Au regard de ses énormes tensions de trésorerie, l’économie gabonaise est malade, pense l’économiste Fidèle Magouangou*. Nier cette évidence, c’est faire l’autruche à un moment où le climat social et politique oblige à affronter les réalités. A travers la tribune libre ci-après, il propose de ce fait trois remèdes : la politique d’austérité, la dévaluation du FCFA et la création d’une monnaie nationale. Quelque soit le traitement choisi, son efficacité dépendra de la volonté des gouvernants à appliquer à l’État une nécessaire cure d’amaigrissement. 

© Gabonreview/Shutterstock

 

Fidèle Magouangou, économiste, enseignant. © D.R.

Introduction

Les performances économiques gabonaises se sont dégradées progressivement depuis l’effondrement des cours du pétrole sur les marchés internationaux en 2014. Le taux de croissance réel est passé de 4.2% à 1.1% entre 2014 et 2016.  Le solde budgétaire global (en % du PIB) est passé de +2.5% à -5.8 % sur la même période. Dans le même temps, le solde de la balance des transactions courantes (le gain net de nos échanges extérieurs) s’est détérioré, conséquence de la baisse en valeur de nos exportations de pétrole. Cette situation a naturellement contribué à une diminution de nos réserves de change au niveau du compte d’opérations logé au Trésor public français, compromettant ainsi la couverture extérieure du franc CFA.  La baisse de l’activité économique globale a dégradé considérablement la situation de l’emploi privé surtout dans le secteur pétrolier. Le taux de chômage officiel est de 20% de la population active alors que celui des jeunes serait au dessus de 27%, traduisant ainsi une souffrance sociale sans précédent dans notre pays. Pour faire face à une demande sociale pressante des populations et tenir les engagements pris dans le cadre de leur plan de développement, les autorités ont recouru à l’endettement. Le ratio dette/pib est passé de 32.2% en 2014 à 60.1% en 2016, alourdissant ainsi le service de la dette pour les années à venir.

Face à ce tableau, que certains pourraient qualifier de sombre, quelles stratégies faut il  adopter pour redresser notre économie et redonner espoir aux populations, surtout aux plus jeunes ?

Proposer des réponses à cette interrogation est l’ambition de cet article. Nous débutons notre analyse par la présentation d’une politique d’austérité, ensuite nous montrons que la dévaluation peut être une bonne option et enfin nous envisageons la création d’une monnaie nationale comme la solution idéale pour sortir de la crise.

     1. Une bonne politique d’austérité

La politique d’austérité que nous proposons est qualifiée de bonne pour la distinguer de celle qui a été conçue pour la Grèce par la troïka (FMI, BCE, UE) et qui conduira, inévitablement, à la faillite économique de ce pays. En effet, sa dette est devenue insoutenable et n’a pas été annulée par manque de solidarité entre les pays membres de la zone euro. Une bonne politique d’austérité est celle qui ne prend pas de mesures pour étouffer la croissance (coupes sombres dans les dépenses publiques) mais qui s’appuie sur le multiplicateur des dépenses publiques pour baisser les déficits et relancer l’économie en même temps. Depuis Keynes, on sait qu’une variation autonome des dépenses publiques se traduit par une variation plus que proportionnelle du revenu et de la production nationale. Il est bien entendu que dans le cas d’une économie ouverte le niveau du multiplicateur est plus faible que dans le cas virtuel d’une économie fermée.

Notre politique d’austérité s’appuie sur quatre principales mesures :

  • Une baisse des salaires et des prix ;
  • Une augmentation des dépenses d’équipement ;
  • Une augmentation de la pression fiscale ;
  • Un rééchelonnement de la dette publique.

a. La baisse des salaires et des prix

Cette mesure vise à rétablir progressivement les équilibres du budget de l’Etat et de la balance des paiements. La baisse de la masse salariale publique, à travers une baisse du salaire horaire (point d’indice) diminue le niveau du déficit public. Cette décision unilatérale de l’Etat aura des effets qui vont se propager dans le secteur privé qui verra également ses salaires baisser. Le salaire étant un élément principal du coût de production, la baisse de celui-ci entraine mécaniquement une diminution  des prix qui améliore la compétitivité de l’économie. L’augmentation des exportations qui s’en suit permet de réduire, graduellement le déficit de nos échanges extérieurs et d’accroître nos réserves de change.

