Venue au Gabon, en grande partie, pour prendre connaissance de la position de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale sur le changement climatique, Ségolène s’est retrouvée en face du seul Ali Bongo.

Ségolène Royal face à son seul interlocuteur sous-régional, le 28 août 2015 à Libreville. © ny-forum-africa.com

Ségolène Royal face à son seul interlocuteur sous-régional, le 28 août 2015 à Libreville. © ny-forum-africa.com

 

C’est à croire que les Etats d’Afrique centrale, notamment ceux de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), sont beaucoup moins portés sur la gestion durable des forêts qu’ils veulent bien le laisser entendre. Sinon, comment comprendre qu’aucun des dirigeants de ces Etats n’ait daigné honorer à l’invitation au sommet extraordinaire souhaité par le président en exercice de cette organisation sous-régionale ? Pourtant, des invitations en bonne et due forme ont été envoyées. Mais, ni Paul Biya ni Denis Sassou Nguesso ne se sont rendus à Libreville. Le fameux sommet extraordinaire, annoncé un jour avant – une chose somme toute curieuse -, devait se tenir du 25 au 28 août courant à Libreville, en marge de la quatrième édition du New-York Forum Africa (NYFA). Si les chefs d’Etat étaient attendus pour le 28 août, personne ne s’est pointé, certains s’étant contentés d’envoyer des représentants, sans plus.

Le sommet qui devait concerner trois panels distincts ne s’est plus tenu que sur la seule «Réunion de la commission consultative», en présence de Noël Nelson Messone, le ministre de la Forêt, de l’Environnement et de la Protection des ressources naturelles, et de Dieudonné Nzengue, ministre délégué aux Affaires étrangères. La réunion des chefs de gouvernements de la CEEAC ne s’est pas tenue non plus. Motif : défaut de quorum.

De leur côté, les experts qui se sont réunis du 25 au 26 août à Libreville ont fait leur travail. Une «déclaration de la Conférence sur les écosystèmes des forêts denses et humides d’Afrique centrale sur la Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+), et les changements climatiques face aux enjeux de la COP 21» a été présentée. Elle a évoqué, en huit points, les préoccupations, les intérêts et les positions des participants, dans la perspective de la mise en œuvre du processus REDD+ et la lutte contre les changements climatiques. De son côté, la ministre française de l’Ecologie a travaillé. Ségolène Royal, qui était venue au Gabon en grande partie pour prendre connaissance de la position commune de l’Afrique centrale avant la tenue de la Conférence des parties de décembre prochain, retournera bredouille, bien qu’elle ait tenu à exhorter «la communauté internationale (à) s’associer aux efforts courageux des pays forestiers» dans le cadre de la gestion durable des forêts. Une chose qui serait impossible sans l’implication de ces pays eux-mêmes. Et ça, Ali Bongo a semblé le comprendre.

Le président de la République, à l’ouverture du NYFA, a appelé à «changer de mentalité», avant de mener le combat contre les changements climatiques. Un aveu ? Une pique lancée à l’endroit de ses homologues ayant brillé par leur absence à «son» forum ? Nul ne saurait le dire. Mais il n’en demeure pas moins, pour certains, que le président de la République n’est pas totalement étranger à l’échec de ce sommet extraordinaire. D’autres y voient déjà un déshonneur. «A cette allure, l’Afrique centrale qui détient les forêts les plus importantes du monde, et qui est le moins à blâmer quant au phénomène du changement climatique qui sévit aujourd’hui, risque fort d’aller à la Cop 21 sans aucune position commune, chaque Etat pour son compte », s’est écrié un journaliste camerounais. Si cette réaction peut paraître alarmiste voire pessimiste, l’on espère qu’avant le rendez-vous de Paris, les pays de la CEEAC s’accorderont sur une déclaration commune, afin de faire part, eux aussi, de leurs exigences. D’autant que, grâce à sa forêt, le continent est un acteur non négligeable dans la préservation des écosystèmes.