En recevant, le 29 août dernier sur le perron de l’Elysée, ses homologues africains en compagnie de son chien, le président français a étalé son arrogance et son mépris envers ceux-ci, enfreignant par la même occasion les règles internationales d’étiquette et du protocole.

Perron de l’Elysée le 29 août 2017, un chien pour recevoir des chefs d’Etat africains. © tsa-algerie

 

«Interdits aux chiens et aux noirs», pouvait-on lire dans certains lieux publics du Far-West et du Deep-south americains racistes. Un avertissement antonymique avec les mêmes noms devrait désormais être placardée à l’entrée de l’Elysée et sur son perron où les chiens ont fait leur entrée dans le dispositif protocolaire d’accueil des chefs d’Etats «de couleur». Les chiens et les noirs ont, du reste, souvent été classés dans la même catégorie, par les adeptes de la hiérarchisation des races.

Un labrador nommé Némo, dans le protocole de l’Elysée. © D.R.

Le 29 août dernier donc, Emmanuel Macron recevait ses homologues tchadien et nigérien, Idriss Deby Itno et Mahamadou Issoufou, ainsi que le chef du gouvernement d’entente nationale libyen, Fayez al-Sarraj. Leurs pays étant au cœur du transit de migrants d’Afrique et du Moyen-Orient vers les côtes européennes, ces hommes politiques passeraient-ils, eux-aussi, aux yeux d’Emmanuel Macron pour de vulgaires migrants clandestins ? Sinon comment comprendre qu’ils aient été accueillis à l’Elysée, non par madame et monsieur Macron, mais par Macron et son chien, joliment appelé Némo. Cynique, le président français souriait tout doucement alors que les journalistes présents avaient éclaté de rire.

Si les esprits retors trouveront toujours des justifications à cette entorse aux règles internationales d’étiquette et du protocole, il faut tout d’abord en convenir : le chien est un animal domestique. Son adoption comporte de ce fait un aspect quelque peu privé. Même si de nombreux présidents de France et d’ailleurs en ont eu, personne ne les avait utilisés de manière aussi cynique et méprisante. Durant la 5e République française, le chien le plus célèbre de l’Elysée est encore, à ce jour, le labrador de François Mitterand nommé Baltique. Malgré sa relative notoriété, Baltique n’a jamais été exhibé dans une célébration protocolaire. Barack Obama avait également un chien à la Maison Blanche qui n’a jamais été mis en présence des hôtes de marque.

Signe d’éducation bâclée ou d’un je-m’en-foutisme hyperbolique, l’exhibition d’un cabot par un chef d’Etat devant des homologues étrangers, a été expérimentée par Vladimir Poutine, iconoclaste bien connu des hautes sphères politiques. Celui-ci gère ses relations avec les autres chefs d’Etats en jouant sur les phobies, l’intimidation ou la micro-humiliation. On devrait toutefois noter  qu’avant de présenter à Angela Merkel, en 2007, son labrador nommé Connie, il lui avait offert, en 2006, un petit chien en peluche pour jouer avec une phobie d’enfance de la Chancelière Allemande et la préparer à la rencontre inopinée avec le chien réel.  La mise en présence eu lieu dans un salon où le chien apparu comme par hasard et non durant une cérémonie protocolaire d’accueil.

Recevoir des chefs d’Etats, fussent-ils de pays subalternes, en compagnie d’un chien adopté une semaine seulement auparavant et donc pas encore totalement maitrisé, est la preuve d’un mépris royal pour ses hôtes. On l’a vu : Mahamadou Issoufou etait quelque peu apeuré par le canidé qu’il surveillait du coin de l’œil.

Si Macron a visiblement copié son irrévérence de Poutine pour ce qui est de l’intrusion d’un chien dans les règles d’étiquette et du protocole, on aimerait qu’à l’avenir, il reçoive de la même manière Angela Merkel, Theresa Mays, Mariano Rajoy ou Donald Trump. Et s’il ne devrait jamais être question de civilités à la tête du client, peut-il concevoir d’être reçu en Afrique, sans broncher, par des dirigeants en compagnie de leur animaux totems ou de leur chèvre, lion, singe et autre python de compagnie ? Les chefs d’Etat Africains devraient le faire. Ainsi, un jour, pour paraphraser Simon de Montfort, «Dieu reconnaîtra les chiens !»