Dans une interview à Echos du Nord, parue le 5 octobre courant, l’auteur de «Nouvelles affaires africaines – Mensonges et pillages au Gabon» dit détenir deux documents qui attestent de la filiation d’Ali Bongo. Pour lui, le président de la République n’est pas le fils biologique d’Omar Bongo et Joséphine Kama. Il serait bien né dans la province nigériane du Biafra.

Pierre Péan. © Assemblage Gabonreview

Pierre Péan. © Assemblage Gabonreview

 

Pourtant mis en examen par la justice française pour son livre «Nouvelles affaires africaines – Mensonges et pillages au Gabon», Pierre Péan maintient les allégations contenues dans son ouvrage. Il souhaite même que le procès démarre le plus rapidement pour qu’il puisse apporter les preuves de ses affirmations. En attendant le journaliste-écrivain français s’est prêté à une interview à Echos du Nord, publiée le 5 octobre courant, à travers laquelle il persiste et signe. «Le président gabonais n’est pas le fils biologique d’Albert Bongo et de Joséphine Kama. Il n’est pas né le 10 février 1959 à Brazzaville, mais dans la province biafraise du Nigeria. Et est arrivé à Libreville en septembre 1968», déclare-t-il. Interrogé sur ses preuves, il explique : «Mon enquête était très sérieuse, permettant, me semblait-il, d’emporter l’intime conviction». Si le témoignage sous couvert d’anonymat d’un des principaux organisateurs présumés de l’arrivée d’Ali Bongo à Libreville peut constituer une faiblesse dans cet argumentaire, le journaliste d’investigation dit avoir trouvé deux documents qui confortent ses dires et mettent à mal «les affirmations nantaises et gabonaises, sauf à croire à la sorcellerie génétique».

En venant aux documents en question, Pierre Péan cite en premier une archive classée dans l’Ile de la Cité à Paris, dans le dossier déposé au greffe du tribunal de commerce de Paris, le 30 octobre 1998, par Annick Bongo, sœur d’Ali Bongo : «Elle aussi arrivée du Biafra en 1968, mais que ses parents biologiques ont retrouvée, qui partage son temps entre le Gabon et le Nigeria et qui s’est mariée avec un Nigérian». Plus intéressant, Annick Bongo a déclaré être née à Franceville, le 4 juin 1959. «C’est-à-dire que selon cette déclaration, Annick est née moins de quatre mois après Ali, si l’on se réfère à la date de naissance de ce dernier telle qu’elle figure dans la transcription nantaise de l’acte d’état-civil congolais. Joséphine Kama, sa mère, aurait donc défié les lois de la génétique», ironise Pierre Péan. Le journaliste-écrivain français évoque aussi une autre pièce, qui «se présente comme une copie certifiée conforme d’un acte de naissance établi à Franceville le 10 juillet 1959, après déclaration de Joséphine Kama, selon laquelle elle avait accouché 35 jours plus tôt à la maternité de Franceville, d’une petite Okonkwo Ngonzi Annick».

Relevant les incohérences de ce document, Pierre Péan note que la sœur d’Ali Bongo porte un patronyme nigérian, que l’acte mentionne que sa mère est domiciliée à Franceville alors qu’elle vivait alors à Brazzaville dans le quartier de Poto-Poto ; que son père se nomme Albert Bernard Bongo alors qu’à l’époque il ne s’appelait qu’Albert… «Un document authentifié le 16 juin 1993 par Jules Obiang-N’guema, maire-adjoint du 1er arrondissement de Libreville», assure Pierre Péan, avant de se prononcer sur l’acte nantais. «J’imagine que le fonctionnaire qui a eu entre les mains l’acte d’état-civil qui figure bien dans un régistre d’état-civil de Brazzaville a été au minimum candide», juge-t-il. Il en veut pour preuve le fait que l’acte ne porte que la signature d’Omar Bongo et non celle de l’officier d’état-civil. «Et si on compare sa signature à celle figurant dans l’acte de mariage établi huit mois après la naissance d’Ali, on ne peut que constater une grande différence. La signature figurant sur l’acte de naissance ressemble à celle d’Omar Bongo que l’on retrouve sur les documents présidentiels», a-t-il déclaré. En guise de conclusion, Pierre Péan pense que ces deux documents font plus que fragiliser «les arguments développés sur sa filiation par le président gabonais, sa famille et son entourage».