Dans cette optique, la baisse des salaires commence par ceux de la Fonction publique avant de se répandre dans le secteur privé. Une diminution de 30 à 40% des traitements et salaires fait économiser à l’Etat entre 200 et 300 milliards de francs CFA. Ce mouvement peut  également concerner les transferts et subventions qui peuvent rapporter environ 100 milliards d’économies  tout en évitant de toucher aux prestations familiales et sociales.

La baisse des prix concerne essentiellement les biens non échangeables. Il s’agit de l’électricité,  des loyers, du transport urbain, des services portuaires, des produits alimentaires du cru etc.

La diminution des coûts salariaux et des prix peut être obtenue par une large négociation entre les différentes parties prenantes à l’initiative de l’Etat. Comme les prix et les salaires baissent parallèlement, les salaires réels ne varient pas et le pouvoir d’achat est maintenu. Dans tous les cas il est impossible de mobiliser à moyen et long terme 61 milliards par mois pour payer les salaires des fonctionnaires dans un contexte de crise sans précédent dans l’histoire du Gabon. Cette masse salariale ne peut être maintenue que si le franc CFA est dévalué. Si cette dévaluation n’est pas envisagée, alors elle doit baisser significativement. Il est impossible de maintenir, en même temps, la masse salariale actuelle et la parité du franc CFA vis-à-vis de l’euro. C’est l’un ou l’autre.

b. L’augmentation des dépenses d’équipement

Pour relancer l’économie et diminuer le chômage,  l’Etat peut initier un programme d’investissement ambitieux. Celui-ci porterait sur la réhabilitation et la construction des routes bitumées, la construction des barrages hydrauliques, la construction d’une infrastructure numérique capable de démocratiser l’accès à l’internet, la construction d’une capacité d’offre touristique en partenariat public-privé, la construction des écoles, des collèges, des lycées et des universités ainsi que celle des logements sociaux. Mais le chantier structurant est celui de la réhabilitation de la voie ferrée et de la construction d’une nouvelle ligne de chemin de fer qui traverserait les provinces de la Ngounié et la Nyanga pour rejoindre la ligne actuelle au niveau de la province de l’Ogooué Lolo. Les retombées économiques et sociales de ces chantiers sont de nature à relancer la croissance économique par le surcroit de l’activité et les emplois générés.

c. L’augmentation de la pression fiscale

Les ressources additionnelles permettant de financer ce programme proviendraient principalement des recettes fiscales propres et des emprunts dans une moindre mesure.

Tous les observateurs de la fiscalité gabonaise savent que nos recettes fiscales effectives représentent au maximum 40%  des recettes fiscales potentielles. Autrement dit, le Gabon a d’énormes marges de manœuvre pour augmenter ses ressources propres. La contribution fiscale de l’exploitation de ses matières premières est trop faible de façon générale. Sans rentrer dans les détails, nous pouvons prendre quelques exemples pour  illustrer cela. La fiscalité de la filière forêt et bois au Gabon est la plus faible d’Afrique Centrale. La taxe d’abattage à l’exportation des bois sciés et ouvrages peut rapporter jusqu’à 20 milliards contre environ 3 milliards aujourd’hui si tous les opérateurs de la filière étaient parfaitement identifiés et localisés. Idem pour la pêche dont la forte exploitation des ressources halieutiques ne rapporte presque rien malgré l’existence d’une subvention spécifique allouée à ce secteur (carburant pêche).

La fiscalité foncière peut également rapporter énormément de recettes si l’administration fiscale avait les moyens et le soutien nécessaire pour la mettre en application immédiatement. On pourrait engranger entre 500 et 600 milliards de francs cfa à court  terme dans ce domaine.

