L’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique au Gabon, Eric D. Benjaminson, est interviewé par l’hebdomadaire La Loupe dans sa parution du 2 avril 2013. Le plénipotentiaire de Washington revient principalement sur le voyage annulé de Me Paulette Oyane Ondo aux USA et sur la contestation de cette annulation par la société civile gabonaise.

Eric D. Benjaminson, Ambassadeur des États-Unis au Gabon depuis 2010.  ©D.R.

Eric D. Benjaminson, Ambassadeur des États-Unis au Gabon depuis 2010. ©D.R.

Sur un ton à la fois sérieux, badin et humecté d’ironie, l’interview de l’ambassadeur américain à Libreville au journal La Loupe s’articule autour de questions dont les réponses ne peuvent passer inaperçues. Il y est surtout question de la liberté et des droits des citoyens tels que vécu dans les USA.

Ainsi, dans le texte introductif de l’entretien, l’interviewer, se prenant à «rêver», se demande : «pourrais-je un jour avoir la même importance dans mon pays qu’un citoyen Américain ?» […] «Aurais-je la possibilité de réclamer de meilleures conditions de vie qui me reviennent de droit sans subir les fourches caudines de l’entourage violent et bourré d’extrémistes de mon président de la République ?», «Puis-je me penser être humain face à un pouvoir inhumain me chosifie ?». Et de réaliser qu’il ne se trouve pas aux USA mais au Gabon, dans le bunker grandissime servant de siège à la représentation américaine à Libreville.

Abordant l’interview proprement dit, la première question porte sur l’état des relations entre le Gabon et les USA. Comme de tradition, le langage diplomatique indique toujours que tout va pour le mieux. Une entrée en matière qui débouche ensuite sur le voyage annulé de Me Paulette Oyane aux USA. Et M. Benjaminson d’expliquer : «C’est Mme Jennifer Bah et moi qui avions décidé tout d’un coup, de nominer Mme Paulette Oyane Ondo pour aller aux USA» […] à la base, le voyage était d’aller participer à une formation qui devait compter 35 ou 37 femmes africaines de tous les pays de l’Afrique francophone pour être formées dans le cadre du rôle des femmes professionnelles dans la vie politique et celle des affaires […] Nous avons nominé Mme Oyane et nous avions même discuté plusieurs fois avec elle dans le cadre de ce programme».

L’ambassadeur relève que trois ou quatre semaines avant son départ annoncé, Paulette Oyane Ondo a donné une interview à La Lettre du Continent, à Paris, à travers laquelle elle a mentionné trois choses concernant ce programme qui n’étaient pas justes.

«Premièrement, elle a souligné qu’elle était invité pour recevoir un prix de la part du Département d’Etat aux USA. Malheureusement, c’est ce qui n’est pas vrai (…) Deuxièmement, elle disait qu’elle a été choisie dans le cadre de sa position dans l’opposition gabonaise. Or, cette affirmation était toujours fausse […] Troisièmement, le problème le plus grave est qu’elle a dit que la décision du gouvernement américain de l’envoyer aux USA était prise dans le cadre d’une contre-attaque de Washington contre le gouvernement du président Ali Bongo», a expliqué le diplomatique avant d’ajouter : «Si je voulais critiquer le gouvernement gabonais, je le ferai plusieurs fois. Je n’ai pas besoin d’un message écrit du livre de Mme Oyane».

De plus Eric D. Benjaminson rappelle que l’intervention de Washington n’était pas nécessaire pour qu’il puisse annuler le programme, il l’aurait fait de son propre chef. Toute chose qui l’a amené à expliquer que les personnes choisies dans le cadre de ce programme ne sont pas forcément connues des autorités gabonaises. Et de prendre des exemples des membres de l’opposition ou du gouvernement et de la société civile pour étayer son propos. Mme Paulette Oyane Ondo a «politisé la situation» et c’est «dans ce contexte qu’elle a été remplacée par quelqu’un d’autre», a spécifié le diplomate.

Amené à aborder la lettre que lui avait adressé la société civile gabonaise, publiée le 11 mars 2013 par l’hebdomadaire Echos du Nord, Eric D. Benjaminson, un peu moqueur, répond : «tout d’abord, j’étais très content car dans un certain sens mon boulot est d’accélérer et d’encourager le débat politique entre les Gabonais (…) Pour le contenu de la lettre, c’était une longue lettre bien écrite. C’était un peu bizarre quant à moi, parce qu’elle a écrit cette lettre pour me critiquer, ensuite, elle m’a demandé de l’envoyer à les patrons à Washington(…) C’était un peu amusant !».

Pour rappel, après l’annulation du déplacement de Me Paulette Oyane Ondo aux Etats-Unis dans le cadre de ce fameux programme «Femmes leaders politiques» du département d’Etat, une lettre musclée, signée d’un collectif de responsables associatifs gabonais, avait été adressée au plénipotentiaire américain à Libreville, à travers laquelle les signataires déploraient la tendance «favorable au pouvoir» du diplomate depuis son accréditation, le tenant comme l’unique responsable de l’annulation de ce voyage. La lettre dénonçait, par ailleurs, l’attitude d’Eric D. Benjaminson qui aurait suggéré à l’opposition «d’arrêter de penser et de cesser de perturber la vie d’Ali Bongo», selon les mots du collectif signataire qui indiquaient que le président gabonais, «mène une vie somptuaire au grand dam de notre peuple».

Plus fort, la lettre indiquait au diplomate que «Vous brouillez volontairement, Monsieur l’ambassadeur, l’image et le discours de l’Amérique au Gabon. Par conséquent, nous demandons au Président Obama de décréter votre remplacement. Et souhaitons à la suite de votre départ un ambassadeur qui ne rapetissera pas son pays, qui n’oubliera pas la mission de l’Amérique dans le Monde ainsi que le rêve qu’elle suscite dans nos contrées y compris les plus reculées. Nous imaginons évidemment le sarcasme que cette prétention va susciter chez vous. Mais laissez-nous vous dire que chaque semaine, nous ferons parvenir une lettre à la Maison blanche et au Département d’Etat à ce sujet jusqu’à ce que vous soyez relevés définitivement de vos fonctions au Gabon.» Depuis lors, aucune lettre adressée au Département d’Etat américain n’a été enregistrée. Ce qui explique sans doute l’ironie, ci-dessus, d’Eric D. Benjaminson.