De passage à Libreville, à la faveur de la remise des diplômes à la première promotion de l’École des mines et de la métallurgie de Moanda (E3MG), Christel Bories, PDG d’Eramet, s’est entretenue avec un quarteron de journalistes, en présence d’Hervé Montégu, A-DG de la Comilog, filiale du groupe Eramet. Tout ou presque a été abordé : le climat entre Eramet et l’État Gabonais, les soupçons divers, les parts du Gabon dans la Comilog, la plausibilité d’une prise de participations chez Eramet, la production, les investissements, l’avenir, etc. Première partie d’un entretien à suivre.    

Christel Bories, PDG d’Eramet, le 20 avril 2018, à Libreville.© Gabonreview

 

Question : Qu’est-ce qui justifie votre présence au Gabon?

Christel Bories : Je suis venu à Moanda, il y a une quinzaine de jours pour voir les équipes et les opérations. Mais comme le président de la République me fait l’honneur de venir parrainer la première promotion de l’École des mines et que nous avons fortement contribué à ce projet d’école, je suis venue participer à cette cérémonie de remise de diplômes à cette première promotion qui nous fait plaisir.

N’est-ce pas également l’opportunité ou une manière de poursuivre les discussion autour d’un dossier ouvert récemment, dont Gabonreview, a parlé, à savoir que le directeur de cabinet du président de la République est rentré en négociation avec vous ?

Christel Bories : Le directeur de cabinet du président de la République n’est pas rentré en négociation avec nous. Il n’y a pas de négociation en cours sur quoi que ce soit. On a un partenariat depuis longtemps avec l’État gabonais qui est actionnaire de la Comilog et qui est évidemment très actif au conseil d’administration du groupe et toutes les décisions de la Comilog se prennent en accord avec tous les administrateurs représentés au conseil. Le dialogue, il est permanent. Il y a eu comme, il y en a souvent ces derniers temps, des contacts avec l’État gabonais. Donc, nous avions répondu aux questions qu’on nous a posées. Il n’y a pas de négociation en cours actuellement avec l’État gabonais.

Un journal connu pour diffuser des informations confidentielles, «La lettre du continent» pour ne pas le citer, a pourtant indiqué, et nous l’avons relayé, que l’État gabonais vous reprochait de n’avoir pas tenu certains engagements pris dans une convention signée avec lui en 2010. Qu’en avez-vous à dire ?

Christel Bories : En fait, la convention dont vous parlez, qui a effectivement été signée en 2010 et qui a expiré en 2015, a permis à l’époque à l’État gabonais d’augmenter sa participation dans Comilog. Ce qu’il a fait puisque l’État est passé de 25 à 29% grâce à cette convention de rachat. La convention est maintenant expirée,  Eramet et l’État gabonais avaient parlé à l’époque de la possibilité de l’État de monter au-delà de ces 29%, potentiellement jusqu’à 35%.  Et si l’État gabonais le souhaitait, ce sont des discussions que nous pourrions rouvrir. Mais, aujourd’hui, la convention dont vous parlez a expiré en 2015.

Il est dit que vous n’aviez pas respecté certaines clauses de cette convention…

Christel Bories : Tout a été respecté dans les clauses de cette convention. Cette convention disait simplement que l’État gabonais avait la possibilité de monter au capital. Ce qu’il a fait dans un premier temps en s’arrêtant à 29%. Il n’est pas allé plus haut et la convention est arrivée à expiration. Elle a été totalement respectée et, encore une fois, nous sommes ouverts si l’État voulait reprendre les discussions, avec la possibilité de permettre à l’État de monter jusqu’à 35% selon les modalités qu’il y avait dans la précédente convention. Mais nous avons totalement respecté la convention signée en 2010.

Mais, il y a eu trop de fausses informations et de rumeurs qui ont confondu Eramet et Comilog. Et il y avait un actionnaire au capital d’Eramet, CTF qui avait une participation ayant été vendue à la fin de l’année 2016 et qui a été reprise par les banques italiennes, qui ont, elles-mêmes, vendu leurs participations courant 2017. Aujourd’hui, dans le capital d’Eramet, il y a la famille Duval, l’État français et tout le reste est en bourse. Il n’y a pas d’autres actions ou participations à vendre.

Le président Ali Bongo, dans une interview, avait souhaité que le Gabon participe au capital d’Eramet. Son argument était que le Gabon ne peut pas avoir la matière première et ne pas être là où elle se traite et se vend…

Christel Bories : Moi, je n’étais pas là à cette période. Il n’y a pas eu de convention qui prévoyait la montée du Gabon au capital d’Eramet. Monsieur Patrick Buffet [précédent président-directeur général d’Eramet – ndlr] en a probablement parlé avec le président Ali Bongo à l’époque. Maintenant, le capital d’Eramet est sur le marché, il est ouvert et si le Gabon veut racheter les actions en bourse d’Eramet, il peut le faire. N’importe qui peut acheter les actions d’Eramet, c’est en bourse.

