Dès l’ouverture de la campagne électorale dans la capitale économique, il est vite apparu que les compétiteurs sont loin de partir à armes égales. Visiblement, le parti au pouvoir a plus de moyens que ses adversaires. On parle d’une manne de 6 milliards de francs CFA pour lui seul, alors que ses adversaires n’ont encore rien reçu.

Très symbolique : les dimensions des affiches parlent d’elles-mêmes. © Gabonreview

 

Est-ce parce que dans l’opposition il y a eu beaucoup d’hésitations et de tergiversations ? Toujours est-il qu’au lancement des hostilités, on a vu le Parti démocratique gabonais (PDG) déployer force panneaux, affiches et banderoles à travers la ville.

A croire que le parti gouvernemental était en compétition avec lui-même. De temps en temps, on rencontre, ici où là, une affichette d’un parti de l’opposition qui, apposée à côté de l’affiche du candidat du parti au pouvoir, traduit la différence qui les sépare. Il n’est que de voir comment le parti gouvernemental a envahi les lieux stratégiques que sont les carrefours Léon Mba ou Tobia, le boulevard Léon Mba et le boulevard Omar Bongo Ondimba, pour comprendre que le PDG ne compte laisser que des miettes à ses adversaires, du moins pour ce qui est de l’occupation du terrain, en attendant le verdict des urnes qui départagera ce Goliath des petits David d’en face.

25 millions de francs CFA en moyenne

Sûr qu’au sortir de ces élections jumelées, il sera encore question du sempiternel débat sur le financement des élections au Gabon. Alors que de nombreux candidats de l’opposition en sont encore à attendre le franc électoral que, déjà, le PDG, parce que disposant de gros moyens, prend une sorte d’ascendant non négligeable sur ses concurrents. De nombreux candidats PDG à ces élections laissent entendre, en effet, que les candidats de leur parti aux législatives ont reçu, chacun, 25 millions de francs CFA pour ceux qui bataillent dans les grandes agglomérations urbaines (Libreville, Port-Gentil, Franceville, etc.) et 15 millions de francs pour les chefs-lieux de province n’ayant pas de nombreux arrondissements (Mouila, Oyem, Makokou, Tchibanga, etc.).

Toutes les listes PDG pour les élections locales ont pour cagnotte de guerre 25 millions de francs. À Louis, siège du parti au pouvoir à Libreville, on parle d’une cagnotte globale de 6 milliards de francs CFA. Nombreux précisent qu’à la bonne appréciation d’Éric Dodo Bounguendza, le secrétaire général, certains candidats et certaines listes ont reçu 5 millions de plus que les autres, au regard de la difficulté de terrain.

Franc électoral de l’opposition «dans le pipeline»

L’article 52 de la loi n°16/2011 relative aux partis politiques fait obligation à l’État d’accompagner les partis politiques légalement reconnus et représentés au Parlement par au moins un député ou un sénateur, ou disposant au moins d’un élu. Mais, il s’agit là de la subvention annuelle, pas du financement de la campagne électorale. Alors que celle-ci en est déjà à son 2ème jour, les partis politiques n’ont toujours pas reçu le fameux franc électoral. Au ministère de l’Intérieur on assure que «c’est dans le pipeline», l’argent va arriver. Mais, on peut être sûr d’une chose : ni l’Union nationale (UN), ni le Rassemblement héritage et modernité (RHM), ni Les Démocrates ne bénéficieront du 1/10ème de la cagnotte du PDG.

Nouveauté pour cette élection, un bon nombre de jeunes gens modernes, candidats pour la toute première fois, ont eu recours aux financements participatifs, les fameux crowdfunding («financement par la foule»), un mécanisme permettant de collecter les apports financiers d’un grand nombre de particuliers au moyen de plateformes digitales. Mais les trésors de guerre ainsi récoltés ne doivent pas être faramineux. A titre d’exemple, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi de l’UN assure avoir engrangé autour de 3 millions de francs CFA, par Airtel Money, pour un peu plus de 100 donateurs.

Ainsi, le parti au pouvoir, connu pour être celui dont la cagnotte siphonne les deniers publics et dont les militants ne cotisent pas, peut fanfaronner et laisser croire qu’il est le mieux organisé. Déjà, longtemps avant l’ouverture de la campagne, certains candidats de cette obédience politique, parce qu’immensément riches, avaient déversé sur le terrain des sommes colossales sous forme de financement de projets de toutes sortes pour s’attirer les faveurs des populations. Et, au regard des plaintes qui commencent à se faire entendre sur le fameux financement attendu de l’Etat, il y a à parier que de nombreux candidats passeront la moitié du temps imparti pour faire campagne à courir après ledit financement.

Finalement, seuls les candidats indépendants, qui ne misent que sur leurs propres forces, ou ceux de certains partis politiques s’étant comportés comme tel, s’activent en n’attendant rien de quiconque, sauf des électeurs qui, on l’oublie souvent, sont les seuls arbitres des scrutins.