Les universitaires gabonais réunis au sein du Groupe d’études politiques et de défense (Grepod), de l’Institut de recherche en sciences humaines (IRSH) de l’Université Omar-Bongo de Libreville, ont récemment conféré sur les questions électorales au Gabon. C’était à l’occasion d’une journée d’échanges ayant permis de scruter, de manière scientifique, sous le prisme de leurs disciplines respectives, les thématiques liées au processus électoral et démocratique dans le pays.  

Les panélistes lors de la journée d’échanges consacrée au «Rituel du vote, représentation nationale et démocratie au Gabon», © D.R.

 

Alors que les élections législatives, reportées à deux reprises, se profilent à l’horizon, et que le Centre gabonais des élections (CGE) et le ministère de l’Intérieur s’attèlent à mener ce scrutin à son terme d’ici à fin décembre 2018 et dans le calme et la stabilité, les universitaires gabonais de l’IRSH ont organisé, en partenariat avec l’Assemblée nationale, une journée d’échanges consacrée à plusieurs thématiques relatives au processus électoral.

«Rituel du vote, représentation nationale et démocratie au Gabon», c’est sous ce thème principal que s’est déroulée cette rencontre ayant permis de scruter la quasi-totalité du mouvement électoral gabonais. Une démarche opérée par chaque intervenant, selon une grille de lecture relative à sa spécialisation scientifique, visant à approfondir la réflexion sur le vote et la démocratie au Gabon.

Il fallait ainsi mener des réflexions en vue «d’outiller les électeurs et les citoyens dans la perspective d’échéances électorales à venir», mais également de participer à une réflexion sur le développement de mécanismes de construction d’une démocratie fiable et apaisée au Gabon. Ce qui passe par cette envie affichée par les panélistes d’«amorcer une cartographie du comportement électoral/politique des Gabonais».

Dans sa leçon inaugurale intitulée «Sur quelques-ponts-aux-ânes électoraux : ce que voter veux dire et pourquoi il n’existe pas de «meilleur» mode de scrutin», le Professeur de droit public et science politique de l’UOB, Guy Rossatanga-Rignault, est revenu sur ce que voter veut dire d’hier à aujourd’hui et dans un second mouvement, il a montré qu’il n’existe pas de bons et a fortiori de meilleurs mode de scrutin.

Sur le premier point, on retiendra simplement que «si le vote est individuel, l’élection est collective car il s’agit de la rencontre de plusieurs volontés dans le but de produire un effet de droit. Autrement, ce qui compte, ce n’est point l’acte de voter individuel, mais le résultat à conséquences juridiques produit par la rencontre de volontés similaires», a expliqué le conférencier. Toutefois, a-t-il souligné, «Il reste que, à ce jour, on n’a pas trouvé meilleur fondement de la légitimité, comme on n’a pas encore véritablement démontré  qu’il existait un mode de scrutin meilleur que les autres».

Quant au second axe de son exposé, on retiendra, selon le Pr Guy Rossatanga, que «le vote est un simple instrument, le moins mauvais mécanisme de désignation de l’élite politique. Ni plus, ni moins. Il convient par conséquent de ne point en faire un totem ». «(…) Il n’y a pas de meilleur mode de scrutin. Le bon scrutin (en un ou deux tours, majoritaire ou proportionnel)  est celui qui, correctement organisé et ayant permis au plus grand nombre possible de s’exprimer librement a permis la désignation d’un parmi plusieurs, lequel désigné assumera ensuite (par la fiction socialement admise) le magistère de tous et sur tous».

Plusieurs autres thèmes ont été abordés au cours de cette journée: «Accompagnement pré et post électoral», «Vote et représentation nationale», «Rituel du vote et démocratie au Gabon», «autour du vote», «les forces de sécurité et de défense dans le processus électoral : une participation controversée», «L’observation électorale : son rôle et son impact sur l’évolution démocratique en Afrique», «Le soleil électoral brille davantage à l’Est : Analyse de la configuration géographique du vote PDG (2008-2018)», «Considérations théoriques pour une analyse du sens et des fonctions des élections en Afrique».

Des noms significatifs de l’univers universitaire gabonais se sont succédé pour approfondir ces axes de réflexion. Tour à tour, le Dr Kanel Engandja Ngoulou, le Dr Flavien Enongoué, par ailleurs ambassadeur du Gabon en France, le Dr Wenceslas Mamboundou, ainsi que le Commissaire général du Centra nationale de recherche scientifique et technologique (Cenarest), le Pr Daniel Frank Idiata, aux côtés du directeur de l’IRSH, le Pr Ludovic Obiang, et du directeur du Grepod, Dr André Adjo, sont intervenu au cours des échanges.