce qui est condamnable, il a choisi d’inviter les protagonistes à considérer ce qui pour lui s’avère être des évidences. Pour le directeur de cabinet adjoint 1, le PDG se porte bien. Selon lui, depuis 2009, le PDG a remporté toutes les élections. «Au dernier congrès, le distingué camarade président nous a appelé à allier la sagesse des anciens au dynamisme des jeunes et à la fidélité des femmes, comme équation-gage des victoires futures. Nous sommes à quelques mois d’une échéance capitale. Le PDG a donc mieux à faire que de se déchirer dans le partage d’un gibier non encore tué. Pour les véritables militants du PDG, le seul combat qui vaille la peine d’être mené en ce moment, c’est celui de l’union sacrée derrière notre distingué camarade président, dans la perspective de l’élection présidentielle à venir», écrit-il sur son compte Facebook.

En choisissant de souligner la «présumée» bonne santé du parti dont il se réclame membre et en appelant ses compagnons à la cohésion et la solidarité véritable, Mathias Otounga Ossibadjouo fait vite d’ignorer que le réquisitoire des membres d’ «Héritage et Modernité» ne se limite pas à la seule gestion du PDG, qu’ils parlent aussi du sort des Gabonais, de la justice, de l’éducation et de la santé, ainsi que de la situation politique et sociale du pays. «Dans notre pays, le climat politique s’est extrêmement dégradé, avec une classe politique binaire, vautrée dans des certitudes manichéennes au rebours de nos traditions de dialogue et en attente d’un hypothétique grand soir», soulignait Alexandre Barro Chambrier. «Dire que le PDG va bien, alors que le pays se porte mal, c’est faire l’autruche une fois de plus. Alors jouer les conciliateurs c’est refuser de faire face et de fuir ses responsabilités devant l’histoire», relève un internaute.

Le constat désormais partagé est que le pays est géré par des personnalités «incompétentes et illégitimes» comme les qualifient les membres d’Héritage et Modernité. «Aussi, nous lançons un appel au Président de la République, afin qu’il se mette à l’écoute de tous, et qu’il brise sans délais la gaine, le carcan, l’armure clanique dans laquelle le pays entier, interloqué et consterné, le découvre vêtu par un petit groupe de prétendus proches, à la légitimité politique douteuse et à la compétence technocratique toujours attendue», ont-ils dit dans leur déclaration du 27 juin dernier.