Viré du comité permanent du bureau politique du Parti démocratique gabonais (PDG), puis du gouvernement, l’ancien Premier ministre assiste à la mise en scène de sa chute programmée. Si sa déchéance venait à se confirmer, il réagirait forcément avec vigueur.

Dos au mur, l’ancien Premier ministre n’est pourtant pas homme à s’en laisser conter. © ambagabon.ma

 

Paul Biyoghé Mba poussé vers la sortie ? Viré du comité permanent du bureau politique du Parti démocratique gabonais (PDG), il a quitté le gouvernement à la faveur du remaniement du 4 mai courant (lire «Composition du nouveau gouvernement»). À s’y méprendre, sa récente nomination au poste de président du conseil d’administration de la Société nationale immobilière (SNI) ressemble à une mise au rebut. Même s’il a déjà survécu à des tentatives d’assassinat politique, on l’imagine mal à se tirer d’affaire. Quand bien même il avait réussi à sortir du placard doré du Conseil économique et social (CES), on peine à envisager son retour en grâce. Sous ses yeux, le scénario de sa chute se met en scène. Pour lui, l’ère de la politique active semble révolue.  Va-t-il l’accepter ? On demande à voir.

À des années-lumière de la modernité

La déchéance programmée de l’ancien Premier ministre suscite bien des commentaires. Dans son camp, on y voit avant tout le signe d’une volonté de «régénération» et de «revitalisation». On y perçoit aussi la marque d’une détermination à parachever une mutation prétendument entamée lors du 11è congrès (lire «Une mue et des questions»). Au-delà, on y entrevoit l’envie de tourner définitivement la page Omar Bongo Ondimba (lire «Mavioga dézingue le PDG»). Si l’opposition se préoccupe peu de ce cas particulier, l’opinion glose énormément sur ce brutal retour de manivelle. Pour de nombreux observateurs, Paul Biyoghé Mba est d’abord un politique retors et cynique (lire «Les revers du cynisme»). Certains l’accusent d’avoir institué le délit d’opinion au sein de l’administration. D’autres le tiennent pour le principal artisan de la coupure du pays en deux blocs irrémédiablement opposés.

Paul Biyoghé Mba menacé d’excommunication ? On aimerait bien être fixé sur les raisons. La volonté de renouvellement ? Ali Bongo n’en a jamais fait mystère. N’empêche, tout cela semble bien léger. Tout ceci paraît trop cosmétique et pas assez politique. L’ancien Premier ministre n’a-t-il pas lui-même contribué au rajeunissement de l’élite politique ? Après tout, Julien Nkoghé Békalé et Fidèle Angoué Mba sortent tout droit ses écuries. La rupture avec l’ère Omar Bongo Ondimba ?  Si ce désir a été exprimé à maintes reprises, la tâche parait hors de portée des dirigeants du PDG. Sur le rapport à la République, aux fondamentaux de la démocratie, ils utilisent un logiciel daté, démodé et peu en phase avec l’époque («Le défi de la reconfiguration»). Sur leur pratique politique, ils se situent à des années-lumière de la modernité. Malgré les bonnes intentions proclamées çà et là, ils ne sont guère disposés à se soumettre aux exigences de la bonne gouvernance (lire «La mue impossible»).

Épreuve de force

Paul Biyoghé Mba, victime de sa fougue et de son zèle partisan (lire «Ce que vous avez fait en 2009 est honteux et lamentable») ? On ne saurait soutenir une telle thèse. Peut-on valablement lui reprocher d’avoir naguère confié tous les fromages de la République aux siens ? Du temps de sa splendeur, Maixent Accrombessi avait noyauté le gouvernement, la haute administration et les établissements publics. Il était même devenu le passage obligé vers les sommets de la pyramide sociale. Sous le regard d’une opinion médusée, l’Association des jeunes émergents volontaires (Ajev) recycle cette recette. Au vu et au su de tous, elle place ses membres. Toutes choses égales par ailleurs, les alliés de l’ancien Premier ministre ne peuvent l’accuser d’avoir précipité leur camp dans les abysses du sectarisme. Mutatis mutandis, ses agissements d’alors s’inscrivaient dans une tradition bien ancrée, toujours dénoncée mais jamais répudiée.

Paul Biyoghé Mba doit-il éternellement demeurer un acteur politique majeur ? En démocratie, la réponse appartient au peuple, délégant légitime du pouvoir. N’empêche, l’ancien Premier ministre est dos au mur. Si elle venait à se confirmer, sa mort politique ne sera pas sans conséquence. N’étant pas homme à s’en laisser conter, il réagirait forcément. Avec vigueur. Comme Alexandre Barro Chambrier en 2016, il pourrait choisir l’épreuve de force. Comme le président de RHM, il pourrait entraîner de nombreux militants. Michel Menga étant condamné à évoluer dans le clair-obscur pendant quelques mois encore, ce serait un véritable coup dur pour le camp d’Ali Bongo. Politiquement, le PDG se retrouverait ainsi sans véritable poids lourd dans la province de l’Estuaire, la plus importante du pays. Or, l’on se rapproche inexorablement des législatives… Comme dirait Jacques Chirac : «On ne modifie pas la société par décret». Surtout pas les rapports de force.