Dans son dernier grand discours à la nation, Omar Bongo avait qualifié de «roitelets» ces personnages qui, du fait de leur enrichissement grossier, se comportent comme si tout leur était permis, méprisant au passage collaborateurs et supérieurs hiérarchiques, roulant carrosse et s’offrant un patrimoine immobilier insolent. Huit années plus tard, ces propos restent d’actualité…

© Skyrock.com

 

Deux faits ont marqué l’actualité ces derniers jours : à l’Office des Ports et Rades du Gabon (Oprag), le président du Conseil d’administration a dénoncé la signature  – par le directeur général de l’entreprise et sans que le conseil d’administration n’en soit informé – de quatre conventions d’un montant de 250 millions de francs CFA en moyenne avec de tierces entreprises ; et le refus du directeur général de la Société nationale immobilière (SNI) de se soumettre à la mesure de suspension de ses fonctions prise en son encontre par son ministre de tutelle. Deux faits, deux situations, qui illustrent le retour des «roitelets» qu’avait dénoncés, en son temps, Omar Bongo.

A l’Oprag, après avoir usé un premier président du Conseil d’administration, en l’occurrence François Omouala, le «maître des lieux» depuis 2009, Rigobert Ikambouayat Ndéka, «ce petit homme nerveux au regard farouche et à la parole virile», est en train d’en user un deuxième : Ambroise Germain Banas. L’ancien élu de Booué, convaincu de la solidité de ses amitiés présidentielles, outrepasse son Conseil d’administration quand il s’agit de prendre des décisions liées à la vie même de l’entreprise. Le PCA a osé critiquer sa gestion, estimant qu’il prend des décisions sans que le Conseil d’administration n’en soit informé. C’est le genre de procédés que Rigobert Ikambouayat ne pardonne pas. Il va peut-être faire partir aussi ce PCA. De même, avec son adjoint, les relations ne sont pas tout à fait au beau fixe : un «conflit» les oppose sur la tenue d’un audit commandité par le directeur général, sans en informer le directeur général adjoint, sur le Fonds d’aide et de garantie depuis quelques années. Le directeur général de l’Oprag est convaincu de détenir le monopole de la rigueur dans la gestion de l’entreprise. Rigobert Ikambouayat Ndéka est, en fait, le prototype même de ce qu’Omar Bongo avait appelé «roitelet». Pourtant, l’entreprise est en difficulté. Elle a dû, en décembre dernier, revoir son budget à une baisse de 11,25% !

Un autre personnage qui ne sait pas rendre des comptes parce qu’imbu certainement de ses liens avec le cabinet présidentiel est Juste Valère Okologo. Directeur général de la Société nationale immobilière (SNI) depuis 2009, après un passage de sept ans à la direction générale du Budget, le «quincaillier» comme l’appellent en secret ses collaborateurs du fait de son amour pour les bijoux extravagants, visibles à ses poignets et sur ses doigts, n’a pas tenu compte récemment de la mesure de suspension prise en son encontre par son autorité de tutelle, le vice-Premier ministre chargé de l’Urbanisme, de l’Habitat social et du Logement. Par ailleurs, selon diverses sources au sein du conseil d’administration, il tient rarement compte des résolutions de cette instance. Cela lui «permet» de négocier, souvent à perte, des accords avec des banques qui peuvent se solder par de grands flops ! Si l’homme s’en défend, il reste que son projet de construire 3801 maisons et appartements, un des grands ratés du septennat dernier, en est une des illustrations. Aucun des 3801 logements n’est achevé, et, pire, certains clients ayant réservé et payé les maisons menacent de mettre en place un collectif et d’ester en justice. Pourtant, Juste Valère Okologo a «fait le tour» et paraît blazé : il peut donc partir et se mettre à d’autres challenges, mais cet Inspecteur général des Finances partira «quand il voudra», affirme l’un de ses proches avant d’ajouter : «ce n’est pas Bruno Ben Moubamba qui le fera partir». Ses rapports avec ses deux adjoints, Yvon Medoua Nzé et Ruffin Ndjambou, sont empreints de courtoisie. Sans plus.

