Suite de l’entretien publié hier sous le titre «Eramet – Comilog : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir… avec Christel Bories». La patronne d’Eramet et le patron de Comilog ont été amenés à s’épancher les investissements du groupe au Gabon : 300 milliards pour la mine de Mouanda et 200 milliards pour la rénovation de l’infrastructure ferroviaire, sous concession de Setrag. La sécurisation du pool passagers, les soupçons sur les quantités de manganèse déclarées, le projet en sommeil de Maboumine, la distribution des dividendes, la réhabilitation de la rivière Moulili… n’ont pas manqué d’être abordés.

Soupçonnée de tricher sur la production réelle de manganèse, la Comilog s’en défend et explique le processus de quantification à l’export. Ici, l’embarquement du minerai au port d’Owendo. © eramet-comilog.com

 

Question : Vous annoncez près de 300 milliards de francs CFA d’investissements dédiés à la mine. Aucune partie de cet argent n’ira à l’une de vos filiales, très malade en ce moment, Setrag ?

Christel Bories, PDG d’Eramet, le 20 avril 2018, à Libreville.© Gabonreview

Christel Bories : Nous avons un projet de rénovation de la ligne de chemin de fer, initié il y a 18 mois. Le projet a commencé en 2017 et 200 milliards de francs CFA sont investis sur 8 ans pour rénover l’infrastructure de la voie, mais aussi le moderniser avec notamment du numérique pour avoir une voie totalement connectée et une gestion électronique du trafic. Donc, il s’agit de la modernisation totale de la voie. Les 200 milliards de francs CFA vont être financés au 2/3 par la Setrag et à 1/3 par l’État gabonais, parce qu’il y a toute la partie ballast qui doit être faite.

Hervé Montégu, A-DG de la Comilog : Ces investissements prennent en compte l’intensité du trafic, la vétusté de la voie, vu que les traverses vieillissent, les ballasts doivent être refaites et, au bout d’un moment, il faut faire des travaux de renforcement de la voie. Tout ce qui relève de la voie, le ballast, les traverses, les rails, sont sur la responsabilité de Setrag filiale à 100% de Comilog. Donc, nous avons le Programme de remise à niveau (PRN) qui représente au total l’infrastructure, voie, ouvrage d’art, 200 milliards de francs CFA. Cette somme s’ajoute aux 300 milliards de francs qui seront investis à Comilog dans la carrière, soit un total de 500 milliards de francs CFA.

Vous savez une voie de chemin de fer, ça vieillit. Le Transgabonais, il a aussi 40 et 50 ans à certains endroits. Donc, il faut le refaire et ce travail est simple dans certaines parties de la voie, et compliqué dans d’autres. Il est plus compliqué là où il y a plus de trains et là où on a la plus grande densité de trafic : entre Booué et Owendo ; de Booué à Moanda, il y a moins de trafic. Or Booué-Owendo est la zone la plus difficile, car, il y a beaucoup de marécages dans cette zone-là et une très grande humidité du sol, ce qui fait que la voie se dégrade plus rapidement et c’est normal. Donc il y a tout un travail sur les zones instables, sur la voie et tout cela prendra du temps et permettra une remise à niveau de la voie ferrée qui pourra supporter des hausses de trafic bien au-delà même de ce que nous pourrions envisager de faire en terme de trafic minéralier. Il s’agit d’une très grande sécurisation de la voie. Il y a également l’aspect numérisation consistant à faire passer un câble par la Setrag pour le pilotage de trafic, la numérisation. Ce qui qui permettra à la fois la régularité du trafic et une sécurité du trafic. Et les outils modernes permettent de faire un progrès très important et il faut s’en saisir.

Où en êtes-vous avec le projet de sécurisation de pool passager ?

Hervé Montégu : Cela fait partie du plan de rénovation de la voie bien évidemment. Mais je ne suis pas à mesure de vous répondre de manière précise sur ce point-là. C’est le directeur général de Setrag qui peut vous répondre.

La société Nouvel Gabon Mining ambitionne de porter très rapidement sa production à 2 millions de tonnes. Comment comptez-vous gérer ce trafic sur une voie unique, dans un contexte concurrentiel ?

Hervé Montégu : Il n’y a pas de concurrence sur la voie parce qu’elle est sur-capacitaire. Aujourd’hui, dans les conditions actuelles, nous pouvons faire passer plus de trains qu’ils n’en passe. Ce, dès aujourd’hui, dans les conditions actuelles. En théorie, nous pourrions mettre beaucoup plus de trains. Donc il n’y a pas de danger concurrentiel pour Comilog. Je dirai même plus qu’il n’y a pas de danger pour Comilog, du fait que Nouvel Gabon mining existe. C’est très important pour un pays qui se veut être un pays minier comme le Gabon d’avoir plusieurs opérateurs miniers. C’est très bien parce que ça permet d’avoir plus de débouchés pour les étudiants formés dans ces métiers-là. Ça permet de générer de l’emploi, de générer du savoir sur place et de générer de l’appel d’air en terme d’activité et c’est une très bonne chose. D’autant plus qu’il n’y a pas de concurrence sur la voie pour les trafics de NGM et nos trafics. Il y a toute place qu’on souhaite. Et nous ne voyons pas NGM comme un danger, mais au contraire comme un confrère avec qui nous pouvons faire des choses ensemble, avec qui nous pouvons avancer ensemble et faire progresser le secteur minier au Gabon.

Votre investissement de 300 milliards de francs CFA, n’est-ce pas en réaction à la concurrence ?

