Pour le sénateur de Nkembo, toute participation de l’opposition aux législatives d’avril prochain serait une façon de se détourner des attentes du peuple. Cette lecture semble caricaturale, voire dévalorisante. Surtout de la part d’un ancien Premier ministre.

Pour Jean Eyéghé Ndong, la participation de l’opposition aux prochaines législatives serait une façon de se détourner des attentes des populations. © facebook.com/rudy essingang fam

 

«Par respect pour la mémoire des victimes du 31 août 2016», «Pour exiger le respect de la vérité des urnes», «Pour ne pas légitimer l’actuel pouvoir», répètent inlassablement les tenants d’une non-participation de l’opposition aux prochaines législatives (lire «Neuf partis de la CNR non partants»). Vont-ils au fond de leur pensée ? Sont-ils sincères en le disant ? Durant la dernière présidentielle, Jean Ping bénéficia du soutien de forces diverses et multiples. A priori, l’humilité aurait commandé aux uns et aux autres de ne pas s’arroger l’exclusivité de sa victoire supposée.

Pourtant, certains s’y risquent désormais, comme pour se donner de la contenance. Récemment encore, Jean Eyéghé Ndong s’est livré à cet exercice (lire «Non à la dislocation de la CNR»). Tentant de corréler la valeur de sa thèse à son parcours personnel, il a usé d’une technique bien connue en rhétorique : l’argument d’autorité. En clair, l’opinion doit souscrire à son analyse non pas pour sa pertinence mais simplement en raison de son soutien matinal au leader de la Coalition pour la nouvelle République (CNR). S’affirmant «soutien de la première heure de Jean Ping», son propos va forcément dans le sens des intérêts de l’opposition ! Il voudrait plomber le débat par des raccourcis intellectuels, il ne s’y prendrait pas autrement…

Recommandations du DNPA

Pour le sénateur de Nkembo, les législatives d’avril prochain seront l’occasion  de se «(mettre) avec ce peuple qui rêve d’un destin meilleur». A ses yeux,  la participation de l’opposition serait une façon de se détourner des attentes des populations. Les députés ayant le pouvoir de proposer des lois, rejeter des ordonnances, ordonner des commissions d’enquête, initier des motions de censure ou introduire des amendements au budget, cette lecture semble caricaturale, voire dévalorisante. Surtout de la part d’un ancien Premier ministre. L’impact de la dernière modification constitutionnelle ? Les députés disposent encore du pouvoir de réviser une Constitution. L’absence de garanties sur le respect du verdict des urnes ? Si rien ne sera donné, tout s’obtient par la lutte, l’organisation et la méthode. L’éventualité d’une chambre acquise au pouvoir en place ? La qualité peut, dans bien des cas, contrebalancer la quantité : tout dépendra de la conviction et de la détermination des futurs élus de l’opposition.

Lors du Dialogue national pour l’alternance (DNPA), organisé à l’initiative de Jean Ping, les commissions 1 et 2 avaient, respectivement, planché sur «la revendication et la réaffirmation de la victoire» et, «la crise post-électorale». Entre autres, elles avaient recommandé la lumière sur l’ensemble de la présidentielle d’août 2016, des «sanctions ciblées» contre les auteurs d’exactions, l’application des recommandations de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE-UE), l’érection d’un monument en mémoire aux victimes et, la clarification des missions des forces de défense. Au-delà de leur nombre, des députés déterminés peuvent-ils aider à satisfaire ces requêtes ou tout au moins à en faire des préoccupations nationales ? La réponse tombe sous le sens. Ancien chef du gouvernement, ancien député et actuel sénateur, Jean Eyéghé Ndong devrait en avoir conscience. Pourquoi essaie-t-il alors de l’occulter ? A quelles fins tente-t-il de jouer le peuple contre les «élites» ?

Agendas personnels 

La participation de l’opposition aux législatives ne sera jamais synonyme d’abandon des populations à leurs problèmes. Au contraire, elle procédera toujours d’une volonté de conquérir des espaces de liberté et d’expression. Définitivement, elle demeurera une voie d’acquisition des outils  institutionnels pour porter les revendications de la base. En un mot comme en mille, une fois au Parlement, les personnalités se réclamant de la CNR auront encore la liberté d’inscrire leur action dans le combat pour davantage de démocratie et d’Etat de droit. Toute autre lecture est populiste.

En réalité, les adversaires de la participation aux législatives déroulent des agendas personnels : au terme de ces élections, de nouvelles légitimités et un autre rapport de forces apparaitront. Fort du vote du 27 août 2016, Jean Ping aura toujours l’autorité nécessaire pour s’imposer au sein de la CNR. En sera-t-il de même pour ses «soutiens de la première heure» ? Tel est le fond du débat. Déjà, une évidence saute aux yeux : parmi les signataires de la déclaration du 15 du mois en cours, seuls l’Alliance démocratique et républicaine (Adere), le Congrès pour la démocratie et la justice et, le Parti gabonais du progrès (PGP) peuvent glaner des sièges de député. On a beau chercher, on peine à voir où les autres pourront l’emporter. Sous une rhétorique guerrière et démagogique, cette réalité a été occultée. En venant au secours de politiques bravaches, Jean Eyéghé Ndong a privilégié le positionnement de ses proches. En se faisant le relais de personnalités évoluant dans l’entre-soi, il a d’abord cherché à garantir sa place aux côtés de Jean Ping. Est-ce le sens l’engagement politique ? Ici aussi la réponse tombe sous le sens…