Les populations de Moukabo dans le canton Dikoka (dans le département de la Douya-Onoye) à 18 km de Mouila, le chef-lieu de la province de la Ngounié, ont marché pacifiquement le week-end dernier. Elles protestent contre la disparition, le mercredi 24 mai dernier, de deux enfants âgés de quatre et cinq ans.

La gendarmerie levant le barrage qui avait été érigé en matinée. © Gabonreview

 

Hommes et femmes de Moukabo, à demi-vêtus, ont manifesté le 1er juin, dans les rues de Mouila pour réclamer la libération et la vérité autour de la disparition depuis près d’une semaine des deux enfants dans le département de la Douya-Onoye), à 18 km de Mouila, le chef-lieu de la province de la Ngounié.

La marche qui a démarré à partir du Pk 0, du côté de la rive droite de la commune de Mouila, s’est achevée devant le gouvernorat. Les manifestants ont barré la route, sur le pont reliant les deux arrondissements, empêchant les véhicules de rallier chacune des deux rives de la ville de Mouila. Durant toute la matinée du 1er juin, on a assisté à un spectacle gênant car, on pouvait observer des femmes avec les poitrines dénudées, d’autres femmes en sous-vêtement et d’autres complètement nues, proférant des menaces aux éventuels commanditaires de ce double enlèvement. D’autres encore frappait le bitume à l’aide des troncs de bananiers, une manière de jeter le mauvais sort (malédiction) sur toutes personnes impliquées dans la disparition des enfants.

Les hommes également n’étaient pas en reste. Certains étaient torses nus, d’autres maquillés en danseur de Bwiti (danse traditionnelle des hommes), bien en colère, ont érigé un feu au milieu de la route avant le pont dit de la Concorde.

Les forces de police et de gendarmerie ont tenté à plusieurs reprises de casser le barrage, mais en vain. Le commissaire de la ville a essayé de négocier pour que la voie publique soit libérée, là aussi, les manifestants ont refusé de céder.

Selon les manifestants, notamment les parents des deux victimes, rejoints par des communautés confondues, l’objectif de cette marche était de rencontrer le gouverneur Benjamin Nzigou pour lui demander de faire accélérer les recherches des deux enfants qui seraient, selon les parents, encore en vie, mais «pris en otage dans le temple d’une certaine loge», par leur grand-père Michel Mbondo alias Mbotcha. Ils ont décidé de faire pression aux autorités administratives et judiciaires pour obtenir un mandat de perquisition dans ce temple, bien connu par les populations de la commune.

Malheureusement, l’accès au gouvernorat n’ayant pas été possible au début puisque le portail était fermé. Frustrés par cette situation qualifiée de «fin de non recevoir», les manifestants ont décidé de barrer le pont.

Cependant, à distance les manifestants apercevaient le gouverneur du haut du balcon de son bureau avec à ses côtés, le Commandant de légion de la gendarmerie sud départementale, en train d’observer l’évènement. De nombreux curieux présents sur les lieux souhaitaient que le premier responsable administratif provincial entame les négociations directes avec ces hommes et femmes affligés.

C’est finalement aux environs de 18 heures que l’unité du peloton de la gendarmerie donnera l’assaut, pour disperser la foule à l’aide de bombe lacrymogène et lever le barrage qu’elle avait érigé.

En 2009 déjà, une fillette d’environ huit ans avait subi le même sort. Les parents de la victime, aidés par plusieurs communautés avaient organisé une marche similaire qui avait abouti à la libération de l’enfant.