Destiné à Oret’y, le «bimensuel gabonais d’information et d’analyses», nous ayant fait l’honneur de la primeur de sa publication, cet article revient sur le documentaire de France 2, «Le Clan Bongo, une histoire française». Il est question d’un «démontage pièce par pièce d’une communication visant à défendre les intérêts de la France et non ceux du Gabon».

© Capture d’écran/Gabonreview

« Complément d’enquête » c’est le nom du magazine diffusé par  la chaine de Télévision France 2. Ce 6 juillet 2017 à 22H40, France 2 a braqué curieusement  ses projecteurs sur le Gabon et sa cible d’enquête : le clan Bongo ! Lorsqu’on a fini de regarder l’enquête, France 2 donne le visage d’un média à la solde des lobbyings tombés en disgrâce depuis l’arrivée d’Ali Bongo en 2009 à la tête du Gabon. L’objectif du magazine est simple : Présenter l’image la plus négative possible du Président Ali Bongo et contribuer ainsi à placer des idées révolutionnaires dans la tête des populations gabonaises. La conclusion de l’enquête trahi les intentions des réalisateurs. On y présente un Président qui vacille sur son trône et qui n’est pas sûr de terminer son mandat de 7ans. Démontage pièce par pièce d’une communication visant à défendre les intérêts de la France et non ceux du Gabon !

Si les détracteurs du Président Ali Bongo peuvent se frotter les mains suite à la diffusion de ce magazine sur France 2, il est cependant important de se poser une question cruciale : A qui profite la diffusion d’un magazine comme celui là dans  un média français ? L’intérêt pour les français, c’est tout simplement celui de déplacer le curseur du responsable de la misère des populations gabonaises. Ce n’est pas la France ! Ce sont les dictateurs qui dirigent vos pays…Voilà leurs visages…Vous devez vous en débarrasser.  Mais à contrario,  France 2 parle vaguement des mallettes d’argent distribuées aux hommes politiques français. Aucun chiffre sur le montant de ces mallettes. Aucun nom des responsables politiques français. Et de façon globale, aucun chiffre sur les retombées de la confiscation de tous les leviers économiques du Gabon depuis plus de 50 ans.

© Capture d’écran/Gabonreview

Dans ce magazine, les enquêteurs de France 2 ont réussi à évaluer la fortune globale des BONGO. Leurs sources de dépenses. Les traces d’achat des voitures. Les immeubles acquis en France. Mais curieusement, les mêmes enquêteurs deviennent évasifs quand il s’agit des sommes d’argent partis du Gabon pour enrichir les hommes politiques français. Aucune trace des sommes colossales qui continuent de sortir du Gabon pour engraisser l’économie française via de nombreuses entreprises en situation de monopole comme ELF, Bolloré, Comilog, la SEEG et bien d’autres.

Le magazine dépeint le Président Ali Bongo comme un vulgaire imbécile arrivé au pouvoir par le concours de la France, mais qui ose se détacher de la France au profit de partenaires asiatiques. Après le pétrole monopolisé par les Français, Ali Bongo a eu la malicieuse idée de miser sur l’huile de palme en sollicitant les services d’une entreprise de Singapour (OLAM). Une idée d’indépendance qui ne plait pas aux français. Du coup, il faut appuyer sur la gâchette pour lui faire payer son « ingratitude ». Ce magazine n’est que la première phase d’une machination bien huilée. Le France se prépare à ressortir le dossier des biens mal acquis du clan Bongo, le magazine de France 2 l’annonce très bien. Tout comme ce magazine agite la menace d’une traduction du Président Ali Bongo à la Cour Pénale Internationale pour avoir –  estiment-ils – ordonner de tirer à balles réelles sur des gabonais. On avance le chiffre de 29 morts pour préparer les esprits.

