Alors que le 30 juin 2017 marquait officiellement le terme de la concession de la Société d’eau et d’énergie du Gabon (SEEG), le ministre d’Etat en charge de l’Eau et de l’Energie qui effectuait, mardi 4 juillet, une visite des chantiers à Okolassi et à Cocobeach, est revenu sur les clauses de la prorogation de 5 ans accordée au Groupe Veolia, qu’il entend tenir à l’œil.

Guy-Bertrand Mapangou, le 4 juillet 2017 au poste de dispatching à Okolassi. © Gabonreview

 

Gabonreview : Vous venez d’effectuer une visite de différents chantiers à Okolassi et à Cocobeach, dites-nous de quoi s’agissait-il exactement.

Guy-Bertrand Mapangou : Nous sommes ici dans le cadre du respect de notre calendrier de travail. C’est-à-dire que, lorsque nous lançons des chantiers, nous avons l’obligation de suivre leur réalisation, pour se rendre compte de l’évolution, des dysfonctionnements et des écueils qui peuvent se poser face à ces projets. Pour ce qui de la visite effectuée aujourd’hui, il s’agissait du grand centre de dispatching de Ntoum II à Okolassi. Ce centre a vocation à recevoir toute l’énergie produite par les barrages de Kinguélé et Tchimbélé, et par anticipation, celle qui sera produite par les barrages de l’Impératrice et Ngoulmedjim, voire celle produite par la centrale électrique à gaz que nous envisageons de construire entre Ntoum et Kango.

Guy-Bertrand Mapangou à Cocobeach. © Gabonreview

Après notre visite du centre de dispatching, dont la réalisation est très bien avancée en dépit de quelques blocages qui seront vite solutionnés, nous sommes allés sur le lotissement d’Okolassi. L’objectif était de constater, avec des représentants de la SEEG, l’absence de fourniture en électricité et en eau sur ce lotissement de 10 maisons offertes par le président de la République aux victimes de l’inondation enregistrée, il y a plus de trois ans, pendant les travaux de la conduite allant d’Essassa à Ntoum. Comme nous leur avons promis quelques jours plus tôt, dans une ou deux semaines les propriétaires de ces maisons pourront s’installer, puisque les problèmes d’adduction d’eau et de la fourniture en électricité seront réglés. Toutes les 10 maisons sont d’ailleurs déjà dotées d’un compteur électrique.

S’agissant de notre visite à Cocobeach, je me dois d’abord de rappeler qu’en octobre 2015, nous avons inauguré la connexion de la ville de Cocobeach sur le RIG de l’Estuaire. Seulement, après l’euphorie des populations, nous avons constaté qu’il y avait des villages qui n’avaient pas été pris en compte dans le marché exécuté sur la base de la connexion Ntoum-Cocobeach. Bien avant la campagne électorale comptant pour la dernière présidentielle, nous avions promis aux populations que nous reviendrons en basse tension sur les sept villages «oubliés». A ce jour, l’élagage et les accès pour l’ensemble des villages sont réalisés à 100%, l’implantation de support moyenne tension à 80%, l’implantation des supports basse tension à 100% et le déroulage de câble basse tension est réalisé à 30%. Ce sont, à terme, quasiment 200 foyers qui seront impactés par ces travaux. Multipliés par 10, ce sont donc 2000 personnes qui en bénéficieront.

Sachant que d’autres chantiers ont été lancés ailleurs, dans d’autres provinces. Envisagez-vous de vous y rendre également ?

Ce sont des choses que nous faisons régulièrement. Après les visites de chantiers de ce jour, nous envisageons d’effectuer des visites techniques, notamment sur le projet de densification du réseau rural, précisément sur les réseaux Bitam-Oyem, Kango-Bifoun, avant le lancement du chantier Bifoun-Lambaréné. Nous aurons aussi Fougamou-Mouila. A Mouila où nous lancerons le projet de construction d’une centrale solaire photovoltaïque de 4MW. Il s’agit d’un projet pilote visant à soutenir le RIG sud qui est en souffrance depuis que Bongolo a enregistré ses avaries.

Des employés de Seteg sur le chantier de Cocobeach. © Gabonreview

Le 30 juin dernier marquait le terme officiel de la concession octroyée à la SEEG. L’Etat a décidé de proroger de 5 ans cette concession sur la base d’une «convention de concession». De quoi s’agit-il exactement ?

En réalité, le 30 juin 2017 ne représentait que la date butoir. Mais la concession était bel et bien arrivée à son terme dès que nous avons décidé de proroger le contrat avec la SEEG. Pour éviter de revenir sur le bilan de cette société, qui a d’ailleurs fait polémique, je vais me contenter de préciser que la prorogation de 5 ans sur laquelle nous nous sommes accordée assigne qu’il y a désormais des indicateurs de performance. De même, une évaluation trimestrielle et semestrielle sera réalisée, pour voir si, sur la base des griefs qui lui ont été -et qui lui seront- faits, les services de la SEEG se sont améliorés.

Avez-vous eu des garanties de la part de la SEEG sur l’amélioration du service public au cours de ces 5 prochaines années ?

Dans le cadre de cette prorogation, la SEEG s’est effectivement engagée à améliorer le service public. C’est ce qui nous importe. Nous jugerons donc sur les actes posés au cours des cinq prochaines années, notamment sur les questions de continuité du service, du point de vue financier, technique et du rapport client. Chaque trois mois, nous verrons ce que la SEEG a pu et su faire pour satisfaire le client.

Etes-vous prêt à faire le gendarme pour la réalisation de cette promesse ?

Absolument ! Etant donné que nous posons des indicateurs de performance. Nous ferons le gendarme à notre manière. Le gendarme technique, pas le gendarme coercitif. Nous veillerons, par exemple, à ce que les postes de transformation en contrainte soient remplacés, parce qu’étant la cause des pannes, donc de coupures d’électricité. Nous veillerons également à ce que les clients n’aient pas à se plaindre des factures d’eau jugées trop élevées, alors que la SEEG n’est pas passée relever leurs compteurs pendant des mois.

Guy-Bertrand Mapangou sur le lotissement d’Okolassi. © Gabonreview

Et si les services ne s’amélioraient pas au bout du premier semestre ou de la première année de cette nouvelle concession. L’Etat gabonais serait-il capable de résilier le contrat avec la SEEG ?

On ne résilie pas ce genre de contrat ! Nous avons signé pour 5 ans. Nous sommes dans un système économique. Si au bout de ces cinq années la SEEG n’a pas respecté ce que nous lui avons indiqué, nous avons le choix de faire un appel d’offres international. C’est d’ailleurs consigné dans les clauses de la prorogation.

L’Etat gabonais est-il prêt à signer avec une société nationale pour remplacer la SEEG ?

Nous sommes encore dans la prorogation du contrat de la SEEG. On ne pourrait donc le dire. Mais imaginez-vous, une société qui, après avoir obtenu un contrat de 20 ans se voit proposer quasiment le même contrat, mais de 5 ans cette fois, et avec des contraintes précises.