La maitrise de la dépense fiscale peut également rapporter au moins 400 milliards. Si, par ailleurs,  l’Etat arrive à motiver efficacement les agents des administrations de collecte, les recettes peuvent être majorées de près de 500 milliards.

En réalité, malgré la baisse de l’activité économique, notre potentiel fiscal pourrait se situer entre 3 000 et 3 500 milliard de FCFA, largement suffisant pour soutenir la relance de notre économie.

d. Le rééchelonnement de la dette publique 

La détérioration des termes de l’échange constatée depuis 2014 appauvrit progressivement l’économie gabonaise. La baisse des prix du pétrole n’ayant été correctement prévue par personne, il est normal que le Gabon discute avec ses créanciers pour envisager un traitement adéquat de sa dette extérieure et intérieure.

En ce qui concerne le volet extérieur de celle-ci, les créanciers sont plus réceptifs à ce genre de démarche lorsque le pays est sous programme avec le FMI. Ce qui est le cas du Gabon aujourd’hui. La dette intérieure, quant à elle, nécessite que la signature de l’Etat soit crédible auprès des banques secondaires pour que les créanciers nationaux  soient sensibles à cette approche. En effet, rééchelonner suppose un encaissement décalé dans le temps de ressources financières nécessaires à la garantie de la poursuite de l’exploitation. Or, cela ne peut être acceptable que si les entreprises, surtout les PME ont la possibilité de céder la créance détenue à leur banque, même si c’est moyennant une décote. Il est donc urgent que l’Etat assainisse ses relations avec le secteur bancaire en payant sa dette afin que ces dernières soient en mesure de racheter les créances détenues par les entreprises pour soulager leur trésorerie.

Ces mesures de la politique de l’austérité peuvent restaurer les équilibres du budget de l’Etat et de la balance de paiement  tout en relançant la croissance économique si elles sont mises en œuvre avec succès. Ce qui peut ne pas être le cas dans un contexte administratif et politique instable et peu incitatif à la performance.

       2. La dévaluation

a. Le rééquilibrage des comptes publics et extérieurs 

Les conclusions des récentes études quantitatives sur le franc CFA indiquent que celui-ci est surévalué de près de 10% (Kiema et Nubupko, 2011). Une dévaluation de 30% permettrait de couper court aux spéculations et pourrait favoriser un rééquilibrage  budgétaire  et extérieur comme en 1994. Or, étant membre d’une Zone Franc, le Gabon seul ne peut décider ni de la dévaluation, ni du niveau de celle-ci, ni de sa date. Mais, retenons l’hypothèse que le franc CFA doive être dévalué de 30% (1EURO=852.744) en 2017.

La dévaluation aurait pour avantage d’augmenter les recettes de l’Etat en francs CFA, l’ensemble de ses matières premières étant vendues en devises étrangères (essentiellement en euro, en dollar US et en yuan). Les recettes propres pourraient augmenter de plus de mille milliards de FCFA permettant au budget de l’Etat d’être excédentaire. De façon moins évidente, la dévaluation peut permettre le renforcement des excédents commerciaux extérieurs en décourageant les importations qui sont devenues plus chères et en favorisant les exportations devenues plus compétitives.

Toutefois, l’incertitude provient du fait qu’il n’est pas évident de remplacer les biens importés par les biens produits localement car les consommateurs ont des préférences (habitudes de consommation) qui ne peuvent pas changer du jour au lendemain (problème des élasticités de substitution). Il n’est pas facile pour ce dernier de remplacer la consommation de riz (importé) par celle des tubercules de manioc ou de la banane (produit localement). D’ailleurs, une des sources de la fragilité de notre économie est que nous consommons ce que nous ne produisons pas en général.

Du coté des exportations, l’incertitude vient du fait que les capacités d’offre peuvent être limitées pour faire face à une augmentation subite de la demande mondiale en ferro-silico-manganèse, en bois sciés et ouvrages, en caoutchouc naturel ou en huile de palme par exemple. Notre grande capacité à transformer des produits initialement prévus pour le marché local en exportation (élasticité de transformation) est une autre condition de succès de la dévaluation. L’amélioration de nos capacités d’offre est un enjeu majeur de politique économique qui fait appel à la veille technologique et au transfert des technologies à travers une politique industrielle volontariste.

b. Les reformes structurelles 

Les reformes structurelles doivent porter sur la modification de la préférence des consommateurs, le marché du travail et le marché du capital (marché financier).

