Le Sénégal et l’Afrique sont en deuil : Djibo Kâ, l’ancien ministre d’Etat sénégalais chargé des Affaires étrangères et faiseur de paix sur le continent, est décédé le 14 septembre dans une clinique à Dakar à l’âge de 69 ans. 

Djibo Kâ s’était défini, dans un livre, comme «un petit berger au service de la République et de la démocratie». © Keppar

 

C’était un homme politique d’un genre particulier qui aura servi les quatre chefs d’État qui ont gouverné le Sénégal depuis l’indépendance du pays en 1960. Dernier directeur de cabinet du président Léopold Sédar Senghor (poste auquel il avait succédé à un autre «dinosaure» de la politique sénégalaise, Moustapha Niasse), Djibo Leyti Kâ était ensuite devenu membre du gouvernement sous le président Abdou Diouf, ainsi que sous le successeur de celui-ci, Abdoulaye Wade, qu’il avait soutenu au second tour de l’élection présidentielle de l’année 2000.

Ministères prestigieux

Dans cette longue présence gouvernementale, Djibo Kâ, élevé au rang de ministre d’État par Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, a occupé d’éminents et prestigieux portefeuilles ministériels, tels que l’Information et les Télécommunications, l’Intérieur, le Plan et la Coopération, l’Éducation nationale, les Affaires étrangères, et la Pêche et l’Économie maritime. Au ministère des Affaires étrangères particulièrement, ce bilingue s’était signalé dans la médiation et la résolution des conflits, notamment dans les dossiers libérien et sierra-léonais. Administrateur civil de classe exceptionnelle, il était «un diplomate toujours à l’offensive pour faire la paix ou la restaurer». «La diplomatie sénégalaise, c’était Djibo Kâ, et Djibo Kâ, c’était la diplomatie sénégalaise», a souligné Marcel Amon Tanoe, l’actuel chef de la diplomatie ivoirienne, dans un hommage à la personnalité disparue.

Il était connu pour son ouverture d’esprit et sa recherche permanente du consensus, même s’il pouvait avoir parfois des positions tranchées, comme lorsque, contestant l’adoubement, par Abdou Diouf, d’Ousmane Tanor Dieng («le dernier arrivé» selon lui) au poste de Premier secrétaire du Parti socialiste (PS) en 1996, il avait préféré en sortir.

Après avoir servi dans le gouvernement sous Diouf et Wade, Djibo Kâ avait été nommé, par Macky Sall, aux fonctions de président de la Commission nationale du dialogue des territoires (CNDT) dont le rôle était de réfléchir à un développement harmonieux des villes et régions sénégalaises.

Un seul échec dans la carrière politique du «petit berger»

Si certains ironisaient sur son parcours politique disant qu’«il mange à tous les râteliers», d’autres lui reconnaissaient une stature d’«homme d’État». D’autres encore saluaient l’action de cet adepte du compromis et du consensus. Lui-même s’était défini, dans un livre, comme «un petit berger au service de la République et de la démocratie». L’homme n’aura connu qu’un échec : son élimination, dès le premier tour, de l’élection présidentielle de l’année 2000 où il se présentait sous la bannière de son parti, l’Union pour le Renouveau et la démocratie (URD), créé quelques mois après sa démission du Parti socialiste.

Djibo Leyti Kâ était né le 21 février 1948 à Linguière dans la région de Louga d’où est originaire également Abdou Diouf. Diplômé de la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université de Dakar et de l’École nationale d’administration du Sénégal, il sera inhumé ce samedi 16 septembre.