La 11e édition des Escales documentaires de Libreville a réservé une part belle à la femme africaine, avec quatre films aussi émouvants qu’éclectiques.

©.D.R

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L’arbre sans fruit

La réalisatrice Aicha Macky est une féministe de première heure. Victime des frustrations parce qu’elle ne peut pas donner un enfant à son époux, elle en fait un film pour parler de la condition de la femme au Niger.

Il est question dans ce documentaire intitulé L’arbre sans fruit, de démontrer le chaos dans lequel les femmes Nigériennes vivent. Plombées par une tradition qui porte tout le tort sur la femme : port du foulard, la manière de le noué, respect d’une tradition moulée dans une religion musulmane très intégriste. Ajouté à cela la fidélité au mari et à la famille ; même après décès du conjoint ; la femme ne représente rien pour cette société extrêmement phallocratique. Surtout celle frappée par le drame de l’infertilité.

Ce documentaire très captivant de 52 minutes, ne demande qu’à être suivi. Il contribuerait à être inscrit dans l’ordre de l’éducation de la femme quelle que soit sa situation.

Madleine WORA

Abeti Masikini : Le combat d’une femme

Abeti Masikini, la belle et éclectique diva de la musique zaïroise et africaine n’a pas eu beaucoup de temps pour vivre. Juste 40 ans pour déployer son génie et inonder de ses airs, le monde de la musique africaine et mondiale. La jeune réalisatrice Congolaise, Laure Kituka, l’a palpée et en fait un film hommage à son inoubliable talent. Elle en sort avec Abeti Masikini, combat de femme, une belle production de 48 minutes qui brosse un portrait d’une artiste talentueuse.

Femme de tempérament, une étoile fulgurante, qui à son époque a changé le visage de la musique de son pays jusqu’à nos jours. Elle a innové en introduisant dans son corpus musical des rythmes et sonorités venus d’ailleurs, pour mieux épouser son art et se révéler au monde dans une approche universelle. Son histoire est tricotée avec les fines fleurs de sa gloire et les ronces de de la vie. Elle fut une diva africaine, très axée sur le féminisme. Ce documentaire est une ouverture musicale, qui donne à être regardé pour une meilleure édification de la culture musicale en Afrique et particulièrement en RDC.

Chrismel Mabiala

Le dernier conseil

A la recherche d’une certaine intimité de soi, ou du moi profond, l’homme s’adonne à certains rites initiatiques. Il y plonge pour mieux soit, pour scruter le monde extérieur soit, pour d’autres raisons inavouées.

Jean-Claude Cheyssial suit une rencontre de 13 grands-mères venues des quatre coins du monde. Elles veulent discuter des questions communes liées à la condition de l’humanité, au déséquilibre naturel des sociétés aujourd’hui en perte de repères. Le dernier conseil est un film plein de symboles. Il nous emporte dans l’univers des savoirs et de la spiritualité de ces femmes de troisième âge, toutes initiées à la pharmacopée traditionnelle et aux savoirs et pouvoirs surnaturels.

Cette rencontre se fait dans le petit village d’Ayenano au Nord de Libreville au Gabon. Ces treize matriarches communient sur leurs forces. Au centre, le réalisateur focalise son attention sur un personnage central Bernadette Robiénot, le guide et autour duquel s’organise le partage des savoirs sacrés.

Ce film est une splendide prouesse technique avec des propositions esthétiques très émouvantes. Les couleurs, le graphisme visuel qui s’échappent font de ce film un charme. On a des travellings sur la forêt équatoriale luxuriante, un petit côté anthropologique sur le rite de l’Iboga au Gabon.

Le réalisateur se laisse prendre au rythme et aux propos de son personnage central qui emporte notre adhésion à son savoir, fut-il «impénétrable». Ce beau documentaire ouvre de manière subtile le débat sur l’écologie et la préservation de la nature. Obnubilé par les couleurs du film le téléspectateur se sent comme emporté dans l’univers du sacré ou le langage reste codé.

Fernande Zang Mve