La préoccupation relative à la modification de la préférence des consommateurs au profit des biens produits localement est sérieuse et dépasse largement le cadre de l’analyse économique pour se retrouver probablement dans le champ de l’Anthropologie. Peut être que les parents doivent jouer un rôle important en faisant en sorte que les enfants apprennent à apprécier nos produits du cru (igname, taro, manioc, banane, poissons d’eau douce, viande de brousse…) et tourner le dos aux produits importés (riz, pain, couscous,  dinde…). C’est une des conditions du succès de la dévaluation car une augmentation de la demande pour les produits locaux va mécaniquement augmenter l’offre de ceux-ci. Cette augmentation de l’activité va diminuer progressivement le chômage et les tensions inflationnistes.

Inciter les jeunes à consommer davantage les biens que nous produisons est un volet du patriotisme économique qui est très peu efficace. C’est en jouant sur les prix que la modification des goûts des consommateurs peut intervenir. Il faut diminuer les prix des biens produits localement grâce à une offre accrue et améliorer leur qualité. En effet, les produits locaux ne peuvent bénéficier pleinement du renchérissement des prix des biens importés que si le rapport qualité/prix de ces derniers est à la hauteur des enjeux. Ainsi, grâce à la dévaluation, la structure de production va connaître une transformation par la naissance des industries locales qui vont se mettre à produire, de par l’existence d’une demande effective, des biens de consommation qui, jadis, étaient fabriqués à l’étranger. Ce qui ne s’est malheureusement pas produit avec la dévaluation de 1994 à cause de la rigidité des élasticités de substitution essentiellement.

La réforme du marché du travail a pour objectif d’améliorer l’employabilité des offreurs de travail en mettant un accent particulier sur les femmes et les plus jeunes. Un examen lucide sera fait sur les autorisations de travail accordées aux travailleurs venant d’ailleurs dans des domaines ou les compétences gabonaises existent. Sur ces deux questions majeures pour la baisse du chômage, c’est à l’Etat de prendre ses responsabilités dans le cadre de sa politique de formation professionnelle. Celui-ci doit associer le secteur privé dans la phase de conception de cette politique afin d’améliorer son efficacité.

En ce qui concerne le marché financier, la préoccupation majeure reste l’accès au crédit pour les entreprises et surtout pour les PME/PMI. La solution passe par la création d’un Fonds de Garantie(FG) et d’une Société de Capital Risques (SCR).

Le FG limiterait le rationnement du crédit en permettant aux promoteurs de projets de trouver les financements nécessaires à l’exercice de leurs activités à travers  les crédits accordés par les banques grâce à la garantie fournie par l’Etat. La sélection des opérations à financer étant faite par les banques secondaires en toute liberté. L’Etat aura la possibilité d’orienter les crédits vers les secteurs stratégiques ayant d’importants effets d’entrainement sur les autres domaines de l’activité économique.

La SCR aurait pour mission d’accompagner les PME et PMI nouvelles pour éviter la mortalité dans l’enfance. Au départ la SCR prendrait une part du capital de la société qu’elle garderait pendant une période limitée mais suffisante pour permettre à la structure productive d’être viable grâce à un apprentissage contraint des méthodes de management modernes d’une entreprise. La SCR sortirait par la suite du capital de la société en vendant ses parts au(x) propriétaire(s) en priorité pour respecter le droit de préemption contenu dans le pacte d’actionnaires librement signé.

