Depuis septembre dernier, l’ancien candidat consensuel de l’opposition revendique sa victoire supposée à la dernière présidentielle, allant même jusqu’à annoncer l’imminence de son installation à la présidence de la République sans que cela ne se matérialise. Du coup, il est maintenant confronté à l’agacement de certains de ses soutiens voire pire.

Jean Ping «a bénéficié du renoncement volontaire d’autres candidats et du soutien massif de leurs formations politiques». Ici avec Casimir Oyé Mba et Guy Nzouba Ndama, le 16 août 2016, à Libreville. © Gabonreview

 

Tant de choses ont déjà été dites et écrites sur la stratégie de l’opposition. On a parlé d’attentisme (lire «Agir pour faire bouger les lignes»),  de dilettantisme, de postures politiques ou de dissonances (lire «Dissonances et stratégie»). On a même épilogué sur la capacité de Jean Ping à impulser une dynamique politique. Surtout, on s’est longuement interrogé sur la viabilité à long terme de la coalition formée autour de sa personne. Les dernières sorties en cascades des ténors de ce bloc ont brutalement remis cette interrogation au goût du jour ( lire «Casimir Oyé Mba invite Ali Bongo et Jean Ping à se parler»). Des interventions des uns et des autres, suinte une réalité : l’absence de perspective, de cap ou encore de stratégie concertée.

Exigence de cohésion et d’unité

De toute évidence, Jean Ping doit maintenant faire face au doute et à l’agacement de certains de ses alliés voire pire. Dans l’urgence, il doit resserrer les boulons de sa mécanique. Vis-à-vis des siens, il est contraint d’esquisser une stratégie. Ayant bénéficié du renoncement volontaire d’autres candidats et du soutien massif de leurs formations politiques, il leur doit une franche et totale collaboration. Autrement dit, à l’endroit des siens, il a un devoir de vérité. Et pour cause : mille fois souhaitée mais jamais obtenue, la candidature unique est devenue réalité à son bénéfice. Jamais candidat de l’opposition n’a bénéficié d’un tel élan de solidarité. Les forces d’inertie ont ainsi, pour la première fois, été privées du fallacieux argument de la division de l’opposition dont profiteraient les pouvoirs sortants.

Si son dénouement n’a pas été très heureux, la dernière présidentielle aura été différente de toutes les autres. Naturellement, les attentes des protagonistes sont tout aussi différentes. En clair, ayant bénéficié d’une conjoncture inédite, Jean Ping doit avoir une démarche à l’avenant, totalement innovante et peut-être plus efficace que celles de Paul Mba Abessole, Pierre Mamboundou ou André Mba Obame naguère. Peut-il  se hisser à la hauteur de cette exigence ? Manifestement, certains de ses soutiens y croient de moins en moins. D’une manière générale, ils affirment ne pas en savoir davantage sur sa stratégie. Comment maintenir la cohésion et l’unité d’un bloc si certains de ses constituants ont le sentiment d’évoluer dans l’opacité ou le culte du secret ? Comment ne pas accréditer l’idée de chimères entretenues ou d’une absence d’option si personne n’en sait rien ? Pour Jean Ping, il est peut-être temps de jouer cartes sur table avec ses proches.

Mutisme tactique 

De fait, certains ténors et militants de l’opposition ne veulent plus revivre les sept dernières années. Quand ils en ont la disposition d’esprit, ils veulent agir en connaissance de cause, en sachant exactement où ils vont. De cette revendication ont jusque-là émergé des initiatives solitaires, parfois dissidentes, souvent détonantes. L’atonie observée sur fond de promesse du grand soir a ouvert la porte au scepticisme et au doute. N’empêche, les interventions enregistrées à ce jour s’accommodent très mal de la nécessaire dynamique unitaire. D’où la fraîcheur avec laquelle les sorties de Didjob Divungui Di Ndinge et Jean Ping lui-même ont été accueillies (lire «Jean Ping pour une médiation internationale»). Devaient-ils forcément s’exprimer, quitte à laisser le sentiment de répondre à Casimir Oyé Mba et Guy Nzouba Ndama ? Avaient-ils besoin d’en rajouter ? Etaient-ils obligés de donner le sentiment d’une division entre partisans de la médiation et tenants du dialogue (lire «Divungi Di Ndinge pour une médiation internationale») ? Ne pouvaient-ils pas observer un mutisme tactique ? Tous les communicants le savent : il est des silences nécessaires et éloquents.

Pour l’heure, Jean Ping devra bien se remémorer cette réalité historique : la Coalition pour la nouvelle République est le prolongement de l’accord du 15 août 2016 signé entre Casimir Oyé Mba, Guy Nzouba Ndama et lui-même sous les auspices de Zacharie Myboto. Il devra aussi se souvenir de cette évidence : sa plate-forme comprend des anciens candidats et des leaders de partis.  Même si la quête d’unité conduit à loger tous les membres à la même enseigne, il devrait toujours avoir ces données à l’esprit, au nom de…la quête d’unité. Volens nolens, l’unité de la Coalition pour la nouvelle République et son leadership lui incombent avant tout. Or, un leader se singularise d’abord par une triple capacité : indiquer un cap ou porter une vision, organiser et susciter l’adhésion.

Depuis septembre 2016, Jean Ping revendique sa victoire supposée à la dernière présidentielle. Régulièrement, il annonce l’imminence de son installation à la présidence de la République. Aux propositions de solutions à la crise actuelle, il oppose invariablement la nécessité de faire respecter le verdict des urnes. A ses yeux, l’attaque de son quartier général et la sanglante répression des événements du 31 août dernier sont des faits irrémissibles. Seulement, pour plus d’efficacité et d’efficience, cette intransigeance ne saurait relever de l’incantation. Elle doit s’accompagner de la mise en œuvre d’actions concrètes. Est-ce le fond du message de Casimir Oyé Mba et Guy Nzouba Ndama ( lire «Guy Nzouba Ndama pour des discussions entre l’opposition et le pouvoir» ) ? Il leur appartient de le dire. En attendant chacun des membres de la Coalition pour la nouvelle République devrait se garder de s’écarter d’un double objectif, largement partagé par l’opinion nationale : la restauration de la souveraineté du peuple et la démocratisation complète du Gabon.