Hervé Montégu, A-DG de la Comilog. © Gabonreview

Hervé Montégu : En fait ce n’est pas ça. Comilog est une mine qui a un certain nombre de qualités. Le minerai de Comilog est un bon minerai. Mais les bons minerais malgré tout ne peuvent pas fonctionner seuls. Quand quelqu’un qui les utilise pour faire des alliages compliqués, il aura besoin de deux ou trois qualités de minerai à mélanger, mais il y aura toujours besoin d’un peu de minerai du type de celui Comilog. Premièrement, le minerai de Comilog est un produit qui a un marché, qui existe, qui est ouvert et qui est en croissance. C’est le marché de l’acier.

Deuxièmement, notre gisement est un bon gisement qui est exploitable dans des conditions opérationnelles très satisfaisantes. Nous avons un avantage concurrentiel assez fort vis-à-vis de nos concurrents. Nous avons également des désavantages concurrentiels, qui sont tout simplement que nous soyons loin de la mer.

Si on veut rester le numéro 1, 2 ou 3 mondial, il faut être un acteur majeur incontournable en terme de volume produit. On sait que le marché est en croissance, on a la capacité d’augmenter la production, on a la capacité de financer cette expansion de la production et c’est l’intérêt des actionnaires de Comilog, Eramet et le gouvernement gabonais, des partenaires de Comilog, de ses sous-traitants, ses clients, les parties prenantes de Comilog, les salariés, les populations qui sont autour de nous, d’augmenter la production de Comilog pour simplement garantir la pérennité. Donc ce n’est pas la pression de la concurrence, c’est simplement un raisonnement de création de valeur pour tout le monde.

Il se murmure que Comilog ne déclare pas les quantités produites. Qu’en dites-vous?

Hervé Montégu : Il y a un truc qui est très simple : notre minerai monte dans des bateaux. Ces bateaux qui ont des tirants d’eau, des volumétries, ils ont un capitaine et un armateur qui pèsent tout. Et ce n’est pas nous qui disons combien on met dans le bateau, ce sont eux. Donc on remplit des bateaux, 2 par semaines, 6 à 7 par mois qui font en gros 50 mille tonnes. Vous faites la multiplication, vous aviez le volume par an. Et c’est contrôlé par l’armateur, la douane, par l’administration des mines, et on déclare, on est contrôlé et nos livres sont ouverts.

Christel Bories.© Gabonreview

Qu’en est-il du projet du gisement de Maboumine ?

Christel Bories : Concernant Maboumine, nous sommes à la recherche d’un partenaire. Il y a des discussions en cours pour trouver un partenaire. Le projet initial qui est un projet au tour des terres rares tient compte du faible prix des terres rares aujourd’hui. Le projet qui était envisagé au départ, n’est pas un projet économique viable. Les terres rares dont le prix était en hausse dans la fin des années 2000, ont connu une baisse importante sur le marché. En revanche, il y a éventuellement un autre projet avec les phosphates et le niobium qui pourraient être viable et nous sommes à la recherche et en discussion actuellement avec des partenaires potentiels qui pourraient reprendre en partie et développer le gisement de Maboumine. Ce n’est pas forcément la fin de l’histoire.

Pourquoi trois années durant, Comilog n’a-t-elle pas redistribué les dividendes à ses actionnaires ?

Christel Bories : On distribue les dividendes quand on gagne de l’argent. Le problème est que le prix du manganèse a été très bas durant les années 2014, 2015, 2016. La société a perdu de l’argent deux années de suite avec des résultats négatifs. Donc la société n’a pas versé de dividende. En 2017, les coûts du manganèse se sont redressés significativement, en plus nous avons fait une bonne production, donc nous avons généré des bénéfices significatifs chez Comilog. Lundi prochain, nous avons le conseil des comptes où nous allons proposer la distribution d’un dividende significatif des résultats 2017. Il y aura une reprise de dividende cette année.

Votre groupe est accusé d’être un riche mal chaussé. La ville de Moanda où vous tirez l’une de vos richesses, est en très piteux état. De plus, vous n’avez pas un siège social au Gabon digne de la grandeur de la compagnie. Qu’en dites-vous ?

Christel Bories :Honnêtement, aujourd’hui, je préfère redistribuer auprès des populations et faire plus encore par rapport à ce que nous faisons. Nous faisons beaucoup pour la santé avec l’hôpital, l’éducation avec les écoles. Nous avons participé à la construction des routes, nous pouvons et nous devons faire encore plus dans le futur avec les voiries, l’assainissement. Je préfère mettre aujourd’hui de l’argent et des moyens dans ces domaines-là, plutôt que de construire un siège social qui sera quelque chose de prestigieux, mais qui ne servira pas beaucoup aux populations de Moanda.

Qu’en est-il du projet de réhabilitation de la rivière de Moulili,

Hervé Montégu : Une fois, vous serez à Moanda, vous verrez en descendant la rivière Moulili : quand on passe sur la route de la Gare ? qui a été construite par Comilog, on voit qu’il coule une rivière. ce qui n’était pas le cas quelques années auparavant. Pourquoi ? Parce que nous avons la réhabilitation en amont, qui a débuté depuis 2010, nous avons extrait à peu près 1,5 million de tonnes de sable par an et nous allons continuer encore pendant environ une dizaine d’années.

Depuis la fin de l’année dernière, nous avons débuté la réhabilitation de la partie aval, c’est-à-dire celle qui va du pont jusqu’à l’Ogooué et nous avons investi dans une pelle marine, un très bel qui travaille et extrait du sable pour rétablir le courant naturel de la Bouenguidi comme cela avait été prévu dans le séminaire tenu entre 2012 et 2013. Le projet n’est pas arrêté, il continuera et ira jusqu’au bout, comme nous y sommes engagés.