Le crédit est à la base de l’activité de production. Très peu de promoteurs sont en mesure d’auto financer leurs projets. Le cadre fournit par la Zone Franc n’a pas permis au crédit de jouer son rôle d’impulsif  de la création de richesse dans nos économies. La plupart des banques sont un héritage du système financier colonial qui avait pour objectif de faciliter l’implantation et le développement des sociétés de la métropole installées dans les colonies. C’est ainsi qu’elles accordent  volontiers  des crédits à la consommation pour favoriser l’écoulement des produits fabriqués en France et refuse les crédits à la production sous le prétexte que « les dossiers ne sont pas bancables ». Il est temps de sortir de cette supercherie et de créer une monnaie nationale.

       3. La création d’une monnaie nationale

La création d’une monnaie nationale facilite le pilotage de l’économie vers la prospérité. C’est uniquement dans ce contexte que les responsables politiques disposent en même temps de la politique budgétaire et de la politique monétaire. Cela leur donne la possibilité de faire un policy mix, c’est-à-dire une combinaison des deux politiques pour avoir un maximum d’effets sur le taux d’intérêt, la masse monétaire, le solde des échanges extérieurs, le déficit budgétaire, la croissance économique et l’emploi(ou le chômage).

Il est opportun de rappeler que la parité fixe entre le franc CFA et l’euro fait que détenir des francs CFA est exactement la même chose que de détenir des euros à un paramètre près. Nous sommes donc, sans le réaliser, membre de l’euroland. Or, la dynamique de l’euro est déterminée par la Banque Centrale Européenne (BCE) en fonction des préoccupations et des événements survenus en Europe et qui se répercute mécaniquement sur l’évolution de la valeur réelle du franc CFA. Dans ce cas de figure, on réalise bien que la pseudo politique monétaire menée par la BEAC ou la BCEAO n’a rien à voir avec les conjonctures économiques des pays concernés. A titre d’illustration, le ratio crédit à l’économie sur Pib est de 23% dans la Zone Franc alors qu’il est de plus de 100% dans la Zone euro. L’insuffisance de liquidité pour financer les activités économiques montre que le franc CFA n’est pas au service de la croissance et du développement économique des pays africains de la Zone Franc.

La monnaie nationale permettrait à la Banque Centrale du Gabon (BCG) de fixer le niveau du taux d’intérêt qui correspond réellement au cycle des affaires. Il monte  quand il y a surchauffe et baisse lorsqu’il apparaît un risque de récession. Par ailleurs, le développement des activités économiques est tributaire d’une politique de crédit appropriée. Celle-ci est impulsée par la Banque Centrale à travers le taux de réserves obligatoires, le taux d’escompte et les opérations d’open market. Le multiplicateur monétaire permet de faire jouer un effet de levier en amplifiant le volume des crédits par rapport à la création monétaire initiale.

Il est utile de rappeler que la création de nouveaux projets (agriculture, élevage ou tourisme par exemple) est le point de départ de la dynamique de l’économie. Un projet part d’une idée développée par un promoteur qui n’a pas forcément les moyens financiers pour concrétiser son projet d’une part et il y a, d’autre part, des agents économiques qui ont une importante épargne mais qui n’ont pas d’idées précises sur l’utilisation de celle-ci. Les banques ont été créées pour servir d’intermédiaires entre ces deux catégories d’agents afin de favoriser une meilleure allocation des ressources. Le crédit est à la base du développement des activités de production et par conséquent de la croissance économique.

La politique se traduit concrètement par une augmentation de la liquidité dans l’économie (ratio M2 ou M3/Pib), par la fixation des taux d’intérêt à des niveaux garantissant la rentabilité des projets (pas très élevés), par l’orientation du crédit vers les secteurs prioritaires  choisis par la puissance publique, par la création d’un Fonds de Garantie pour limiter le rationnement du crédit (Stiglitz) et enfin par la création d’une Société de Capital Risque pour limiter la mortalité dans l’enfance des PME/PMI.

La monnaie nationale gabonaise (le dolè, le miang, le moni, le gabao, le dolo…) sera arrimée à un panier  trois devises principales (l’euro, le dollar et le yuan) avec des parités ajustables. Durant les premières années de son existence, un contrôle de change sera instauré et des licences d’importations seront attribuées selon des modalités à déterminer afin de contrôler et maitriser le niveau de nos reserves de change ainsi que leur utilisation. La politique de change sera gérée de façon à éviter la surévaluation de la monnaie nationale afin de favoriser les exportations hors pétrole garantes d’un renforcement de nos réserves de change.