Des arguments d’enquête orientés

Le magazine de France 2  balance pêle-mêle d’autres arguments tous discutables :

  • – Les enquêteurs de France 2 parlent d’une Dette publique du Gabon multipliée par 3 depuis l’arrivée en 2009 d’Ali Bongo. Aucun d’eux ne relève la conjoncture internationale qui a frappé toutes les économies de rente ne possédant aucune base productive comme le Gabon. Tous les pays de la sous région Afrique Centrale (Cemac) sont actuellement dans la même situation critique…Ces pays sont tous sous ajustements structurels avec le FMI et les analystes préconisent  une diversification des économies ainsi que la création d’une base productive réelle. Les plus radicaux militent pour un retrait de ces pays de la zone CFA afin de s’émanciper  de la tutelle française…

  • – Les enquêteurs de France 2 exhibent les biens ou les preuves des biens acquis par la famille BONGO. Pourquoi n’en font-ils pas autant pour les biens acquis par les français et la France dans les caisses de l’Etat Gabonais. En comparant les deux, on pourrait se rendre compte que  la France est en réalité dix fois plus dangereuse pour les pays africains que les Présidents installés par elle-même. L’enquête de France 2 aurait pu prouver que la France monopolise tous les secteurs de nos économies et freine l’arrivée d’autres partenaires pour permettre le décollage de nos économies…Port ….Chemin de fer…Armée…Finance. Dans ce cas, qui est le plus responsable de la misère de nos populations ?

C’est la France par sa monopolisation de nos économies. Après le clan BONGO viendra l’heure d’autres dirigeants qui ne pourront s’affranchir de la tutelle française. Le Congo se porte-il si bien depuis le départ de Mobutu ? Qu’est devenue la Libye depuis l’assassinat du prétendu « dictateur » Kadhafi  ? Il y a un camp pour les bons Présidents africains notamment ceux qui sont utiles à la France et un autre camp pour les mauvais Présidents, ceux qui osent s’émanciper de la tutelle française.

A côté de cette « brillante enquête de France2 » Gabon Télévision et d’autres médias africains devraient ouvrir la vraie enquête qui consiste à démontrer que le gros malheur des pays d’Afrique francophone c’est celui d’avoir été colonisé par la France. La langue française, la culture française, la pensée française, l’éducation française, la politique française sont autant d’éléments qui ont tiré l’Afrique francophone vers le bas…Pourquoi dans d’autres pays africains il y a des progrès et dans les pays d’Afrique francophone ça régresse ?

Le luxe et le cash d’un Président africain qualifié de dictateur n’est en rien comparé aux énormes ressources tirées du sol et du sous sol des pays africains par la France. Très souvent les avoirs de ses Présidents qu’on qualifie de dictateur sont logés dans les banques françaises ainsi que les villas et résidences les plus coûteux…Des biens qui sont confisqués par la France après la déchéance organisée par cette même France. A la fin, c’est l’Afrique la grande perdante. On a vu partir du pouvoir librement ou par renversement de nombreux dirigeants africains à l’instar de  Mobutu, Bagbo, Kadhafi…Que sont devenus leurs avoirs? Leurs avoirs ont-ils été retournés aux nouveaux dirigeants pour montrer la bonne foi ?

Plus aucun journaliste ou communicateur africain n’est dupe ! sur ce, on pourrait affirmer que l’équipe chargée de la communication du Président Ali Bongo a fait preuve d’amateurisme dans ce dossier. Elle aurait du mettre sur la table tous ces paramètres avant de donner leur accord pour une interview avec France 2.

Le journaliste de France 2 en a profité pour mettre mal à l’aise le Président de la République Ali Bongo avec des questions aussi orientées que malicieuses les unes que les autres. Cette interview a servi de socle à toutes leurs insinuations tout au long du magazine. On peut aussi condamner l’inertie et le manque de réactivité de toute la classe politique gabonaise et surtout  du gouvernement face à ce magazine qui présente le Chef de l’Etat Gabonais comme un vulgaire imbécile dictateur, brutal, sans formation académique.

En effet, ce documentaire de France 2 est le cache-sexe d’une France en mal d’inspiration. Une France qui ne se rend pas compte que l’Afrique a compris son petit jeu …celui qui consiste à piller tout en montrant du doigt des dirigeants qu’elle a pris la peine de placer au pouvoir et de contrôler totalement.

Le Rwanda qui porte les blessures d’une France insensible aux misères de l’Afrique a su montrer le bon exemple aux africains. Quitter l’espace francophone avec tout ce qui va avec…De la langue, à la monnaie en passant par son éducation et sa culture. Le Rwanda est aujourd’hui un pays totalement transformé…Le sang versé avec la complicité de la France a été le prix fort payé pour libérer ce peuple. C’est le chemin vers lequel devrait s’orienter les autres pays africains de l’espace francophone pour briser les chaines de l’esclavage toujours présentes quoiqu’invisibles…

Auteur : KEKE