Réalisme, expertise et tolérance devront prévaloir dans la composition du gouvernement resserré que certains appellent de leurs vœux et qui devra faire face à une des plus dures crises financières que le pays ait jamais connues. Au président de la République de procéder à l’alchimie. Loin du sectarisme partisan, Gabonreview estime qu’il pourrait ressembler à l’équipe proposée ici. Le gouvernement, selon Gabonreview.

L’effectif du gouvernement actuel (41 membres) étant moqué et controversé puisque pléthorique, une équipe resserrée de 20 membres serait un message fort de l’exécutif envers les populations, appelées à se serrer la ceinture. © Gabonreview/Shutterstock

 

Le Communiqué final du conseil des ministres du 21 juin 2018 est formel au sujet des mesures devant rentrer «en application immédiatement» : la «réduction de la taille du Gouvernement». Dans un contexte d’urgence, Ike Ngouoni, le porte-parole de la présidence de la République, a pourtant fait mentir le gouvernement, le 25 juin dernier, en laissant entendre que la réduction du nombre de ministres «ne concerne nullement l’actuel gouvernement (et qu’elle) vaudra en revanche pour l’avenir».

Gouvernements éléphantesques

Pourquoi donc repousser, sine die, la dernière prescription d’un chapelet de 14 mesures urgentes annoncées, il y a un peu plus d’une semaine seulement, par le conclave gouvernemental ? Le petit peuple, et surtout les 30.000 fonctionnaires devant être impactés par la baisse de la masse salariale, se demande pourquoi la réduction du train de vie de l’Etat ne concernerait pas, en urgence, le gouvernement ? Son effectif actuel – 41 membres – est d’ailleurs moqué puisque jugé pléthorique. Les tailles éléphantesques de nombreux gouvernements de l’histoire du pays étaient liées au modèle de l’État providence, interventionniste, couvrant de nombreux domaines dans une nécessite d’équilibre géopolitique. Aujourd’hui donc, en temps de disette, un gouvernement très resserré devrait être la norme, sinon l’impétarif.

L’efficacité d’un tel cabinet gouvernemental n’est pour autant pas garantie. Aussi, devrait-on ccorder la plus grande attention au choix des hommes. Et, partant, le casting de l’équipe idéale, selon Gabonreview, devra s’effectuer en dehors des considérations générationnelles, politiques, politiciennes et géopolitiques. Seuls devraient prévaloir les profils, les aptitudes et le parcours des acteurs, recrutés également dans la sphère civile.

L’ALLIANCE DES PRAGMATIQUES

Il aurait été pertinent d’exiger la conformité déontologique, c’est-à-dire l’impératif de contrôler le respect préalable, par les prochains membres du gouvernement, de leurs obligations fiscales et l’absence de conflit d’intérêts. Mais, à ce jeu, très peu de l’élite nationale serait sauf. Voici tout de même, sur le seul critère du pragmatisme, les technocrates compétents ayant fait leurs preuves, ici comme ailleurs, et pouvant constituer le gouvernement d’union nationale face à l’austérité.

Premier ministre : Richard Auguste Onouviet

Vieux routier de la politique nationale. Homme d’expérience et de réseaux, passé aussi bien dans le privé, le parapublic que dans le public. Bon connaisseur de la coopération financière internationale, très introduit dans le milieu local des affaires, il pourra rassurer aussi bien les bailleurs de fonds, les partenaires du pays, que les entreprises ou les forces sociales. Surtout qu’on ne lui connait pas de déclarations sectaires ou va-t-en guerre. En cette période délicate, son sens de l’écoute, sa réputation de manager et son ouverture d’esprit peuvent être précieux, notamment dans la négociation avec les syndicats.

Ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture  et de la Pêche : Etienne Massard Kabinda Makaga

Militant écologiste, chercheur, promoteur de l’idée d’un plan national d’affectation des terres, il peut aider à la définition d’une meilleure approche de gestion de la question foncière. Ancien directeur de l’Institut de recherche en écologie tropicale (Iret), ancien directeur général de l’Environnement, il ne devrait pas avoir de mal à mobiliser l’expertise nationale, notamment celles de l’Institut de recherches agronomiques et forestières (Iraf) ou du Centre d’introduction, d’amélioration et de multiplication des espèces végétales (CIAM). Il peut aussi contribuer à réconcilier défis écologiques et contraintes du développement agricole.

Ministre de l’Équipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire : Régis Immongault

Bon connaisseur des finances publiques et homme de dossier, travailleur, il peut donner une nouvelle impulsion à ce département. Habitué du Tableau des opérations financières (Tof), il saura évaluer les capacités et identifier les instruments de financement éventuels. Dans le montage financier pour la construction d’infrastructures, sa technicité ne serait pas de trop. Surtout pour concevoir des partenariats public-privé.

Ministre des Hydrocarbures, de l’Energie, des Mines et des Ressources hydrauliques : Jean-Baptiste Bikalou

Le P-DG de PétroGabon, ancien cadre dans des entreprises pétrolières, n’est plus à présenter. Surtout s’il doit rester dans son domaine de compétence.

Ministre chargé de la Réforme de l’Etat, des Relations avec les Institutions constitutionnelles, porte-parole du gouvernement : Denise Mekam’ne

 Ancienne membre du bureau de l’Assemblée nationale, elle maîtrise la procédure législative. Avocate, sa formation la prédispose à mieux cerner les défis institutionnels et les enjeux d’éventuelles réformes. Sa proximité supposée avec Ali Bongo devrait pouvoir le rassurer.

Ministre de l’Economie et des Finances : Fidèle Ntissi

Ancien directeur général du Budget, ancien trésorier-payeur général, il connait parfaitement le circuit de la dépense. Réputé procédurier et attaché à la règle de droit, sa rigueur pourrait être un atout dans la tenue des comptes publics. Respecté des agents, il saura établir un climat de confiance en cette période d’austérité.

Ministre des Transports et du Tourisme : Alain-Claude Billie-By-Nzé

Ancien conseiller du ministre des Transports, ancien ministre délégué aux Transports, il n’aura pas de mal à cerner les problèmes. Esprit ouvert quoique parfois passionné, il saura établir des passerelles avec les autres ministères impliqués dans le développement du tourisme, notamment ceux en charge de l’environnement et de la Culture.

Ministre de la Défense nationale : Flavien Nzengui Nzoundou

Général à la retraire, ancien ministre. C’est un homme consensuel, respecté par la troupe et qui jouit d’une certaine sympathie au sein de l’opinion publique. Il peut aider à améliorer l’image de la grande muette et même la perception qu’en a l’opinion, qui la dépeint trop comme inféodée au régime voire au Parti démocratique gabonais (PDG).

Ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique : Guy Rossatanga Rignault

Ancien secrétaire général de l’UOB, il y a mené un travail de fond. Universitaire, essayiste prolifique, il connait parfaitement les problèmes qui se posent à l’école gabonaise. Même si certains de ses collègues ont parfois contesté son grade, ses publications plaident en sa faveur. Il peut tout autant mettre la recherche au service des préoccupations nationales, que donner un second souffle à l’enseignement initial dont il est aussi un praticien. Pour cela, son goût du débat contradictoire et sa vivacité d’esprit seront précieux, notamment dans les négociations avec les syndicats.

Ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration : Jean-Robert Goulongana

Diplomate chevronné, ancien ministre, ancien secrétaire général du groupe ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique), c’est un fin connaisseur des procédures de l’Union européenne. Il peut être utile pour améliorer les relations entre le Gabon et l’UE. Surtout il saura comment inscrire la diplomatie gabonaise dans le respect de l’Accord de Cotonou tout en s’assurant du soutien des pays ACP.