Conclusion

Les perspectives de l’économie gabonaise à court et à moyen termes ne sont pas rassurantes. Les importantes quantités de pétrodollars que le pays a engrangés dans le passé ne reviendront plus car l’excès de l’offre sur la demande de pétrole va persister et les cours ne vont pas augmenter significativement. Ils peuvent même baisser davantage si les performances économiques des pays développés ne s’améliorent pas et si la production du pétrole gabonais diminue. Dans un cas comme dans l’autre, le Gabon sera en manque d’argent et les tensions de trésorerie vont vite devenir un cauchemar pour les autorités. Ceci,  compte tenu de l’impatience avérée de la demande sociale ainsi que de la nécessité de respecter les engagements pris dans le cadre des promesses de la dernière campagne électorale dans un contexte d’endettement excessif.

Il convient, par conséquent, d’ajuster obligatoirement les dépenses publiques si on veut diminuer progressivement le déficit budgétaire. Ajuster dans ce sens veut dire couper dans les dépenses publiques. Comment y arriver ?  Il faut envisager une baisse de 30 à 40% de la masse salariale qui représente près de 60% des recettes hors pétrole pour la ramener à un niveau compatible avec les ressources réelles du pays. L’efficacité de cette mesure dépendra de l’ampleur de la diminution de la dimension (voilure) de l’Etat car une reforme de celui-ci est primordiale.

L’ajustement concerne aussi les importations qu’il faut diminuer pour éviter une forte érosion de l’excédent commercial qui a baissé de 65% entre 2014 et 2016. La réduction portera sur les produits alimentaires en instaurant des quotas d’importation sur ces derniers pour une période suffisante permettant à la production locale de prendre le relais des importations. Il faut aussi rappeler que la balance des opérations courantes du Gabon est déficitaire (le ratio déficit/Pib est -7.4%, en 2017) bien que la balance commerciale soit excédentaire  car la balance des services est fortement déficitaire comme le sont celles des revenus et des transferts mais à un moindre degré.

Les mesures d’ajustement proposées peuvent provoquer une récession si le Gabon ne fait pas appel à la politique monétaire pour relancer l’économie. En réalité, c’est la combinaison entre une politique budgétaire (basée sur la réduction des dépenses et une mobilisation optimisée des recettes de l’Etat) et une politique monétaire volontariste (axée sur une allocation optimale du crédit) qui va impulser la relance de l’économie.

La relance tant recherchée peut être obtenue sans monnaie nationale selon certains analystes. Mais l’expérience de la Zone Franc a montré que la monnaie commune n’a été ni capable de fournir suffisamment de liquidité à l’économie, ni d’orienter le crédit vers les activités de production, ni de favoriser le développement économique.

L’objectif de prospérité économique peut être atteint en empruntant plusieurs chemins. Mais pourquoi choisir celui qui est  plus long et plus pénible. C’est comme si une personne choisissait de partir de Libreville à Koulamoutou en allant à pieds au lieu de prendre la voiture ou l’avion. Elle atteindra Koulamoutou au bout de 1 ou 2 mois de marche. En voiture ce sera au bout d’une journée. Et en avion une heure suffira. Les responsables de la CEMAC, en optant pour la politique d’austérité, ont choisi d’aller à Koulamoutou à pieds ! La voiture correspond à la dévaluation et l’avion à la monnaie nationale. Comment comprendre une telle hérésie ? Elle semble tout simplement être la manifestation d’un désert de culture économique de la part des grands enfants africains candidats à la servitude monétaire volontaire.

* Auteur : Fidèle Magouangou, Docteur Nouveau Régime en Économie Mathématique et Économétrie. Ancien Enseignant à l’Université d’Aix-Marseille II. Conseiller municipal de la Commune de Mandji Ndolou.