L’ambassadeur du Gabon en France a récemment rompu le silence à Paris, où il s’est exprimé sur plusieurs sujets d’actualité. A travers cet exercice, Flavien Enongoué avait à cœur d’apporter certaines précisions et lever tout quiproquo par rapport à certains faits. L’axe Libreville-Paris, les “félicitations” de Macron, les relations avec la Côte d’Ivoire, la réalité économique du pays ou les 14000 Gabonais de France étaient autant de sujets au menu. Morceaux choisis.

L’ambassadeur du Gabon en France (capture d’écran). © Gabonreview

 

 

Invité du Club des éditorialistes de la presse panafricaine, Flavien Enongoué, ambassadeur, Haut-représentant de la République gabonaise en France et Représentant permanent du Gabon auprès de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), a d’emblée fait remarquer que «multiplié et diffusé à loisir, un certain type d’informations contribue amplement à la construction politique d’une opinion négative sur le pays concerné et n’est pas sans conséquence sur son attractivité, en l’occurrence économique et touristique. Or le message des faits est tout autre».

Les démarches et procédures de création d’une entreprise au Gabon

«Nous avions à l’époque un dispositif regroupant trois administrations qui s’en occupaient. Elles ont été regroupées autour du Conseil des entreprises (CDE) pour réduire de moitié cette durée qui était quand même de 90 jours. Les objectifs n’ont pas été atteints car le CDE a été dissout. Et une structure a été mise en place, qui va d’ailleurs s’installer ici à Paris : l’Agence nationale de la promotion des investissements (ANPI). Il revient donc à cette structure de rendre encore plus efficace la procédure.»

La réalité actuelle de l’économie locale

«Il est vrai que jusqu’ici, notre économie a toujours été extravertie, davantage fondée sur l’économie de rente. Et le choix depuis quelques années est de sortir de cette situation par la diversification de notre économie. Car la trop forte dépendance au pétrole nous exposait. En 2009-2010, nous étions à environ 75% de devises de l’Etat dépendant du pétrole. Aujourd’hui, nous sommes autour de 51%, donnant ainsi une idée du chemin parcouru. Et si nous n’avions pas diversifié notre économie, nous serions dans une situation plus difficile aujourd’hui. Et l’une des mesures ayant participé à cette embellie est l’interdiction de l’exportation du bois en grume.»

«Si les opérateurs traditionnels ont été réticents face à cette mesure, d’autres, nouvellement arrivés de Chine et de Singapour notamment, se sont fortement impliqués dans les activités de transformation, à l’instar d’Olam, également présent dans le volet agriculture. En effet, le gouvernement a lancé un programme pour amener les Gabonais à s’intéresser à l’agriculture. Dans ce sens l’Etat facilite l’acquisition de terres arables et accompagne la formation des personnes intéressées. Ce programme portera ses fruits.»

Les relations Gabon-Côte d’Ivoire

«Il n’y a pas l’ombre d’un doute quelconque dans les relations entre le Gabon et la Côte d’Ivoire : elles ne souffrent d’aucune ambiguïté. Concernant les hackers lors de la dernière élection présidentielle au Gabon, ces derniers suivent une procédure judiciaire. Mais il y a aussi qu’aussitôt les faits connus, le chef de l’Etat ivoirien a pris la décision de se séparer de son conseiller spécial, même si ce dernier n’a pas agi au nom de la Cote d’Ivoire. Nous n’avons aucune raison de penser que le pouvoir ivoirien avait à s’immiscer dans le processus électoral gabonais.»

La manifestations anti Ali Bongo en France

«Qu’il y ait des gens qui manifestent leur désaccord, c’est tout à fait naturel. Le travail du politique est de faire en sorte qu’il y ait de moins en moins de mécontents. Ce qu’il faut juste éviter, ce sont les excès et pas les manifestations en elles-mêmes : tout doit rester dans le débat démocratique avec la confrontation d’arguments.»

Le courrier de l’Elysée à Ali Bongo…

«L’objet de ce courrier n’était nullement la reconnaissance de la légitimité d’Ali Bongo par la France. On ne peut pas non plus empêcher que les hommes politiques et journalistes en fassent leur interprétation. L’objet de ce courrier était les félicitations adressées au chef de l’Etat gabonais en tant que représentant officiel à l’occasion de la fête nationale au Gabon. Et la précision donnée par l’Elysée s’inscrit dans l’ordre naturel des choses. D’autant que certains ont avancé qu’il s’agissait d’un montage du pouvoir gabonais. Par ailleurs, des félicitations d’autres chefs d’Etat, dans le même ordre, ont également été publiées sans qu’elles ne donnent lieu à aucune polémique. Il fût un temps où les choses se passaient effectivement à Paris, mais désormais tout se joue à Libreville. Et il est bon que les gens l’assimilent.»

L’état des lieux de l’axe Paris-Libreville

«Il n’y a aucun différend entre la France et le Gabon : les réseaux diplomatiques fonctionnent correctement. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir un certain nombre d’interprétations de tel ou tel acte ; qui ne sont pas souvent le fait de responsables politiques investis de la mission de parler au nom des deux pays, mais de leur entourage ou encore de la presse. Au Gabon, tout est polémique. Et les relations entre le Gabon et la France ne peuvent pas y échapper.»

Les Gabonais de France

«Il est évident que l’ambassadeur ne peut ignorer l’état des relations entre le pouvoir qu’il représente et les concitoyens. Il fut un temps où la gestion de la communauté gabonaise concernait uniquement la protection, l’assistance consulaire et le service administratif. Le contexte politique fait qu’il y a une dimension supplémentaire : une partie considérable de la communauté s’est politisée. Nous sommes environ 14 000 en France et plus de la moitié n’est pas inscrite sur les listes électorales. Et dans le lot de personnes inscrites, moins de la moitié a voté. Finalement, quelle est cette communauté gabonaise ?

Il ne faut pas la réduire à ce que j’appelle la minorité bruyante : celle qui, chaque samedi, manifeste au Trocadéro avant de rallier l’ambassade de France au Gabon. Ils sont libres de manifester mais cela doit se faire démocratiquement. Comment un Gabonais peut-il boycotter la célébration du 17 août ? Même s’ils arrivent au pouvoir, ce que je leur souhaite… le plus tard possible (rires), la fête nationale ne se célébrera pas uniquement avec leurs partisans, mais avec l’ensemble des Gabonais. Du moins je pense.

Il y a deux mois, j’ai reçu ouvertement des associations. Le Conseil des Gabonais de France a démissionné collectivement à la faveur de la situation postélectorale au Gabon. Vu qu’il s’agit d’une association des associations, ce sont ces dernières qui doivent remettre en place le conseil. Toutefois, quelques-unes ont approché l’ambassade pour que celle-ci les accompagne dans l’organisation des festivités du 17 août. Ce qui a été fait.