La classe dirigeante sort délégitimée des dernières législatives et locales, le taux de participation étant empiriquement estimé à 10%.

Expression de la faillite du jeu politique national, le processus électoral courant traduit un naufrage collectif. Au-delà de leurs sentiments respectifs ou de leurs impressions du moment, les différents camps politiques ne peuvent ne pas en tirer les conséquences. © Gabonreview

 

C’est la rançon de l’abstention. C’est aussi une conséquence de la colère et du ressentiment populaire. Appelés aux urnes 21 mois après l’échéance normale, dans un contexte institutionnel inédit, les citoyens n’ont guère répondu à cette invitation. De façon éclatante, ils ont exprimé leurs doutes sur la capacité des institutions à organiser des élections libres, crédibles et transparentes. Pour le pouvoir en place, comme pour l’ensemble des institutions, c’est un acte de défiance absolument lourd de sens. Traumatique à maints égards, la présidentielle contestée d’août 2016 a manifestement pesé sur les événements. À l’évidence, elle a influencé le comportement des populations.

Persistance d’une grave crise démocratique

Présentée par le pouvoir comme l’épilogue de la crise née de la dernière présidentielle et par l’opposition comme une sorte de second tour, cette double confrontation n’a rien réglé dans le fond. Ni Ali Bongo ni Jean Ping ne peuvent se féliciter de son issue. Les électeurs ayant massivement boudé les urnes, l’opposition n’est pas la seule perdante de ces scrutins. Loin  de refléter le rapport de force sociologique, les premiers résultats laissent croire à un retour à la sombre époque du parti unique. Comme ceux des législatives de 2001, à la manière de ceux de 2011, ils discréditent encore un peu plus notre démocratie. Expression de la faillite du jeu politique national, ils traduisent un naufrage collectif. Malgré les fictions juridiques ou institutionnelles, la faible mobilisation du corps social délégitime toujours la classe dirigeante. Contrairement à une idée reçue, des élections mal organisées soulignent toujours l’incapacité de l’appareil d’État à fonctionner dans la transparence et l’équité.

Peu importent les considérations personnelles ou partisanes, cette abstention record s’explique par une double certitude largement partagée : la partialité des institutions et le rejet du principe fondamental d’acceptation de l’alternance. Sur la base de cette même argumentation, de précédentes législatives furent boudées. Cette fois-ci, une partie de l’opposition a affirmé vouloir inverser le cours des choses. Au vu des résultats, elle a eu tort. Reste maintenant à l’ensemble de cette famille politique à réfléchir aux voies et moyens d’éviter une répétition à l’infini de ce scénario. Reste aussi à la majorité à explorer les mécanismes pour réconcilier le peuple avec les urnes. Certes, les élections couplées du 06 octobre dernier ont consacré l’hégémonie du Parti démocratique gabonais (PDG). Mais, leurs résultats ne sauraient masquer la persistance d’une grave crise démocratique. Au-delà de leurs sentiments respectifs ou de leurs impressions du moment, les différents camps politiques ne peuvent ne pas en tirer les conséquences.

Une Assemblée nationale sociologiquement minoritaire

Les proches de Jean Ping peuvent toujours se gausser de leurs alliés de l’opposition. Les soutiens d’Ali Bongo ont tout le loisir de pavoiser, crier victoire. Mais cela n’effacera en rien le discrédit généralisé. Sans dépassement des contradictions actuelles, ni les blocages institutionnels, ni les impasses politiques, encore moins la faillite des élites, ne pourront être évités ou surmontés. En fonction des intérêts des parties, il serait particulièrement irresponsable de tout justifier par la fraude et l’achat des consciences, de se gargariser d’une prétendue «cohérence» ou de se prévaloir d’une supposée «implantation». Le vrai risque est aujourd’hui celui d’un recours aux voies alternatives de conquête du pouvoir. L’histoire du continent fourmille malheureusement d’exemples d’États parvenus à la faillite suite à une succession d’élections truquées ou mal organisées. Pour le Gabon, et son peuple, le pire serait de faire comme si de rien n’était, comme si ces élections couplées étaient une péripétie.

Empiriquement estimé à 10%, le taux de participation aura été excessivement faible. Avec lucidité, chacun peut maintenant en analyser la signification. Son incidence sur la vie publique et le vivre ensemble mérite aussi d’être anticipée. Au vu des suffrages exprimés, la prochaine Assemblée nationale sera sociologiquement minoritaire. Surtout, au regard des peu orthodoxes méthodes de mobilisation utilisées par les vainqueurs officiels. Entre achat de consciences et transfert d’électeurs, l’intégrité électorale était loin d’être garantie. Du coup, une conclusion s’offre d’elle-même : ces élections couplées ont accru le fossé entre, d’une part, gouvernés et gouvernants et, d’autre part, populations et administration. D’une telle situation, aucun politique sérieux ne peut se réjouir. Sauf, bien entendu, à nourrir d’autres desseins…