Ministre de la Santé publique, du Travail et de la Protection sociale, chargé de la Formation professionnelle : Madeleine Berre

Ancienne présidente du patronat, elle  a une idée précise des relations entre patrons et employés. De par sa formation de juriste civiliste et son passé dans un cabinet d’audit, elle a également une vue panoramique des questions liées à la redistribution de la richesse.

Ministre de la Justice : Beaudelaire Ndong Ella

Ancien président du conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations-Unies (Onu), il peut être d’un apport dans la gestion des relations avec l’ensemble des organisations en charge des droits humains, y compris la CPI. Surtout, au vu des accusations qui pèsent sur le pays.

Ministre de l’Intérieur : Bertrand Homa Moussavou

Avocat accrédité à la Cour pénale internationale, président de la commission nationale des droits de l’homme, il a contribué à l’examen périodique universelle (EPU), il saura tisser des liens avec la société civile, y compris internationaux, et faire évoluer l’image du ministère de l’Intérieur en le présentant d’abord comme le ministère des libertés publiques et non pas celui de la fraude électorale. Dans le cadre des procédures intentées auprès de la CPI, il pourra aussi apporter beaucoup.

Ministre du Développement, des Investissements et de la Coopération internationale : Jean-Marie Maguena

Diplomate chevronné, ancien vice-président de la commission de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac), il a une parfaite connaissance de l’environnement sous-régional. Des institutions telles que la Banque de développement des Etats d’Afrique centrale (BDEAC) ou la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC) n’ont pas vraiment de secrets pour lui. Il devrait donc être utile dans l’utilisation des mécanismes de levée de fonds. Il peut aussi être essentiel dans le processus de transposition en droit national de l’ensemble des directives communautaires.

Ministre des Forêts, de l’Environnement et des Parcs nationaux : René Hilaire Adiahéno

Ancien secrétaire général du ministère des Finances, il est réputé rigoureux, bosseur et méthodique. Père de l’Agence nationale des parcs nationaux, il a une bonne connaissance des problématiques de gestion de la biodiversité et plus largement des questions écologiques. Il peut aider à insérer tout cela dans une dynamique économique.

Ministre du Commerce, de l’Industrie et des PME, chargé de l’Artisanat : Patrick Eyogo Edzang

Commissaire aux comptes, il connait bien le monde de l’entreprise. Il peut donc facilement poser le diagnostic et aider à trouver des solutions.

Ministre de la Culture et de la Francophonie : Noël Nelson Messone

Ancien représentant de l’Organisation internationale de la francophonie en Afrique de l’ouest, ancien conseiller du secrétaire général de l’OIF, il maîtrise les questions liées à la défense de la langue française et l’ensemble des questions culturelles dans lesquelles cet organisme excelle. Il peut aussi aider à tirer un meilleur parti des relations avec l’Unesco.

Ministre de la Communication, de la Poste et de l’Economie numérique : Paulette Oyane Ondo

Avocate, militante des droits de l’homme, elle aiderait à changer l’image de ce ministère. Avec elle, le ministère de la Communication peut évoluer du statut de ministère de l’information ou de la propagande à celui de ministère en charge de la promotion et la protection des droits civils tels que le droit au respect de la vie privée, le droit à l’image, le droit à la liberté de pensée et le droit à la liberté d’expression.

Ministre de la Jeunesse et des Sports : Léon Folquet

Ancien journaliste sportif de talent, le président du Comité olympique est très introduit dans le milieu du sport, aux plans national et international. Son entregent serait un atout.

Ministre de la Famille, de la Femme et de l’Enfance : Marie-Françoise Dikoumba

Ancienne ministre, cette jeune dame a fait montre d’un certain dynamisme dans le passé, notamment en s’engageant pour les mal voyants. Son retour au gouvernement peut avoir du sens. Surtout pour conduire la décennie de la femme.