Suite au désaccord entre l’organisation nationale des employés du pétrole et la société ESS Gabon, lors des négociations des 8 et 9 février dernier, le ministre du pétrole a encouragé les délégués du personnel à se désolidariser de leur syndicat. 

Le siège de l’Onep à Port-Gentil. © afriquemidi.com

 

Dans un communiqué publié le 11 février 2018, l’Onep dénonce l’ingérence de Pascal Houangni Ambouroue dans le règlement de la crise qui prévaut actuellement au sein de la filiale de Compass, géant mondial du catering. Cette ingérence n’aurait pas gêné le syndicat du secteur pétrolier si elle n’avait pour objectif de semer la division dans ses rangs. En effet, les 8 et 9 février derniers, suite au préavis de grève déposé par l’Onep sur la table d’ESS Gabon, l’inspecteur départemental de Ndougou a invité les parties à la table de négociation. Les choses semblaient pourtant bien parties avec des concessions enregistrées de part et d’autre. Le syndicat qui exigeait au départ 16 mois de salaire a revu à la baisse sa prétention en réclamant 9 mois, au titre de l’indemnité de bonne séparation. ESS quant à elle est partie de 3 à 6 mois pour toutes les catégories socioprofessionnelles.

Toutefois, sur cette proposition de l’entreprise, le syndicat a exigé 7 mois pour le personnel d’encadrement, 9 mois pour les agents de maîtrise et le personnel d’exécution. Cette concession a été rejetée par les représentants d’ESS Gabon. D’où le désaccord constaté au sortir de la négociation le 9 février 2018.

Alors que les membres du bureau national de l’Onep rendaient compte des négociations aux travailleurs, à la faveur d’une assemblée générale organisée à Gamba, le 10 février, ils ont été surpris d’apprendre que les délégués du personnel venaient de rallier Port-Gentil par vol spécial d’Afrijet, affrété par la société Assala Gabon sur ordre du ministre Houangni Ambouroue.

Pour le syndicat, le ministre du pétrole a éloigné les délégués du personnel et les représentants d’ESS pour tenir l’Onep à l’écart des négociations. Cette méthode permettrait, selon le syndicat, de corrompre les délégués à qui on pourrait imposer une résolution de la crise qui ne tiendrait pas compte des droits et intérêts des travailleurs.

Cette démarche, à en croire l’Onep, est une volonté manifeste de liquider le syndicat du secteur pétrolier. «Notre ministre du pétrole et des hydrocarbures devient un spécialiste du détournement et de la division des adhérents de l’Onep, accompagnant le bureau national dans les négociations collectives entre notre organisation syndicale et les employeurs du secteur pétrolier» accuse le syndicat qui cite en exemple, outre le cas ESS, ceux de Maurel & Prom et de la SGEPP.

L’Onep peut cependant se féliciter d’avoir toujours la confiance des travailleurs d’ESS Gabon qui, lors de l’assemblée générale du 10 février ont initié une pétition pour désavouer leurs délégués et réaffirmer au syndicat leur mandat.

Fort de cette légitimité, le bureau national a initié des procédures disciplinaires, « pouvant aller jusqu’à l’exclusion définitive de l’organisation », à l’encontre des six délégués partis négocier à Port-Gentil à l’initiative du ministre du pétrole. Par ailleurs, une correspondance a été adressée à la direction générale d’ESS le 12 février pour obtenir leur révocation.

La société de catering doit cesser ses activités le 31 mai prochain, date d’expiration de son contrat avec l’opérateur pétrolier Assala Energy. L’Onep exige de cette dernière le versement d’une indemnité conséquente de bonne séparation pour les 392 salariés qui risquent de se retrouver brutalement en situation de précarité.