Récemment portée sur les fonts baptismaux, les contours et visées de l’association apolitique ‘’Au-delà de nous’’, sont ici abordés avec son président.

Samuel Nganga, président d’Au-Delà de Nous. © Gabonreview

Gabonreview : En quelques phrases, quelle présentation pouvez-vous faire de la toute nouvelle association que vous dirigez.

Samuel Nganga :  C’est une association que nous avons voulu au plus profond de nous. Elle est le fruit d’une longue réflexion et d’une étude profonde de la scène associative de notre pays, de la réalité bipolaire que notre pays connaît et de l’effectivité de notre développement. Nous avons alors pensé qu’il y avait une exigence de construire une plateforme, devant être trans-partisane, qui rassemblera tous les gabonais, de toutes les provinces, présent sur le territoire ou dans la diaspora autour d’un idéal commun : le Gabon, son développement et son devenir. Vous aurez compris qu’un effort est demandé à tout le monde, effort lié au dépassement des dogmes partisans, lié à une sortie de son groupe ethnique, à un côtoiement et à un rapprochement de personnes qui ne pensent pas totalement comme soi dans l’unique but de placer le Gabon au cœur de toute réflexion. Le nom de “Au-Delà de Nous” est alors apparu comme une évidence, comme nom de notre association et aussi face aux efforts pluriels demandés. Et, devant la réalité politique de notre pays, nous avons fait le choix qu’elle sera et demeurera apolitique, au sens où elle ne se constituera jamais en un mouvement de soutien vis à vis d’un quelconque parti politique.

L’association Au-Delà de Nous. © Gabonreview

La sortie officielle de votre association s’est effectuée autour d’une journée de réflexion sur l’éducation. Pourquoi ce thème et pourquoi ce timing ? 

Effectivement nous avons jugé que le moment était venu pour nous de faire connaître sur la place nationale la naissance d’”Au-Delà de Nous”. Étant une association qui a pour but de porter des réflexions et d’agir sur le développement du Gabon et devant les résultats, peu réjouissants, du 1er tour du Baccalauréat de cette année, nous avons alors pensé qu’il fallait que les gabonais s’asseyent pour parler sérieusement de cette problématique, qui au fond, est tributaire du développement du Gabon. Vous savez une contribution de plus n’est pas de trop pour régler les problèmes du Gabon. C’est pourquoi nous avons choisi le thème d’“Une meilleure éducation pour une meilleure République”. Trois sous-thèmes étant à l’ordre du jour, à savoir : éducateur : un métier de vocation ou un simple emploi ?” Ensuite “La place de la culture et de l’histoire du Gabon dans le contenu académique”, et enfin “Comment améliorer les conditions de l’apprenant et de l’enseignant gabonais ? “

Quelles conclusions a-t-on pu tirer de cette journée de réflexion?

Vous me permettrez qu’avant de parler des conclusions que je fasse état de la situation de l’éducation dans notre pays. Depuis plusieurs années déjà, notre pays connaît des grèves, à répétition dans l’éducation. Ces grèves ont pour conséquence une réduction considérable des mois à l’école aussi bien pour les enfants que pour les enseignants. Il y a donc, pour le souci de ne pas connaître des années blanches, une accélération des cours, qui a éventuellement pour conséquence une difficulté pour les élèves de bien appréhender les notions transmises en classe. Aussi, la culture gabonaise manque de façon criarde dans le contenu académique national. On peut aussi citer les problèmes liés à la mise à jour des connaissances chez certains professeurs. Le problème d’orientation aussi reste une problématique qu’il va falloir régler au plus vite.

C’est fort de ses constats que nous avons dressé des pistes de sortie de crise parce que nous considérons que l’éducation est en crise. Au nombre de ses pistes de solutions, nous avons la proposition de mettre en place un système de pré-recrutement des enseignants dès la classe de terminale par la mise en place notamment d’une lettre des élèves de terminale désireux d’être enseignant afin que ces derniers, après l’obtention de leur examen, soient suivis et aidés par l’Etat afin qu’ils ne puissent pas connaître certaines difficultés. Ce système de pré-recrutement pourrait mettre fin à un choix par dépit du métier d’enseignant. Comme autre réflexion, nous avons jugé qu’il faillait que les responsables du ministère de l’Education nationale s’assurent de l’effectivité du travail des personnes payées par l’Etat, chargées d’orienter les élèves. Nous préconisons, comme beaucoup de forces syndicales dans ce pays, la construction immédiate de salles de classes, parce que la pléthoricité des élèves en classe est l’une des raisons favorisant les faibles résultats. Nous demandons la mise en place d’une discipline intitulé “histoire des peuples du Gabon et construction de la nation gabonaise”. Nous demandons la réouverture du département des langues nationales à l’Ecole nationale supérieure. Nous voulons que l’on introduise comme matière d’oral au Certificat d’études primaires (CEP), au Brevet d’études du premier cycle (BEPC) et au Baccalauréat (BAC), les langues nationales de notre pays. Autant de choses que nous souhaitons, la liste est longue, je vais donc en faire l’économie de quelques-uns ici.

Que comptez-vous faire des recommandations de ces assises ? 

L’idée c’est de mettre tout en œuvre pour que nos pistes de sortie de crise soient prises en compte par les personnes compétentes. Cela pourra se faire par une sorte de marketing agressive pour que le public prenne connaissance de nos réflexions et bien d’autres choses. Ce que je puis vous dire aussi est que, dans certains cas, selon que notre association a les moyens de mettre en œuvre des résolutions que nous aurons prises au cours de nos discussions, nous le ferons sans attendre nécessairement l’intervention des pouvoirs publics. Nous sommes une association de réflexion mais aussi d’action.

Avez-vous un message particulier à l’endroit de vos compatriotes ? 

Nous invitons toutes celles et ceux, Gabonais, qui portent le Gabon, notre pays, dans leur cœur, ceux qui ont la volonté de se dépasser autour de cet idéal commun et qui veulent réfléchir au développement de notre pays, à nous rejoindre. C’est une association d’aujourd’hui et demain, parce qu’elle se veut pérenne. D’autres journées de réflexions seront organisées, des actions seront posées, et j’ai la conviction, qu’à travers ces multiples rencontres et gestes, un sursaut national naîtra.

Auteur : Alain Mouanda