En déroulant une stratégie solitaire, en agissant au gré des rumeurs et de ses humeurs, le leader de la Coalition pour la nouvelle république sème les germes de la méfiance réciproque parmi les siens.

Jean Ping en meeting, le 29 octobre 2016 au Trocadéro à Paris. © Getty Images

 

Ses soutiens sont interrogateurs voire dubitatifs. Ses partisans et sympathisants déboussolés, désemparés. Depuis un peu plus d’une semaine, Jean Ping déroute les siens. Là où les uns s’attendaient à la mise en œuvre d’une stratégie consensuelle et partagée, il laisse désormais le sentiment d’agir à l’instinct, au gré des rumeurs et de ses humeurs. Au moment où les autres prédisaient une succession de directives claires et cohérentes, il y est allé d’une série de mots d’ordre apparemment contradictoires.

Affolement rageur

Accusé de ne pas avoir de «plan B», d’avoir bluffé sur l’existence d’éventuels soutiens extérieurs ou de tout miser sur la communauté internationale, le leader de la Coalition pour la nouvelle république s’est engagé dans une stratégie de l’escalade verbale. Contre toute attente, le 12 août dernier, il a invité ses partisans de l’étranger à mettre fin aux actions de contestation afin d’entrer dans l’ère de la «reconstruction». Aussitôt, bigots et optimistes y ont vu l’annonce de l’imminence d’une prise du pouvoir d’Etat. Immédiatement, incrédules et sceptiques ont cru déceler les prémisses d’une éventuelle négociation avec Ali Bongo (lire «Jean Ping disposé à discuter avec Ali Bongo ?» ). Dans tous les cas, une controverse était née. Six jours plus tard, il demandait aux siens de «se lever (…) pour marquer (…) (son) arrivée au pouvoir» (lire «Pour Jean Ping, l’heure a sonné»). Depuis lors, c’est la bouteille à l’encre, chacun y allant de son interprétation, analyse et commentaire, plus tranchés les uns les autres (lire «La fin d’un mythe ?»).

Cette situation n’est pas surprenante. Elle traduit un affolement rageur né de certitudes mille fois répétées et de déclarations toujours plus tonitruantes. Au-delà, elle souligne le fonctionnement peu orthodoxe de la Coalition pour la nouvelle république. Evoluant dans l’informel, l’alliance de l’opposition ne s’est jamais dotée des outils pour une gouvernance efficace. Si un programme de gouvernement a été conçu, rien n’a été fait concernant la gestion au quotidien. Mille fois annoncée, sa charte demeure un serpent de mer. Il en va de même pour le code de bonne conduite. Au final, les différentes instances, les sous-groupes thématiques et les canaux de communication interne fonctionnent vaille que vaille. Dans ce contexte, l’entourage immédiat de Jean Ping ne se prive pas de dicter sa loi, quitte à improviser, avancer de fausses bonnes idées, marcher sur les plates-bandes d’autres instances ou nier la primauté de l’accord politique du 15 août 2016.

Culte du secret

En réalité, Jean Ping entend affirmer sa position de leader au sein de l’opposition. S’il est encouragé en cela par sa garde rapprochée, la poursuite de cet objectif n’est pas toujours aisée. Ni le fonctionnement de la Coalition pour la nouvelle république ni la lisibilité de sa stratégie ne s’en trouvent facilités. Bien au contraire. Convaincu d’être sur la bonne voie mais pas toujours transparent avec ses alliés, l’ancien président de la commission de l’Union africaine a du mal à mettre en mouvement l’ensemble des forces. Pour sûr, ses dernières déclarations n’y changeront rien. Déjà, le silence de ses alliés de la dernière présidentielle, notamment Guy Nzouba Ndama, Casimir Oyé Mba et Léon-Paul Ngoulakia en dit long sur leur perception des événements. Au lieu de renforcer son crédit et catalyser la mobilisation populaire, tout cela sème doute et trouble dans son propre camp. En entretenant le culte du secret, il sème les germes de la méfiance réciproque parmi les siens. En agissant de manière solitaire, sans en référer aux autres, il prend le risque d’une paralysie de la résistance.

On avait pourtant cru Jean Ping suffisamment aguerri pour le savoir : la transparence est un élément déterminant du fonctionnement des alliances et coalitions. Une meilleure circulation de l’information et une meilleure coordination en interne sont des conditions du succès. Il lui faut, par conséquent, y songer. Pour cela, il gagnerait à revenir à l’esprit de l’accord du 16 août 2016 et à œuvrer à la mise en place d’organes souples et consensuels. Même si elle peut avoir des allures de reculade, cette réorientation est une nécessité.  Ne pas s’y plier serait suicidaire.