La famille du président de la République se serait enrichie des décennies durant grâce, à «un deal incroyable» passé avec la France et son groupe pétrolier Elf. Le pétrolier accordait à Omar Bongo 18% des parts de la filiale gabonaise de la société française d’exploitation pétrolière devenue Total Gabon.

Le schéma du deal passé entre Omar Bongo et Elf Aquitaine. © Capture d’écran / France 2

 

L’affaire était rondement menée. Pendant quatre décennies, «l’homme de paille», Omar Bongo, choisi par la France pour sécuriser ses ressources en pétrole au Gabon avait flairé le bon coup pour son intérêt personnel. Avec l’arrivée d’Elf, le président gabonais s’était fait un sacré magot. Dans l’émission «Complément d’enquête» diffusée sur France 2, jeudi 6 juillet, Fabrice Arfi, journaliste au site Médiapart, révèle une fortune globale estimée à 460 millions d’euros, soit «à peu près 10% du budget de l’Etat» gabonais. Pour Robert Bourgi, l’avocat franco-libanais considéré comme un des «fils» d’Omar Bongo, cette estimation est loin du compte. Lui, évoque 3 milliards d’euros.

Cette richesse qui intéresse la justice française depuis dix ans, notamment dans le cadre de l’affaire dite des «biens mal acquis», provient d’«un deal incroyable» passé entre le patriarche des Bongo et Elf Aquitaine. Selon cet arrangement, le partage des actions de la filiale gabonaise de la société française d’exploitation pétrolière devenue Total Gabon se faisait sur la base d’un schéma précis : 57% pour Elf, 25% pour l’Etat gabonais et 18% pour Omar Bongo. «La formule consistait à avoir la famille Bongo comme partenaire. (…) C’est comme ça qu’Omar Bongo a fait sa fortune», se rappelle Loïk Le Floch-Prigent, ancien P-DG d’Elf Aquitaine. Pour l’ancien patron, arrivé à Elf en 1989, le président gabonais «s’était mis en tête de ce qu’était un roi d’Arabie Saoudite ou un émir d’Abou Dabi».

Pourtant, si les dividendes issus de ses parts dans Elf Gabon lui permettaient déjà d’amasser un gros paquet d’argent, Omar Bongo avait exigé et reçu de la société française le versement, dès décembre 1996, d’une commission personnelle «d’environ 10 millions de dollars US par trimestre». Des «frais commerciaux» ayant contribué à renforcer la richesse de la famille qui, grâce à sa holding aux mille tentacules, Delta Synergie, avait déjà la mainmise sur tous les secteurs de l’économie gabonaise, de l’exploitation forestière aux assurances.