C’est un constat : en dépit des avantages matériels énormes dont ils bénéficient dans les sociétés parapubliques, des présidents de conseil d’administration, directeurs généraux et adjoints sont nombreux à se lancer dans la course à un siège de député, de conseiller municipal ou départemental (en vue de briguer un siège au Sénat ?). Tour d’horizon de ces circonscriptions qui voient venir à elles plus d’une centaine de ces cadres… Que cache donc cette ruée ?

Pourquoi autant de chefs d’entreprises du secteur parapublic veulent-ils entrer en politique ? En dehors des retraites confortables qu’il offre, le Parlement gabonais dispose-t-il d’autres ”commodités” pour attirer autant de cadres ? © Gabonreview/Shutterstock

 

Pourquoi sont-ils donc autant attirés par des sièges de député ou de conseiller municipal ou départemental ? Comment expliquer cette ruée vers les assemblées parlementaires ? Eux seuls en connaissent les raisons. Mais, s’il n’est pas étonnant de voir d’anciens ministres se lancer dans la course (car ils sont reconnus dans l’opinion comme des professionnels de la politique), à l’instar d’un Célestin Bayogha Nembé à Bakoumba ou d’un François Engongah Owono dans le 2ème arrondissement d’Oyem, il peut paraître surprenant de voir une telle ruée de cadres vers les deux chambres du Parlement. Toute chose ayant fait naître chez Dieudonné Minlama Mintogo la crainte de les voir aller en campagne avec les fonds publics… Le leader d’Ensemble pour la République (EPR) a-t-il raison d’exprimer une telle crainte ? En tout cas, ils sont nombreux à s’y investir sous les couleurs du Parti démocratique gabonais (PDG) qui, à force de rechercher le renouvellement des élites politiques, a fini par les appeler à se lancer.

Les DG de Sogara, de la Cnamgs, de la SNI, de l’Agasa, du CGC, les PCA de Sogara, Sogatra, Comilog dans l’arène…

Qu’on en juge : Renaud Allogho Akoué, directeur général de la Caisse nationale d’Assurance-Maladie et de Garantie sociale (CNAMGS), se présente aux élections locales comme tête de liste dans le département du Woleu. Hermann Kamonomono, directeur général de la Société nationale Immobilière (SNI) est tête de liste à Akiéni. Sylvain Patrick Enkoro, patron de l’Agence gabonaise de Sécurité alimentaire (Agasa), est lui aussi candidat tête de liste dans le département de la Léconi-Lékori. Liliane Ngari, patronne du Conseil Gabonais des Chargeurs (CGC), figure sur la liste de cette localité. Jean Koumbi Guiyédi, DGA de l’une des plus grandes entreprises du Gabon – Gabon Oil Company, GOC – se présente comme deuxième de la liste PDG du département de Ndolou à Mandji. Crépin Magloire Andrew Gwodock, tout-puissant patron de l’une des majors dans le secteur des assurances, est descendu dans l’arène politique du département de l’Okano. Pour sa part, l’ex-PCA de la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), Alain Ditona Moussavou, est deuxième sur la liste PDG de Mayumba, tandis qu’Alexandre Désiré Tapoyo, PCA de la Société gabonaise des Transports (Sogatra), est présent sur la liste PDG du 1er arrondissement de Libreville. Un autre PCA d’entreprise publique, Sylvestre Ratanga de la Société gabonaise de Raffinage (Sogara), est sur la ligne de départ dans le 1er arrondissement de Port-Gentil. Gabriel Tchango, chef d’un groupe d’entreprises prospères, continue en politique avec la liste PDG qu’il conduit dans le 3ème arrondissement de la capitale économique.

D’autres cadres, souvent bien rémunérés dans le parapublic, se retrouvent eux aussi candidats. C’est le cas, à Oyem, de Marius Assoumou Ndong, conseiller du directeur général de l’OPRAG, sur la liste PDG du 1er arrondissement de cette ville, et de Jean-Paul Adiminga Kouna, précédemment chef de la douane au port d’Owendo, qui se présente sur la liste PDG de Bongoville en très bonne position, tandis que Nina Abouna, directeur général de l’Agence nationale de promotion des investissements du Gabon (ANPI-Gabon), est, pour sa part, tête de liste dans le 3eme arrondissement de Franceville. Pour sa part, Alice Amiar Ovenga, haut fonctionnaire au Trésor Public, et son jeune frère Stessy Amiar, chef d’entreprise plutôt prospère, se présentent sur la liste PDG de Mbigou dans la Ngounié. Dorothée Mengué Megne, cadre à la Caistab,est deuxième sur la liste PDG de Bitam. Pascal Youbi-Lagha, ancien diplomate et ancien fonctionnaire international, se retrouve en position éligible sur la liste PDG de la commune de Malinga dans la Louétsi-Bibaka.

Il ne fait aucun doute que la plupart d’entre eux ne voudront pas seulement siéger dans de si modestes conseils municipaux et départementaux, mais préféreront plutôt obtenir un siège au Sénat. Mais le Sénat n’aura plus jamais assez de place pour tous ces postulants, car en janvier 2021, lors de son renouvellement, il ne comptera plus que 52 sièges !

Pourquoi cet attrait subit des cadres pour le Parlement ?

Concernant les législatives, là aussi, on retrouve de hauts cadres du secteur parapublic (ou même privé) sur la ligne de départ.  Tout directeur général adjoint d’Averda qu’il est, Joseph Minko Olenga se présente dans le deuxième arrondissement de la commune d’Akanda. Martial-Ruffin Moussavou, pourtant tout nouveau PCA de la Comilog, navire-amiral du secteur minier gabonais, a choisi de se présenter dans le 2ème arrondissement de Mouila ! Noël Mboumba, patron de la Sogara, est dans la course pour un siège de député dans le 4ème arrondissement de Port-Gentil. Pour leur part, David Ella Mintsa, conseiller du Président du Conseil de régulation de l’Agence de régulation des communications électroniques et des Postes (Arcep), et Tony Ondo Mba, DGA de la SEEG, se présentent respectivement dans le département du Ntem et dans la commune de Bitam. Quant à Anatole Tsioukaka, directeur général…éternel de l’Ecole nationale d’administration (ENA), il est candidat dans le canton Léyou à Matsatsa (dans le département de Mulundu).

Que leur a-t-on promis en cas de succès ? Pourquoi autant de chefs d’entreprises du secteur parapublic ? Veut-on aller vers un Parlement plus économique et moins politique, mais alors à quoi servirait le Conseil économique, social et environnemental ? En dehors des retraites confortables qu’il offre, le Parlement gabonais dispose-t-il d’autres ”commodités” pour attirer autant de cadres ? Que se cache-t-il derrière cette ruée ? L’or ? L’argent ? En tout cas, ce que les Gabonais attendent, ce sont moins de nouvelles têtes, mais des lois portant davantage de justice sociale.