Globe-trotter, Jean-Louis Grauby a quitté son métier de parfumeur à New-York pour parcourir le monde. Il traverse l’Afrique depuis 18 mois. De passage au Gabon, il s’est prêté aux interrogations de Gabonreview. On croyait que les en side-car avaient disparu. Il prouve le contraire. Rencontre avec un beatnik du XXIe siècle. 

 Jean-Louis Grauby a quitté son métier de parfumeur à New-York pour parcourir le monde - © François Ndjimbi/gabonreview.com

Qu’est-ce que vous pouvez dire de vous ? Qu’est-ce qui vous fait courir ?

Je suis Jean-Louis Grauby. J’ai toujours rêvé, quand j’étais petit, de voyager en Afrique avec une moto, mais à l’époque je n’avais pas es moyens. Alors j’ai vécu comme tout le monde, j’ai travaillé. Le travail m’a beaucoup pris. La famille, la vie. Et j’ai fini par vivre aux États-Unis à New-York. J’étais là juste à côté des tours quand elles sont tombées et c’est vrai qu’après ça il y a beaucoup de choses qui se passent dans la tête : on se demande mais qu’est-ce qu’il y a d’important dans la vie ? J’en suis venu à me dire que c’est au moins important de vivre les rêves que l’on a ou que l’on avait et qu’il n’était jamais trop tard pour le faire. Et je me suis organisé pour partir et voyager. J’ai commencé par voyager pendant deux ans en Amérique du Sud. Je suis descendu jusqu’en Patagonie. Je suis remonté ensuite jusqu’à New-York. Ensuite, il y avait mon vieux rêve de visiter l’Afrique et j’y suis venu après avoir acheté ce side-car, en France. Je l’ai un peu équipé et je me suis retrouvé sur la route.

Alors, comme je prends le temps, parce que j’adore voyager et visiter, ça fait bientôt 18 mois que je suis parti et pourtant, je ne suis qu’au Gabon (rires), juste à l’équateur. Je vais continuer à descendre vers les Congo, l’Angola, la Namibie, l’Afrique du Sud et mon idée ce sera de remonter quand même jusqu’au Kenya. Ensuite, on verra, parce que c’est aussi l’un des problèmes de l’Afrique : les choses bougent beaucoup. Ce qui est aujourd’hui impossible en Somalie le sera peut-être dans six mois ou dans un an. C’est à souhaiter en tous cas.

Combien de temps comptez-vous rester au Gabon ?

Ecoutez, ce que je fais de temps en temps c’est que je vais visiter ma femme qui est resté à New-York ou alors c’est elle qui vient. En fait je suis arrivé déjà il y a deux mois et demi au Gabon, par la frontière du Cameroun. J’ai pris l’avion pour aller la voir en Amérique et je suis revenu là, il y a quelques jours. Là je suis entrain de remettre la moto en route, il y a quelques petits problèmes à régler et je reprends le cours du voyage.

Pourquoi donc avoir choisi de voyager en side-car ?

Pourquoi ce choix ? Celui-là particulièrement c’est parce qu’il a deux roues motrices. Ce qui est, sur une moto, très rare. C’est pas la roue de devant, bien sûr, qui est motrice mais ce sont les deux roues arrière. C’est un peu le 4X4 de la moto, si vous voulez. L’avantage surtout, c’est que ce type de moto peut être chargé, je peux prendre donc pas mal d’équipement : la tente, le camping, tout ce qui est nécessaire, les outils bien sûr. Parce que s’il y a un problème, je sais qu’en Afrique il n’y aura jamais de difficultés à trouver un très bon mécanicien mais, des fois, les outils manquent. Ce genre de side-car, un modèle Oural produit depuis 1941, toujours plus ou moins le même et bien fiabilisé depuis lors, est idéal parce qu’on peut le souder, le réparer. C’est une mécanique très simple qui ne demande pas, disons, un ordinateur pour le faire fonctionner.

Quand on part longtemps, on se coupe tout de même de ses sources habituelles de revenus. Comment finance-t-on un tel voyage ?

Dans mon cas, j’ai eu une vie active assez riche, pas forcément riche financièrement. Mais mon métier est parfumeur. J’ai travaillé en Allemagne, j’ai travaillé à Paris, à New-York pour la création de parfum. J’ai eu l’opportunité d’acheter un appartement il y a très longtemps à New-York quand je suis allé m’y installer et aujourd’hui je le loue, même si les frais à New-York sont énormes, il me reste suffisamment chaque mois pour vivre, pour rouler. Mais, je dois dire que je vis quand même à l’africaine. C’est-à-dire, je mange de la viande de brousse le long des routes, le riz, le manioc. Pour certains Africains c’est quand même encore un peu cher, pour moi c’est quelque chose qui est faisable. Je dors dans la tente ou dans les missions. Ici à Libreville, je suis chez les Sœurs Bleues, donc à des prix les plus réduits possibles. Je fais attention. La richesse que je découvre aujourd’hui, c’est de ne pas avoir de l’argent, de vivre ma vie.

Cette traversée de l’Afrique vous a-t-elle appris quelque chose ou vous a-t-elle apporté quelque chose sur le plan moral, spirituel ou philosophique ?

Cela m’a certainement conforté dans l’idée qu’écouter les nouvelles ce n’est pas toujours une bonne chose. Parce que la télévision ou les journaux donnent toujours les mauvaises nouvelles et ne parlent jamais, en fait, des très bonnes ou même des bonnes nouvelles tout simplement. Je dois reconnaître que depuis que je roule en Afrique, alors que tout le monde m’avait dit n’y va pas car c’est très dangereux, je ne rencontre que des gens extraordinaires, des gens extrêmement accueillants, chaleureux, très gentils, curieux. C’est certain que ce type de moto attire les regards mais cela m’a aussi beaucoup aidé, à beaucoup de moments, à trouver des gens fabuleux. J’ai peut-être eu cette chance aussi et peut-être le nom de mon site, labaraqa.com, a été pour quelque mais j’ai eu cette chance de ne pas tomber au mauvais endroit au mauvais moment. Mais ces mauvais endroits existent partout : en Amérique, en Europe, partout. A chaque fois que j’ai l’occasion de le dire, j’aime dire aux gens : l’Afrique ce n’est pas ce que tu vois à la télévision, ce n’est pas ce qu’on te fait penser quand tu es en Europe ou en Amérique. Du danger il y en a partout mais le pire des risques c’est de ne jamais en prendre et je suis très heureux d’en avoir pris.