Le directeur général de la SEEG jusqu’à la réquisition de l’entreprise par l’Etat gabonais, aurait-il refusé de payer 4,41 milliards de francs CFA, chaque année et pendant 29 ans, à une filiale de GSEZ (excroissance d’Olam) ? Cette rebuffade serait-elle le déclencheur de la rupture de la Convention de Concession liant le Gabon à Veolia ? Un contrat non paraphé par Antoine Boo le laisse penser.

Également prévu au nombre des signataires, Antoine Boo, ex-directeur général de la SEEG, n’a pas signé le contrat. © Gabonreview/Shutterstock

 

La réquisition de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) par le gouvernement continue de turlupiner l’opinion sur les raisons profondes de cette décision. Une première en République Gabonaise. Le gouvernement a fait valoir la mauvaise qualité des prestations servie par cette entreprise et dont il impute la responsabilité au concessionnaire Veolia. Est-ce suffisant ? Cela suffit-il à expliquer la célérité avec laquelle cette décision a été prise puis exécutée, alors que depuis de très nombreuses années les clients de la SEEG subissent délestages, coupures et autres désagréments? La réponse s’impose d’elle-même. Et cette réponse conduit à rechercher d’autres causes et à les interroger.

Le 19 février dernier, lors de l’installation des nouveaux dirigeants de la SEEG, la question d’un journaliste, anodine en apparence avait attiré l’attention de plus d’un observateur. Il s’agissait du rôle que pouvait avoir joué la survenue du Groupe Olam dans la décision du gouvernement. Au-delà de la réponse du ministre de l’énergie qui a balayé la question d’un revers de la main, il se trouve qu’un litige existe bien entre la SEEG et le gouvernement au centre duquel se trouve le Groupe Singapourien.

Datant en effet de 2016, un projet dénommé «Contrat de financement des infrastructures nécessaires au projet de densification des réseaux de distribution publique d’électricité en zone rurale par GSEZ-Infra», pourrait être l’élément déclencheur, du moins déterminant de la brouille entre l’État et Véolia ayant conduit à la réquisition de la SEEG. L’analyse de ce projet de contrat suggère bien des interrogations.

Sur la forme, le projet de contrat, prévu pour être signé en 2016, a effectivement été signé par Messieurs Patrick Eyogo Edzang, ministre de l’Énergie et de l’Eau, Ernest Mpouoh Epigat, directeur général de la Société de Patrimoine et Gagan Gupta, président directeur général d’une entreprise jusque-là inconnue : GSEZ-Infra. L’on note par contre que Messieurs Régis Immongault Tatangani, ministre de l’Économie, de la Prospective et de la Programmation du Développement, et Antoine Boo, directeur général de la SEEG, également prévus au nombre des signataires, n’ont pas signé le document. Ceci indique vraisemblablement que les termes de ce contrat n’ont pas été discutés et conclus entre tous les signataires et que ceux qui ne s’y retrouvaient pas se sont refusés à engager leur responsabilité.

Sur le fond, le contrat porte notamment, pour un montant total arrêté à 69,32 milliards de francs CFA,  sur le financement et la réalisation d’ouvrages et la fourniture d’équipements, par GSEZ-Infra, filiale de GSEZ (Gabon special economic zone) au capital de 10 millions de francs CFA créée en 2015. Il s’agit notamment de la réalisation de 541 km de ligne haute tension (pour le transport de l’électricité vers différentes usines d’Olam, 170 km de ligne basse tension (pour l’alimentation électrique de zones rurales) et le renforcement des centrales électriques de Bitam, Lambaréné, Fougamou et Mouila. Les ouvrages et équipements seraient la propriété de l’Etat, confiés en gestion à la SEEG, dans le cadre de la Concession. En contrepartie, l’État s’engage à verser à GSEZ-Infra la somme de 6,932 milliards de francs CFA, correspondant à 10% du montant du contrat, pour le démarrage des travaux. La SEEG quant à elle doit verser à la Société de Patrimoine qui reversera à GSEZ-Infra, la somme de 2,206 milliards de francs CFA par semestre, de 2018 à 2046, soit 4,412 milliards francs CFA par an pendant 29 ans, représentant la somme totale de  127,948 milliards de Fcfa.

Comment expliquer que l’on attribue à une entreprise créée une année seulement auparavant, dont le capital social n’est que de 10 millions de francs CFA, un contrat pour la réalisation d’ouvrages et la fourniture d’équipements électriques d’un montant de près de 70 milliards de francs CFA ? Ni la société mère Olam International Limited, ni GSEZ ne sont connus pour intervenir dans le secteur de l’électricité. Sur quelle base, un tel contrat a-t-il pu être confié à cette filiale qui semble avoir été créée pour la circonstance ? Au pays du droit à géométrie variable ce contrat pourrait être mené à exécution. La SEEG appartenant encore à Veolia Eau pour 51%, à des Sociétés pour 26,3%, à des particuliers (22,7%) et à l’Etat Gabonais pour 1%, un contrat de cette envergure financière peut-il être mis en application sans tour de table ?

Joint au téléphone, le ministre de l’Énergie et de l’Eau, laisse entendre que la SEEG a finalement été exclue de la signature de ce contrat, passé en dernier lieu entre l’Etat gabonais, Olam à travers GSEZ-Infra, et la Société de Patrimoine. Un système de péréquation a été mis en place en vue de l’amortissement des investissements d’Olam. Patrick Eyogo Edzang met en avant l’aspect social de ce projet : de nombreux villages et regroupements urbains bordant ces infrastructures de distribution publique d’électricité en zone rurale, vont en bénéficier en fourniture d’électricité. Le marché était sans doute étriqué pour Antoine Boo.

Est-ce la présence d’Olam dans ce dossier qui explique l’implication directe de la présidence de la République ? Est-ce le différend sur ce contrat, notamment le refus du directeur général de la SEEG de verser 4,412 milliards de francs CFA par an pendant 29 ans, qui explique le contentieux entre l’État Gabonais et Véolia et a conduit à la rupture ? Autant de questions qui ne sauront rester indéfiniment sans réponse.

Téléchargez le contrat ICI

 

 

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