Favorable au projet de révision constitutionnelle en cours, Dieudonné Minlama a estimé que celui-ci permettra au Gabon de faire un saut qualitatif en matière de démocratie. Dans cette interview accordée à Gabonreview, le président d’Ensemble pour la République (EPR) a souhaité que cet amendement constitutionnel soit rapidement adopté pour qu’on puisse «changer et adapter nos nouvelles institutions».

Dieudonné Minlama lors de son interview, le 4 décembre 2017 à Libreville. © Gabonreview

 

Gabonreview : Selon vous, l’opposition a-t-elle tort de s’opposer au projet de révision constitutionnelle ?

Dieudonné Minlama : Je ne pense pas que l’opposition a tort de jouer son rôle. Au Gabon, il y a plusieurs oppositions. Lors du dialogue d’Angondjé, il y a avait des représentants de l’opposition. Sauf que certains partis n’ont pas voulu participer à ces assises. Je suis content de voir que de façon indirecte et décalée, l’opposition participe aujourd’hui au dialogue. Même si j’aurai aimé que tout le monde y participe au moment opportun et que les Gabonais se regardent droit dans les yeux. Depuis 2011, j’ai appelé les Gabonais à s’asseoir et à se parler. J’ai toujours dit que la crise socio-politique que connaît notre pays depuis 2009 ne peut se régler que par le dialogue. Beaucoup de personnes ont adhéré à cette idée.

Mais pour des raisons tactiques et stratégiques, certains acteurs politiques n’ont pas voulu partir au dialogue. Et aujourd’hui, ces derniers veulent le dialogue. Je ne dirai pas que les absents ont eu tort, mais j’aurai voulu que tout le monde prenne part au dialogue. C’était le moment idéal pour que nous nous entendions ensemble sur le devenir de notre Constitution et de notre pays. Le débat est normal et cela prouve à suffisance que la démocratie vit, qu’il y a une diversité d’opinions et qu’il y a des acteurs sachant prendre leurs responsabilités. A mon avis, à l’instar de la société civile et des citoyens, l’opposition a tout le droit de participer au débat sur la nouvelle Constitution.

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En quoi la révision constitutionnelle peut-elle permettre au Gabon de faire un saut qualitatif en matière de démocratie ?

Comme je l’ai dit lors de ma dernière déclaration, le dialogue a été une réussite. En 1991, nous avions, à mon avis, la Constitution idéale. Mais à l’épreuve de la politique, cette Constitution a été érodée : nous avons perdu le sens démocratique. Mais, lors du dialogue d’Angondjé, nous avons ramené l’élection à deux tours. Cela amène le fait majoritaire dans la direction de l’Etat. En 2009, le chef de l’Etat n’a été élu qu’avec 40%. Pendant pratiquement sept ans, nous avons eu un président élu par une minorité alors que la grande majorité se retrouvait dans l’opposition. Tous les présidents à, partir de maintenant, auront derrière eux la majorité. Parce que l’élection à deux tours suggère que le président est élu avec au moins 50%. Ceci constitue la première grande victoire. A ceux contestant cette évolution, j’avais dit ceci : s’il y a eu alternance au Sénégal entre Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, c’est parce qu’il y a eu l’élection à deux tours. C’était la même chose entre Abdoulaye Wade et Macky Sall. Et, en Côte d’Ivoire, entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. L’élection à deux tours est donc la voie vers l’alternance. Et nous l’avons obtenu.

Nous avons également obtenu des réformes de la Cour constitutionnelle. A ce sujet, j’avais notamment milité pour un mandat non renouvelable, suggérant une grande indépendance de décision. Car l’on est conscient que quelles que soient les conditions, prendre des bonnes ou mauvaises décisions, il n’y aura pas d’autre mandat. Nous avons également obtenu l’élargissement de désignation des membres de la Cour constitutionnelle. Dans le temps, c’était le chef de l’Etat, le président de l’Assemblée nationale et celui du Sénat qui désignaient les membres de la Cour constitutionnelle. Maintenant, il s’agira des institutions : les membres seront désignés par le Sénat, l’Assemblée nationale et non les présidents de ces institutions. Par ailleurs, nous avons également introduit le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) comme désignateur de membres de la Cour constitutionnelle. Je pense que ce sont des avancées importantes, car un membre désigné ira au bout de ses neuf ans de mandat sans craindre d’être démis.

Par ailleurs, la plus grande source de polémiques au Gabon a toujours été les élections. Et nous avons toujours pointé du doigt la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap), dont le président était nommé par celui de la Cour constitutionnelle qui, lui-même, était nommé par le président de la République avec des mandats renouvelables ad vitam aeternam. Maintenant, la Cenap va laisser la place au Centre gabonais des élections. Cette institution sera composée à parité de membres opposition-majorité. Et ce sont ses membres qui vont recruter, à la limite voter, le président du Centre gabonais des élections. Ce sera une personnalité avec un mandat de trois ans renouvelable. Et nous pensons que cela peut nous amener à organiser de bonnes élections. Je peux donc dire qu’il y a eu des avancées significatives sur la désignation des membres de la Cour constitutionnelle, l’élection présidentielle à deux tours et la Cenap.

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Au-delà de ces avancées, cette révision n’est-elle pas une fuite en avant, sachant qu’il y a des questions beaucoup plus urgentes, à l’instar de la répression des opposants et partis politiques légalement constitués ?

Je ne sais pas exactement ce que signifie répression des opposants. Tout comme je ne sais pas à quoi renvoie la répression de partis politiques. Je ne pense pas qu’il faut faire un parallèle entre les questions sécuritaires et la révision constitutionnelle qui, à mon avis, est au-dessus des simples actions politiques. Le plus important est la Constitution qui est la règle avec laquelle nous marchons dans ce pays. Je ne pense pas un seul instant que cette révision représente une fuite en avant. Je dirai plutôt que c’est une occasion importante pour le Gabon de se doter d’une Constitution beaucoup plus démocratique que celle que nous avions. D’ailleurs, il faudrait rapidement que cette Constitution soit adoptée pour qu’on puisse changer et adapter nos nouvelles institutions.

Dans le contexte actuel, où les questions de fond ne sont pas tranchées, pensez-vous que les électeurs vous feraient confiance dans la perspective d’une candidature aux prochaines élections législatives ?

Je ne pense pas que les élections seront organisées sans réformes. Nous ne sommes pas allés au dialogue pour faire de réformes et attendre indéfiniment qu’elles se matérialisent. Non. Après le dialogue, il est important de revisiter notre environnement électoral : que le Centre gabonais des élections soit mis en place, que la nouvelle Constitution soit adoptée et que nous allions aux élections législatives sur la base d’un scrutin à deux tours. Lors du dialogue, il a été décidé de procéder à un nouveau découpage électoral. Il est important que cela se fasse. Tout comme il faudra que les lois sur les partis politiques et les élections soient adoptées, et que nous regardions la question de la biométrie. Car les prochaines élections doivent amorcer le début du processus de réconciliation des Gabonais et de modernisation de notre système politique. Il est donc important qu’en amont, toutes les réformes soient adoptées pour l’organisation d’élections non contestées.

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Peut-on craindre des voies de recours non conformes, si ces élections se tenaient sans les réformes que vous venez d’évoquer ?

Je n’imagine pas un seul instant que le gouvernement parte à ces élections sans mettre en pratique les réformes obtenues lors du dialogue politique. Sinon, à quoi auraient servi ces assises ? Il est hors de question que des élections aient lieu si ces réformes ne sont pas mises en œuvre.