Pour sa part, Liliane Ngari Onanga Y’Obéghé, qui dirige le Conseil gabonais des chargeurs (CGC) depuis six ans, est inaccessible à ses adjoints et à ses collaborateurs. Pendant qu’elle roule carrosse et voyage chaque mois pour des missions plus ou moins… futiles, ses deux adjoints ne disposent pas de moyens roulants ! Belle illustration de ce complexe de supériorité qu’elle a de voir rouler ses principaux collaborateurs dans des véhicules aux moteurs rafistolés…

Symbole de son échec : le siège dont les travaux avaient été lancés sous Alfred Nguia Banda demeurent inachevés. Le CGC continue de travailler dans l’espace qu’a bien voulu mettre à sa disposition, il y a plus de vingt ans, la Caisse de stabilisation et de péréquation (Caistab). Les syndicats n’y existent pratiquement plus, parce que «Madame a menacé de licencier» les syndicalistes. Liliane Ngari ne craint rien ni personne ; elle est en outre très portée sur le tribalisme. Les postes de représentant du CGC à Paris et de directeurs sont en priorité réservés à des proches. Voyages en première classe, missions sans fin à l’étranger, organisation de cérémonies dispendieuses,… tel est le quotidien de cette entreprise dirigée par cette roitelette avare de sourire et toujours très «démonstrative»… «Personne, au CGC, ne la regretterait si elle venait à partir», lâche un ancien syndicaliste.

Quant à Nina Abouna, l’ancienne chargée d’études du ministre du Commerce, devenue patronne de l’Agence de promotion des investissements et des exportations (Apiex) à sa création, et maintenue à ce poste après la fusion entre Promogabon, le Centre de développement des entreprises (CDE) et l’Apiex, ayant donné naissance à l’ANPI-Gabon, un poste où elle aurait été «chaudement recommandée» par Maixent Accrombessi, alors qu’elle était la moins expérimentée des 3 directeurs généraux ayant réalisé la fusion. Mais le «bébé» est invisible. Serait-il un «mort-né» ? Selon La Lettre du Continent, elle a maille à partir avec sa tutelle qui demande des résultats et lui reproche son laxisme et son attentisme. Son probable successeur dont le nom vient de fuiter dans la presse est Yannick Ebibi, responsable Marketing de l’agence. Mais on peut parier que la roitelette ne se laissera pas faire. Pour Nina Abouna, ce serait une claque magistrale, une humiliation publique.  Pourtant, un souffle nouveau s’y impose ! Un vent de panique souffle depuis lors à l’ANPI-Gabon.

Sylvain Patrick Enkoro, lui, dirige l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (Agasa) depuis cinq ans. Fort du soutien de son frère aîné Ali Akbar Onanga Y’Obéghé dont il se réclame à tout va, le vétérinaire a – en bon roitelet – fait retirer des attributions à d’autres agences, notamment à l’Office national des laboratoires agricoles (Onala) pour les récupérer, rendant ainsi cet office «sans objet». Peu ouvert à la communication et au contact avec les usagers, Sylvain Patrick Enkoro gère la «maison» avec son «clan», marginalisant de fait le directeur général adjoint, Morgan Bignoumba.

Joël Ogouma (à la tête des Impôts depuis 2009), Désiré Lasségué, directeur général de la CNSS depuis quatre ans… la liste n’est pas exhaustive de ces directeurs généraux qui se comportent avec les collaborateurs ou même les usagers comme des roitelets. Ils paraissent puissants et intouchables, protégés qu’ils sont par des parapluies haut placés !

D’autres personnalités sont parvenues à garder leurs pieds sur terre. C’est le cas de Michel Mboussou, directeur général de la CNAMGS. Personnage policé, respectueux et respecté. Pour certains, il est toutefois resté trop longtemps à son poste. Il a consolidé les fondations de la structure et suivi son évolution. Il peut à présent se retirer, estiment quelques détracteurs, bien qu’il soit vrai qu’il ne s’est jamais comporté comme un roitelet. Attention toutefois à l’ethnisme et au tribalisme, notent les mêmes. C’est le cas aussi de Marcel Mbélé Loussou, directeur général de la Caisse de gestion des retraites des agents de l’Etat depuis sa création il y a quatre ans.