Qu’est-ce qui justifie donc le climat de malaise, perceptible, entre le Gabon et Comilog ?

Christel Bories : Moi, je ne suis pas sûr qu’il y ait un climat de malaise entre le Gabon et le groupe. Il y a eu dans le temps une coopération qui a très bien fonctionné depuis 1996 entre le Gabon et Comilog. La Comilog s’est beaucoup développée sur ces dernières années. Elle a augmenté sa production pour arriver au niveau où elle est aujourd’hui avec 4 millions de tonnes et une position de leader sur le marché du manganèse. Cela s’est fait en harmonie avec l’État gabonais, qui a 29% de la Comilog, et Eramet. Et nous comptons bien continuer à avoir une collaboration positive puisque nous avons des projets de développement significatifs pour la Comilog. Notamment, l’augmentation de sa production, des investissements extrêmement importants, et pour cela, évidemment, nous avons besoin de continuer à avoir une bonne coopération, un climat serein entre le Gabon et la Comilog, le Gabon et Eramet. Et j’espère que nous continuerons à trouver dans le futur ce climat serein.

Vous saviez dans la presse, on dit beaucoup de choses. Il y a des choses qui sont justes et d’autres qui ne le sont pas. Ces derniers temps, il y a eu beaucoup de choses écrites sur les entreprises. Encore une fois, nous, nous essayons de travailler pour le bien de la Comilog et nous essayons de nous extraire un petit peu de toutes les rumeurs et ce qui peut se dire dans les journaux pour travailler de façon constructive à l’avenir de la Comilog. Et nous n’allons pas sur-réagir aux informations qui sont données dans les journaux et qui pour un grand nombre d’entre elles ne sont pas forcements exacts.

L’on dénonce une faiblesse dans vos investissements, voire une léthargie…

Christel Bories : Vous devriez venir voir ce qui a été fait sur les mines. Vous verrez qu’il y a eu des investissements significatifs qui ont été fait. Il y a eu l’usine du Complexe métallurgique de Mouanda. Ces derniers temps, et entre le CIM et le C2M [Complexe Industriel de Moanda et Complexe Métallurgique de Moanda – ndlr], on a investi beaucoup ces dernières années et nous continuons parce que c’est à l’avantage de tout le monde d’investir. Et nous avons un projet important pour les prochaines années.

Avec Hervé Montégu, Administrateur directeur général de Comilog, filiale du groupe Eramet. © Gabonreview

Hervé Montégu, A-DG de la Comilog : Le C2M est un investissement qui représente 180 milliards de francs CFA. Cela a permis d’être à 430 emplois à Moanda pour des personnes qui habitent la province du Haut-Ogooué et qui pour la plupart n’ont jamais travaillé. Ils ont été formés dans une industrie qui est nouvelle en Afrique subsaharienne, c’est la transformation du minerai en produit de type silicomanganèse ou de type manganèse métal. Ce qui n’existe pas en Afrique subsaharienne à part au Gabon.

Comilog est une société qui investit à peu près tous les ans en moyenne 30 milliards de francs CFA. Elle est passée d’un niveau de production de 3,8 millions de tonnes en moins de dix ans à plus de 4 millions de tonnes aujourd’hui. Ça ne se fait pas sans investissements, sans travail, sans la volonté forte de développer l’entreprise. Nous ne sommes pas endormis.

4 millions de tonnes de manganèse. Est-ce l’objectif à atteindre pour être numéro un mondial ?

Hervé Montégu : Ce n’est pas un objectif à atteindre en soi. C’est un premier pas. C’est une étape que nous cherchons à atteindre depuis plusieurs années et qui est d’ailleurs difficile à atteindre parce qu’il faut que tout marche parfaitement bien, la mine, la carrière, les opérations de transformation, de transport et d’embarquement. Cela demande des efforts et une bonne coordination. Une fois ces conditions réunies, Comilog sort 4 millions de tonnes. Ça fait de nous, je ne sais pas si c’est premier ou deuxième acteur mondial du marché du manganèse. Il faut dire que ça change un peu tous les ans, mais nous sommes très proches de la première ou de la deuxième place. Notre concurrent direct est la mine South32 en Australie, exploitée par Gencor. Ces 4 millions de tonnes ne sont qu’une étape. Nous avons le projet Comilog 2020 qui consiste à arriver au moins 30 à 40% de plus que ce qu’on produit aujourd’hui. Mais ce n’est pas une étape que nous visons à l’horizon 30 ans, c’est une étape à l’horizon 2024-2025. Ça va aller très vite.

(À SUIVRE)