Le juge sénégalais de la Cour pénale internationale (CPI), Amady Ba, chef de la coopération internationale, a fait le bilan de cette mission préliminaire le 22 juin 2017 à Libreville. Malgré la crise ayant secoué et bipolarisé le pays, il estime néanmoins qu’il faut se parler, se tendre la main.

Le chef de la coopération internationale de la CPI, Amady Ba, répondant aux questions des journalistes, le 22 juin 2017 à Libreville. © Gabonreview

 

Après 72 heures en terre gabonaise, dans le cadre d’une mission destinée à s’informer sur les violences postélectorales au Gabon, afin d’apprécier l’opportunité d’ouverture d’une enquête, la mission préliminaire de la CPI a rencontré toutes les parties. Des membres du gouvernement, ceux de l’opposition et de la société civile, sans oublier des diplomates.

Au terme de la mission, le chef de la délégation a appelé tous ceux qui ne se sont pas parlés depuis, pour des raisons politiques, à se parler, à renouer les fils de dialogue.

En guise de bilan, Amady Ba a reprécisé que la mission de sa délégation était de recouper des informations que le gouvernement, l’opposition et d’autres acteurs leur ont envoyé. «Ce n’est pas une mission d’enquêtes. C’est une mission qui consiste à revérifier, à reconfirmer ou infirmer les éléments que nous avons reçus. L’analyse préliminaire est une étape extrêmement importante dans le travail du procureur, qui est standardisé, qu’on fait partout, de la même manière», a-t-il indiqué. Cela permettra de voir, a-t-il ajouté, si les bureaux du procureur sont compétents pour se saisir de cette affaire et ouvrir une enquête. Avant tout cela, a-t-il fait observer, les violences qui ont été commises ou supposées commises doivent rentrer dans le cadre du statut de Rome et être interpréter, soit comme un crime contre l’humanité, un crime de génocide ou soit comme un crime de guerre.

Le juge sénégalais de la CPI a souligné que «les spécialistes de l’analyse dont le rôle est de répondre à cette question ont fait le tour des communications reçues depuis Rome, depuis la Haye et ils sont venus rencontrer les différents acteurs, s’entretenir avec eux de manière extrêmement professionnelle». Pour l’heure, il est, selon lui, prématuré de qualifier les faits. «Nous savons juste que nous partons avec la certitude d’avoir constaté une chose: une meilleure compréhension de ce qui s’est passé et puis un Gabon bipolarisé».

«Le travail de madame le procureur n’a jamais été de diviser», a déclaré le chef de la coopération internationale de la CPI. Malgré le travail scientifique et juridique qu’ils font, a-t-il souligné, ils ont l’obligation d’appeler les peuples, les populations, tout le monde, tous ceux qui ne se sont pas parlés, pour des raisons politiques à se parler, à se tendre la main.

«Quand on dialogue, on franchi une étape malgré nos différences», a affirmé Amady Ba. «Parler parce que notre travail de juriste, de procureur n’est qu’une partie de la solution. L’autre partie c’est vous qui la détenez. Que voulez-vous pour l’intérêt de ce pays? »